La reconnaissance officielle du massacre du 17 octobre 1961 comme crime d’État demeure une exigence mémorielle et un enjeu majeur pour l’apaisement des relations entre l’Algérie et la France.
Soixante-cinq ans après le massacre du 17 octobre 1961 à Paris, les appels à sa reconnaissance officielle comme crime d’État se multiplient en France. Historiens, responsables politiques et élus locaux réclament désormais l’inscription de cette tragédie dans les cérémonies nationales, un accès élargi aux archives et une meilleure transmission de cette mémoire aux nouvelles générations. Malgré les avancées du travail historique, cette répression sanglante demeure au cœur du contentieux mémoriel entre l’Algérie et la France.
L’historien Benjamin Stora a récemment plaidé pour l’intégration de la commémoration du massacre dans les cérémonies officielles françaises et son enseignement dans les manuels scolaires. Lors d’une conférence à Gennevilliers, il a insisté sur la nécessité de transmettre aux jeunes générations la mémoire de cette répression et de l’inscrire pleinement dans l’histoire nationale.
Figure majeure du travail de reconnaissance et de transmission de cet épisode longtemps occulté, Benjamin Stora a également analysé les mécanismes qui ont contribué à son effacement de la mémoire collective française pendant plusieurs décennies. Les recherches historiques, les livres et les films ont progressivement permis de remettre cette tragédie au centre du débat public. L’historien souligne la responsabilité de l’État français dans une répression ordonnée sous l’autorité du préfet de police Maurice Papon, qualifiant les faits de « tragédie inexcusable ».
La reconnaissance, un préalable à l’apaisement
De son côté, Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie, a appelé à une reconnaissance des crimes coloniaux français, qu’elle considère comme une étape nécessaire pour contribuer à l’apaisement des relations entre les deux pays. Présente aux commémorations du 65e anniversaire du massacre à Paris, elle a dénoncé un « crime atroce » et un « crime d’État », pointant l’invisibilisation persistante des victimes.
Selon elle, les crimes de la colonisation doivent être pleinement nommés, reconnus et réparés. Elle a également salué le message du maire de Paris, Emmanuel Grégoire, tout en soutenant l’appel d’une cinquantaine de maires français en faveur de l’instauration du 17 octobre comme journée nationale de commémoration officielle. Elle a, par ailleurs, insisté sur la nécessité de poursuivre les recherches afin d’établir avec davantage de précision l’identité des victimes et des personnes disparues.
Lors d’une rencontre organisée samedi à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), à Paris, autour du thème « Demain, la France et l’Algérie », Ségolène Royal a proposé plusieurs mesures pour dépasser le lourd contentieux historique entre les deux pays. Elle a notamment défendu la reconnaissance pleine et entière du massacre comme crime d’État et l’inscription du 17 octobre au calendrier officiel des journées nationales de commémoration.
Les élus réclament des actes officiels
Cette mobilisation trouve également un écho auprès des élus locaux. Une cinquantaine à une soixantaine de maires et d’élus français ont signé un appel adressé au président de la République et au gouvernement, demandant la reconnaissance officielle du massacre comme un crime d’État. Leur démarche porte aussi sur l’élargissement de l’accès aux archives relatives à la guerre d’Algérie, la reconnaissance des victimes, des survivants et de leurs familles, ainsi que l’inscription de cette date dans le calendrier national des commémorations.
Le 17 octobre 1961, entre 20 000 et 30 000 Algériens avaient manifesté pacifiquement à Paris contre un couvre-feu discriminatoire qui leur était imposé. La manifestation avait été violemment réprimée par les forces de police placées sous l’autorité de Maurice Papon. Des dizaines de personnes, voire davantage selon les estimations historiques, avaient été tuées, tandis que des milliers de manifestants étaient arrêtés.
Le bilan exact de cette répression demeure un enjeu majeur des recherches historiques. Des travaux et estimations font état de centaines de blessés, de nombreux disparus et de quelque 11 500 arrestations. Plusieurs milliers de manifestants avaient été conduits dans différents lieux de détention, notamment au Palais des sports de la porte de Versailles.
Le 17 octobre 2001, une plaque commémorative avait été inaugurée sur le pont Saint-Michel, à Paris, à l’initiative du maire de l’époque, Bertrand Delanoë, en hommage aux Algériens tués lors de la répression.
Si cette reconnaissance symbolique a contribué à faire sortir le massacre de l’oubli, les demandes actuelles témoignent de la persistance des attentes en matière de vérité historique et de reconnaissance politique. Pour les défenseurs de cette démarche, la transmission de cette mémoire et la reconnaissance officielle des responsabilités de l’État constituent des étapes essentielles pour affronter l’héritage colonial et construire des relations algéro-françaises plus apaisées.
H. Adryen
