Un calme plat semble s’installer entre les deux pays depuis quelques jours après des mois d’escalade et de tensions. Le temps est à l’accalmie, notamment du côté de Bruno Retailleau, fervent partisan d’une ligne dure qui jusqu’ici ne mâchait pas ses mots. Rien de nouveau pour le moment dans le ciel franco-algérien ? Soixante-trois ans plus tard, la plaie est toujours sensible, mais la volonté de renforcer des liens déjà forts» est présente du côté de Macron, auteur d’une lettre adressée au président Tebboune. Pour les 60 ans de l’indépendance de l’Algérie, Macron a adressé une lettre de vœux au peuple algérien, réitérant «son engagement à poursuivre sa démarche de reconnaissance de la vérité et de réconciliation des mémoires des peuples algérien et français», comme l’indique le communiqué de presse de l’Élysée.
Mais cette euphorie a laissé place aujourd’hui à une crispation la plus longue depuis l’indépendance, évitant de peu la rupture de relations diplomatiques soixante-trois ans après la fin de la colonisation, les plaies restent vives en Algérie alors que la France exclut toute repentance ou excuse. Au-delà du dossier du Sahara occidental, les deux parties sont en conflit à propos de questions d’immigration. La décision du président Tebboune de renvoyer aux calendes grecques son voyage officiel en France constitue la dernière séquence de cette dispute sans fin, heureusement émaillée de chaleureuses réconciliations. Attendue depuis 2022, cette visite sans cesse reportée a constitué un vrai feuilleton et devait finalement avoir lieu à l’automne. Mais le récent alignement du président Macron sur la position marocaine à propos du Sahara occidental a sonné le glas des retrouvailles. «Je n’irai pas à Canossa», a lancé Tebboune lors d’un entretien télévisé avec deux journalistes, jugeant qu’un tel déplacement serait «humiliant» dans le contexte de tension actuel. La formule, prononcée en langue française, a fait mouche, presse et réseaux sociaux couvrant d’éloges la culture du locataire du palais d’El-Mouradia. Et qu’en est-il maintenant ? Depuis juillet 2024, les relations se sont dégradées ponctuées par des pics de tensions après la reconnaissance du supposé plan d’autonomie du Maroc envers le Sahara occidental. Toutefois, les déclarations acérées ont laissé place à la prudence.
Paris a baissé le ton d’un cran ces dernières semaines vis-à-vis d’Alger. La discrétion est de mise. Pour Naoufel Brahimi El Mili, politologue, Docteur en Sciences politiques de l’IEP de Paris, contacté par BFMTV.com, l’explication des «variations d’humeur» du gouvernement est à chercher du côté de l’Élysée. «Je pense qu’Emmanuel Macron a préconisé l’arrêt de la surenchère verbale afin de ne pas polluer les célébrations du 5 juillet», qui marquent le 63e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. À cette occasion, «comme le veut la tradition, Emmanuel Macron va envoyer un message au président algérien, mais il sera particulièrement chaleureux cette année», estime le spécialiste des relations franco-algériennes dans l’espoir d’obtenir la grâce présidentielle de la part du président Tebboune pour Boualem Sansal. «A cette date, il y a un rituel de grâce en Algérie», explique-t-il. Et la moindre déclaration de la part de Bruno Retailleau pourrait froisser le pouvoir algérien et anéantir cet espoir de grâce présidentielle. L’accalmie aurait-elle pour date limite le 5 juillet, jour espéré de la grâce présidentielle ? C’est ce qu’a pu laisser sous-entendre Retailleau mardi dernier, répétant ne vouloir «gâcher aucune chance pour que Boualem Sansal puisse être libéré d’ici notamment la fin de la semaine». Mais le spécialiste Naoufel Brahimi El Mili n’est pas de cet avis jugeant pérenne la voix de l’apaisement. «Pendant longtemps, il y a eu une escalade sans corde de rappel.
Est-ce que l’objectif est la rupture des relations ?», s’interroge l’historien. Ces derniers mois, outre les joutes verbales, la crise diplomatique sans précédent a été marquée par des expulsions de diplomates de part et d’autre, des restrictions pour les titulaires de visas diplomatiques et un gel de toutes les coopérations. «Ni la France, ni l’Algérie n’ont intérêt à ce qu’il y ait un échec», assure-t-il. «Il revient au président Macron de siffler la fin du match».
Mahmoud Tadjer
