Le 22 février 2024, Antoine Galindo, journaliste français pour Africa Intelligence, est arrêté à Addis-Abeba par des agents en civil. Accusé de conspiration pour créer le chaos après un entretien avec un responsable de l’opposition, il est détenu dans des conditions insalubres – 30 détenus par cellule – avant d’être libéré une semaine plus tard.
Synthèse S. M.
Cette affaire, présentée comme une atteinte à la liberté de la presse, masque une réalité plus sombre : Africa Intelligence n’est pas un média comme les autres.
Dirigé par Maurice Botbol, ce titre spécialisé dans le renseignement d’affaires sert de relai officieux à la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure), selon plusieurs sources internes. Dans une interview à la revue Hermès (2016), Botbol lui-même reconnaît travailler pour «les décideurs, les services secrets et les professionnels du monde militaire».
Un empire financier aux fondations troubles
– Indigo Publications, la société éditrice d’Africa Intelligence, affiche un chiffre d’affaires de 10,2 millions d’euros en 2024, subventionné à hauteur de 348 000 € par le ministère de la Culture.
– Malgré un capital dérisoire (42 803 €), Botbol a acquis 1 500 m² de bureaux dans le 11ᵉ arrondissement de Paris (valeur estimée : 14 millions €), via un montage financier opaque impliquant des SCI familiales (Maubeuge-Rochechouart, Avenir Forêt) .
– Le modèle économique ? Des newsletters vendues jusqu’à 1 200 €/an à une clientèle d’initiés: diplomates, militaires et multinationales.
La toile DGSE : du renseignement à la désinformation
Africa Intelligence est suspecté de recycler des fuites des services secrets français pour servir des agendas géopolitiques :
– Pendant l’affaire Galindo, le média a immédiatement brandi l’argument de la liberté de la presse, sans mentionner ses liens avec la DGSE – qui forme d’ailleurs massivement des espionnes pour ses opérations d’influence, comme le révèle Vanity Fair.
– En mai 2025, le site publie une enquête sur un prétendu complot algérien en France, ciblant le journal Afrique-Asie et son directeur Majed Nehmé. Une thèse reprise sans critique par les médias mainstream, mais dénuée de preuves tangibles.
Les méthodes d’intoxication
Selon d’anciens collaborateurs : «Botbol pratique le journalisme du XIXᵉ siècle : rumeurs, intox et propagande. Il vend du vent à des décideurs crédules».
Ses cibles préférées ? Les gouvernements africains hostiles à la France (Algérie, Mali) et les figures anticoloniales, systématiquement présentées comme des complotistes ou des terroristes.
Les silences coupables
Si Africa Intelligence traque les menaces imaginaires, il ignore les vrais scandales impliquant le pouvoir français :
– L’exfiltration de terroristes : Julien Soufir (auteur d’une attaque au couteau à Paris en 2002) et Grégory Chelli (membre de la Ligue de Défense juive) ont bénéficié de fuites vers l’occupant sioniste – sans que la DGSE n’ouvre d’enquête.
– Les réseaux criminels israéliens : En 2021, la famille Dan J. a détourné 11 millions d’euros avant de tenter de fuir en territoires occupés. Aucune couverture par Botbol.
– La mort suspecte du commissaire Fredou : Responsable de l’enquête sur l’attentat de Charlie Hebdo. Il est retrouvé mort en 2015. Officiellement un suicide, mais des notes internes de la DGSE évoquent un assassinat.
L’hypocrisie systémique
Le cas Botbol illustre les contradictions d’un État français qui :
– Criminalise les musulmans et les militants pro-palestiniens (comme Boualem Snaoui, arrêté pour solidarité avec Ghaza), tout en accueillant Abou Mohammed al-Joulani, chef d’Al-Nosra (branche syrienne d’Al-Qaïda), décoré de la Légion d’honneur en 2025 .
– Prétend lutter contre le narcotrafic alors que des ministres (dont Bruno Le Maire) sont cités dans l’affaire Palmade pour leur participation à des soirées chemsex sous cocaïne .
L’affaire Galindo aura servi de révélateur. Derrière la vitrine professionnelle d’Africa Intelligence se cache un système mafieux où information et renseignement se confondent, au service d’intérêts néocoloniaux et israéliens. Qu’un journaliste puisse être arbitrairement arrêté en Éthiopie est intolérable. Mais qu’un média instrumentalise cette arrestation pour masquer ses propres collusions avec les services secrets l’est tout autant.
«La liberté de la presse n’existe que quand elle s’applique aussi à ceux qui nous dérangent».
Cette phrase de Paul Auster, disparu en avril 2024, rappelle que sans transparence, le journalisme se meurt – étouffé par les Botbol et leurs maîtres de la DGSE.
S.M.
