Soixante-trois ans après l’indépendance de l’Algérie, le passé colonial suscite toujours des crispations diplomatiques entre Alger et Paris. Entre les deux capitales, rien ne filtre et encore moins la coopération diplomatique. Quasiment tout est arrêté. Outre l’absence des ambassadeurs des deux pays rappelés par leurs pays respectifs, le travail consulaire est aussi quasiment bloqué entre l’Algérie et la France. Que reste-il alors ? Les dernières semaines, Bruno Retailleau a annoncé de nouveaux durcissements vis-à-vis d’Alger.
Le 24 juillet, les Affaires étrangères algériennes ont dénoncé la mesure prise par le ministère français de l’Intérieur et a à son tour retiré l’autorisation d’accès aux aéroports et aux ports français aux agents diplomatiques et consulaires algériens. Cependant, les contradictions se multiplient au sein même de l’Élysée. Alors que Retailleau maintient le discours de «la fin des bonnes intentions et de la volonté diplomatique», le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a souligné à plusieurs reprises que si la bonne volonté prend fin, la voie diplomatique sera alors épuisée. En outre, en moins de deux semaines, trois hauts fonctionnaires français ont exprimé dans les médias des opinions divergentes sur la question. Et ils ne sont pas les seuls. Le ministre délégué français à la Francophonie et aux Relations internationales, Mohamed Soilihi, a déclaré que «Paris a décidé d’abandonner l’hostilité publique car c’est une voie inutile, et les condamnations ne font qu’aggraver la situation».
Cependant, cette série d’interventions de membres du gouvernement n’a pas freiné les aspirations de Retailleau, qui maintient sa rhétorique anti-algérienne et continue d’appeler son propre gouvernement à «revenir avec fermeté et à ne pas changer de ton face aux prétentions du gouvernement algérien». Ce climat de tension créé par le ministre de l’Intérieur français aux relents électoralistes a engendré une méfiance grandissante d’Alger envers les autorités françaises à telle enseigne que les relations bilatérales autrefois denses et variées semblent désormais complètement coupées. A un certain moment, on a évoqué un dégel par l’économie puisque des centaines d’entreprises françaises y opèrent en Algérie sans contrainte aucune. Des rencontres ont eu lieu entre des sociétés françaises et algériennes mi-juin à Alger.
Point de concessions
Certains observateurs y voient les prémices d’un réchauffement des relations politiques entre les deux pays, au point mort depuis la mi-avril. Le message politique de l’Algérie à la France fut clair : nous serons sans concession ! Malgré la subsistance d’un canal diplomatique, les deux pays sont ainsi condamnés à vivre sous le règne de la défiance et du ressentiment. L’histoire entre les deux pays n’est pas banale. Dans un contexte de tensions persistantes avec Paris, Alger et Rome renforcent leur partenariat stratégique. Gaz, défense, lutte contre l’immigration illégale et corridors numériques ont été au cœur de la visite du président Tebboune à Rome. La France n’a pas digéré ce rapprochement et l’a fait savoir via ses médias attitrés. La semaine dernière,
Patrick Stefani, représentant pour l’immigration du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a clairement signifié que la faute dans la crise actuelle entre Alger et Paris incombe à Emmanuel Macron et sa décision sur le Sahara occidental. France 24 rappelle que la visite du président Tebboune à Rome «scelle les relations au beau fixe entre l’Algérie et l’Italie, tandis que celles avec la France sont au point mort».
Mahmoud Tadjer
