Malgré les fluctuations mondiales du marché de l’énergie et les défis techniques et sociaux liés à l’exploitation des ressources fossiles, le secteur des hydrocarbures en Algérie maintient une stabilité remarquable. À la fin de l’année dernière, les réserves prouvées de gaz naturel du pays s’élevaient à 4,504 trillions de mètres cubes, un chiffre quasi inchangé depuis 2005, confirmant la résilience et la durabilité du modèle énergétique national.
Selon les données fournies par «Attaqa», média spécialisé dans les questions des énergies, les réserves algériennes ont atteint un pic de 4,545 trillions de mètres cubes en 2003, avant de reculer légèrement en 2025 pour se stabiliser à leur niveau actuel. Cette constance sur deux décennies témoigne d’une gestion rigoureuse des ressources et d’une politique d’exploitation prudente, encadrée par Sonatrach, le fleuron de l’industrie énergétique algérienne.
Pour Ahmed Tartar, analyste en énergie, «l’Algérie a su équilibrer exploitation et exploration. Entre 2022 et aujourd’hui, 36 à 40 opérations d’exploration ont été menées, ce qui favorise le renouvellement progressif des réserves. Plus il y a d’explorations, plus les volumes potentiels augmentent.»
Le champ de Hassi R’mel, découvert en 1956, reste le pilier de la production nationale avec 85 trillions de pieds cubes de gaz naturel prouvés (soit environ 2,4 trillions de mètres cubes), représentant plus de la moitié des réserves totales du pays. Ce gisement majeur s’étend du centre vers le nord-ouest, à proximité du non moins célèbre Hassi Messaoud, principal champ pétrolier algérien.
Une stratégie décentralisée
Mais l’Algérie ne mise pas tout sur un seul bassin. D’autres gisements importants, comme Ahnet et In Salah (découvert en 2012), se situent dans le sud et le sud-est du pays. Une stratégie délibérément décentralisée, que souligne Ahmed Tartar : «Contrairement à l’idée d’un monopole géographique, les ressources sont bien réparties sur le territoire, ce qui permet une exploitation plus souple et plus équilibrée.»
En quête de nouvelles ressources
Classée deuxième en Afrique en matière de réserves de gaz naturel derrière le Nigeria (5,97 trillions de m³ en 2024), l’Algérie ne compte pas s’en tenir là. Elle a récemment rouvert certaines zones d’exploration aux entreprises étrangères, avec l’objectif de diversifier ses partenariats et de moderniser ses infrastructures.
Par ailleurs, le pays possède l’un des plus vastes potentiels mondiaux en gaz de schiste, estimé à environ 20 trillions de m³, soit la troisième réserve mondiale derrière la Chine et l’Argentine.
Lever les appréhensions
Mais l’exploitation de cette ressource reste suspendue. L’analyste Ahmed Tartar a rappelé que des problèmes ont surgi par le passé lorsque quelques puits de gaz de schiste ont été forés près de la ville d’Aïn Salah, suscitant des craintes de contamination des réserves d’eau de la région. «La stratégie est toujours là, mais l’Algérie attend un climat plus apaisé pour relancer ce chantier, en harmonie avec les évolutions des pratiques à l’échelle mondiale», affirme Tartar.
Selon l’expert, la population n’était pas encore prête pour le gaz de schiste, il faut que des efforts soient déployés pour la préparer et gagner son soutien.
Pour rappel, en 2023, le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, a déclaré, au quotidien américain The Wall Street Journal, que la dernière expérience «a été très mal gérée», ajoutant que «la population n’est pas encore prête pour le gaz de schiste, et nous voulons les préparer. Parce qu’ils ont peur». Selon lui, les quelques puits forés étaient extrêmement productifs, mais les autorités de l’époque n’avaient pas pris le temps de gagner le soutien de la population.
La valorisation des découvertes récentes, l’ouverture à de nouveaux partenaires et la montée en puissance des énergies renouvelables pourraient, à terme, redéfinir le paysage énergétique du pays. Mais pour l’heure, l’Algérie s’impose comme un acteur stable et stratégique sur l’échiquier gazier africain et méditerranéen.
Islam K.
