Le diplomate et ancien ministre Abdelaziz Rahabi a évoqué l’hypothèse d’une initiative algérienne visant à annuler l’accord de 1968 régissant la circulation et le séjour des Algériens en France, dans le contexte de la polémique suscitée par les déclarations du Premier ministre français Sébastien Lecornu sur une possible renégociation du texte. Abdelaziz a souligné que l’exploitation de ce dossier par la droite française a transformé la situation de la communauté algérienne en enjeu du débat politique interne, alimentant un discours hostile aux Algériens.
Sébastien Lecornu avait exprimé son souhait de reprendre au plus vite les négociations sur cet accord, qu’il juge « obsolète à bien des égards ». Selon Rahabi, une telle déclaration équivaut, dans la pratique et selon les usages diplomatiques, à une dénonciation unilatérale de l’accord par la France.
Il a précisé que l’Algérie n’a pas encore reçu de demande officielle de Paris, mais qu’elle se prépare à cette éventualité. Tout en affirmant que toute demande française de renégociation, si elle est faite conformément aux dispositions de l’accord, « recevra une réponse positive », car selon lui, le texte «n’offre aujourd’hui aux Algériens que des avantages limités», et «le droit commun est souvent plus cohérent avec leur situation en matière de déplacement, de travail et de séjour».
A cet égard, Rahabi a insisté sur le fait que la droite française utilise cette question pour nourrir un discours politique hostile aux immigrés algériens, les présentant comme principale cause des problèmes migratoires, mais aussi des difficultés économiques et sécuritaires.
Il a rappelé un précédent datant de décembre 1979, lorsque le président français Valéry Giscard d’Estaing avait décidé le renvoi annuel de 35 000 ressortissants algériens, dans un contexte qu’il a qualifié de « nostalgie de l’Algérie française ».
L’Algérie, alors disposée à accueillir ses citoyens, n’avait exigé qu’une chose : le respect de leur dignité. Ces mesures furent finalement annulées après la défaite de Giscard d’Estaing en 1981.
Selon Rahabi, si la France ne prend pas l’initiative d’annuler l’accord, l’Algérie le fera, et ceux qui ont fait de ce dossier un « ennemi utile » devront trouver un autre thème de campagne mémorielle d’ici à 2027.
R.N.
