Cette invitation ouvre une nouvelle séquence dans les relations entre les deux pays, désormais tournés vers la reprise du dialogue et la relance de leur coopération.
L’Algérie et le Mali semblent désormais engagés sur la voie d’une normalisation progressive de leurs relations bilatérales, après plus d’une année de tensions diplomatiques. Les deux pays multiplient les signaux d’apaisement et affichent leur volonté de relancer leur coopération dans plusieurs domaines.
Sur instruction du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a eu hier un entretien téléphonique avec son homologue malien, le général de division Abdallah Maïga, selon un communiqué des services du Premier ministre.
Au cours de cet échange, les deux responsables ont réaffirmé leur attachement aux relations de fraternité, de solidarité et de bon voisinage qui unissent les peuples algérien et malien. Ils ont également souligné la volonté des dirigeants des deux pays d’insuffler «une nouvelle dynamique» aux relations bilatérales et de relancer la coopération dans différents secteurs.
Les discussions ont notamment porté sur les moyens de renforcer les relations entre Alger et Bamako et de donner une nouvelle impulsion à leur coopération. Dans ce contexte, Sifi Ghrieb a adressé une invitation officielle à son homologue malien pour effectuer une visite de travail en Algérie.
Cette invitation pourrait constituer une étape importante dans le rapprochement entre les deux pays et ouvrir la voie à une coopération plus concrète, après plusieurs mois de tensions. Elle témoigne également de la volonté d’Alger et de Bamako de renouer le dialogue au plus haut niveau.
Les deux parties ont, par ailleurs, affiché leur ambition de consolider la place du Sahel comme un espace de coopération, d’échanges et de développement partagé, fondé sur la sécurité et la stabilité.
Tourner la page des divergences
Cette évolution intervient après plusieurs déclarations maliennes favorables à un rapprochement avec Alger. Les relations algéro-maliennes ne se limitent, en effet, pas aux considérations conjoncturelles. Elles reposent sur des liens historiques, culturels et humains qui ont résisté à plusieurs périodes de tension.
Jeudi, Abdallah Maïga avait fait état d’une «parfaite convergence de vues» entre le président de la transition malienne, le général d’armée AssimiGoïta, et le président Abdelmadjid Tebboune, notamment sur les principes du respect de la souveraineté des États et de la non-ingérence dans leurs affaires intérieures.
S’exprimant lors d’une séance plénière consacrée au bilan de cinq années de transition au Mali, le Premier ministre malien avait reconnu l’existence de divergences entre les deux pays, notamment sur certaines questions, quelques mois auparavant. Il avait toutefois estimé que ces différends
«appartiennent désormais au passé».
Le responsable malien avait également insisté sur la nécessité de préserver et de renforcer les relations entre les deux pays, en réaffirmant l’ambition commune de contribuer à l’émergence d’un Sahel «où règnent la paix et la sécurité», débarrassé du terrorisme, du néocolonialisme et de toute volonté d’hégémonie.
Cette nouvelle approche traduit une volonté de privilégier le dialogue et la gestion des différends plutôt que leur confrontation. Les divergences entre États ne disparaissent pas nécessairement avec le réchauffement diplomatique, mais peuvent être contenues lorsqu’existent des canaux de communication et une volonté politique de préserver les intérêts communs.
Le Sahel au cœur du nouvel horizon
L’un des principaux enseignements de l’entretien entre les deux Premiers ministres réside dans la volonté affichée de renforcer la place du Sahel comme espace de coopération, d’échanges et de développement, dans un contexte régional marqué par les défis sécuritaires et la recherche de stabilité.
Cette ambition donne à la relation algéro-malienne une portée qui dépasse le seul cadre bilatéral. Un rapprochement entre Alger et Bamako pourrait favoriser la relance de plusieurs secteurs de coopération, notamment le commerce, les transports, l’énergie, le développement, les échanges humains, la sécurité des frontières et la concertation sur les grandes questions régionales.
L’invitation officielle adressée par Sifi Ghrieb à Abdallah Maïga pour se rendre en Algérie pourrait ainsi constituer un moment important de cette nouvelle séquence diplomatique. Elle offre aux deux pays l’occasion de passer progressivement du discours politique à la mise en place de mécanismes de coopération concrets.
L’enjeu est désormais de consolider un nouveau langage diplomatique fondé sur le voisinage, le respect de la souveraineté, le dialogue et les intérêts communs. Car la solidité d’une relation entre États ne se mesure pas à l’absence de divergences, mais à leur capacité à les gérer sans compromettre les intérêts essentiels qui les réunissent.
Smail Rouha
