Une affaire de corruption vieille de dix ans en Algérie impliquant deux ex-députés espagnols du Parti populaire (PP) avec la complicité de fonctionnaires algériens vient de connaître son épilogue après dix ans d’instruction par la justice espagnole, selon le site Publico qui rapporte l’information.
Le parquet espagnol qui a engagé des poursuites contre ces deux anciens députés pour l’obtention de contrats a requis une peine de 18 ans de prison contre Pedro Gómez de la Serna et Gustavo de Arístegui, ancien ambassadeur en Algérie. Ces derniers sont accusés d’avoir mis en place un système complexe de corruption afin d’obtenir des contrats publics en Algérie. Ce dossier, qui a fait l’objet d’une instruction judiciaire, cible notamment deux marchés phares à savoir la construction de l’usine de dessalement de Souk Tleta (Tlemcen), d’un montant de 250 millions d’euros, et la construction du tramway d’Ouargla, d’une valeur de 230 millions d’euros. Les deux ex-élus espagnols ont créé une société écran, le cabinet Voltar Lassen, lequel a tenu le rôle d’intermédiaire pour permettre à plusieurs entreprises espagnoles, notamment le géant Elecnor, d’obtenir ces contrats, en échange de commissions occultes versées à des hauts responsables algériens.
Les deux hommes ont été inculpés en 2020. Ils sont soupçonnés «d’avoir facilité l’obtention des contrats et leurs versements via leur société de conseil Voltar Larssen, qui était mandatée par Elecnor». Le montant des pots-de-vin s’élève à 3,2 millions d’euros, dont 2 millions pour des fonctionnaires algériens. Le montage est, comme à son habitude, fort compliqué afin de rendre la vie impossible aux enquêteurs. L’Espagnol Elector a d’abord versé 3,2 millions d’euros à Emerald Business Consulting, une société irlandaise. Puis, comme de coutume, des fonds s’égaillent vers les bords du lac Léman. Trois sociétés sont impliquées, Vistra Geneva SA qui gérait les comptes d’Emerald à l’Allied Irish Bank, Beaulac SA (radiée en 2020 du Registre du commerce) et Confinor SA (liquidée en 2021). Ces commissions, passées par un réseau d’opérations financières dissimulées via des sociétés écrans basées en Suisse, aux Pays-Bas, à Dubaï et dans les Îles Vierges britanniques, ont permis de blanchir ces fonds et de cacher leur origine illicite. En outre, Público révèle que le parquet demande des amendes totalisant plus de 36 millions d’euros à des sociétés considérées comme responsables de déficiences graves dans leurs mécanismes internes de contrôle. L’enquête détaillée dévoile les noms de plusieurs bénéficiaires directs en Algérie qui ont tiré profit des pots-de-vin versés.
Parmi eux figure Abdelaziz Natouri, ancien DG de l’énergie, qui aurait acquis un bien immobilier en France d’une valeur de 245.000 euros financé par ces commissions, Amar Aouci, un homme d’affaires influent, aurait reçu un appartement de luxe situé à Puerto Banús, sur la Costa del Sol espagnole. Le traducteur à la présidence algérienne, Zine Hachichi, serait quant à lui impliqué dans le transfert d’environ 300.000 euros à son fils via des circuits offshore. Une autre bénéficiaire serait Camelia Gherbi, fille d’une haute responsable de l’Agence nationale de l’intermédiation et de la régulation foncière (ANIREF), qui aurait vu ses études et son logement en Espagne pris en charge par le système corrompu. Enfin, Smaine Koriche, chef de projet du tramway pour l’Entreprise publique métro d’Alger (EMA), serait soupçonné d’avoir perçu environ 850.000 euros de pots-de-vin, versés par l’intermédiaire d’une société aux Émirats arabes unis. Mohamed Moulay, un homme d’affaires, aurait également joué un rôle clé dans le transfert des commissions occultes. Pour ce faire, Aristegui, ancien ambassadeur d’Espagne en Inde, et de la Serna, ancien député du Parti populaire, ont encore une fois eu recours aux services de leur intermédiaire Cristobal Tomé, homme d’affaires espagnol bien installé en Algérie depuis une quarantaine d’années et qui a beaucoup de relations.
Ce dernier a introduit auprès des responsables algériens la société Fertiberia, filiale de Villar Mir, spécialisée dans la fabrication de produits chimiques, dans le but de contracter deux grands projets en Algérie moyennant le versement de commissions. Público note avec étonnement qu’aucune procédure judiciaire n’a été officiellement ouverte en Algérie.
Mahmoud Tadjer
