En revenant sur l’histoire d’Henri Alleg et de son ouvrage La Question, l’émission «Affaires sensibles», proposée sur France Inter, a exhumé le 9 octobre dernier, l’une des pages les plus accablantes de la guerre coloniale française en Algérie.
De l’arrestation d’un journaliste en juin 1957 à la saisie de son livre en mars 1958, le récit retrace comment un témoignage écrit clandestinement dans une cellule est devenu une accusation publique contre la torture, le silence des institutions et la raison d’État. Une histoire qui dépasse le destin d’un homme pour interroger les fondements mêmes du système colonial.
Des livres que l’on publie pour raconter une époque. D’autres surgissent pour en déchirer le mensonge. La Question, d’Henri Alleg, appartient à cette seconde catégorie. Publié en février 1958 aux Éditions de Minuit, alors que son auteur croupissait dans les prisons françaises, cet ouvrage provoque une déflagration politique et morale. Pour la première fois avec une telle force, la torture pratiquée par l’armée française en Algérie cesse d’être une dénonciation que les autorités peuvent aisément récuser. Elle devient un récit circonstancié, signé, documenté, porté par un homme qui en a personnellement subi les supplices.
C’est cette histoire que restitue l’émission «Affaires sensibles», proposée sur France Inter par Fabrice Drouelle, dans un épisode consacré à Henri Alleg et à son livre La Question. Le programme, auquel est associée l’historienne Anne Simonin, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de l’histoire de l’édition, reconstitue les circonstances de l’arrestation du journaliste, les tortures qu’il a endurées, l’écriture clandestine de son témoignage et la bataille menée pour le publier malgré la censure.
Mais au-delà de la destinée singulière d’Henri Alleg, cette plongée dans les archives met à nu une contradiction historique fondamentale. Comment une République qui se réclamait des droits de l’homme, de la liberté et de la civilisation pouvait-elle, au nom de la défense d’un territoire qui n’est pas le sien, tolérer et couvrir des pratiques que ses propres principes condamnaient ?
La question, précisément, est là.
De la découverte du colonialisme à la clandestinité
Pour comprendre Henri Alleg, il faut remonter bien avant son arrestation.
Né à Londres en 1921 dans une famille juive d’origine polonaise, Henri Salem, qui prendra le nom d’Henri Alleg, grandit dans un environnement marqué par les idéaux du Front populaire, l’antifascisme et les engagements de gauche. En 1939, encore jeune homme, il arrive en Algérie.
Il découvre un pays qui ne ressemble guère à celui décrit par le discours officiel français.
L’Algérie est alors présentée comme un prolongement naturel de la métropole, un ensemble de départements français où la souveraineté de Paris irait de soi. Mais derrière cette fiction d’unité territoriale se déploie une société profondément hiérarchisée, fondée sur la dépossession coloniale, les discriminations politiques et les inégalités économiques et sociales.
La population musulmane algérienne, majoritaire, ne bénéficie pas des mêmes droits politiques que les Européens. La domination coloniale structure l’accès à la terre, à l’éducation, aux fonctions publiques et à la représentation politique.
Henri Alleg découvre cette réalité au contact de militants algériens nationalistes. Cette rencontre transforme durablement son regard.
Il adhère au Parti communiste algérien et s’engage dans le journalisme. En 1951, il devient directeur d’Alger Républicain, quotidien qui défend les revendications sociales, dénonce les injustices coloniales et donne une place importante aux aspirations politiques des Algériens.
Lorsque la révolution du 1er novembre 1954 ouvre une nouvelle phase du combat pour l’indépendance, les autorités françaises durcissent la répression. La presse opposée à la politique coloniale est particulièrement surveillée.
En septembre 1955, Alger Républicain est interdit. Henri Alleg entre progressivement dans la clandestinité.
Deux ans plus tard, son destin bascule.
Juin 1957, Alger sous la terreur des parachutistes
Au début de l’année 1957, la bataille d’Alger marque un tournant dans la guerre d’indépendance.
Les autorités françaises confient aux parachutistes du général Jacques Massu des pouvoirs considérables pour démanteler les réseaux du Front de libération nationale. Sous couvert de rétablissement de l’ordre, l’armée organise un dispositif de contrôle, de renseignement et de répression qui multiplie les arrestations et les détentions extrajudiciaires.
La torture devient un instrument de collecte de renseignements. Les disparitions de personnes arrêtées se multiplient. La frontière entre opérations militaires, enquêtes policières et justice est profondément bouleversée.
Le 11 juin 1957, Maurice Audin, jeune mathématicien, assistant à l’Université d’Alger et militant communiste favorable à l’indépendance, est arrêté à son domicile par des parachutistes.
Le lendemain, Henri Alleg se présente chez lui, ignorant son arrestation.
L’appartement est surveillé.
Lorsqu’il comprend qu’il vient de tomber dans un piège, il tente de s’enfuir. Un policier le rattrape, revolver au poing. Les parachutistes arrivent peu après.
Henri Alleg est arrêté à son tour.
Il est conduit dans un centre de triage situé à El-Biar, sur les hauteurs d’Alger. Ces installations sont officiellement destinées à l’identification et à l’interrogatoire des suspects. Dans les faits, elles servent également de lieux de séquestration et de torture.
Les militaires veulent connaître ses contacts, ses lieux d’hébergement, les membres de ses réseaux et les activités clandestines auxquelles il pourrait être associé.
Henri Alleg refuse de répondre.
Commence alors une succession de supplices que l’émission de France Inter restitue dans leur brutalité.
Les tortionnaires utilisent l’électricité, notamment à l’aide d’une magnéto de campagne. Les électrodes sont appliquées sur différentes parties de son corps, y compris les plus sensibles et les plus intimes. Les décharges provoquent des douleurs extrêmes et des contractions incontrôlables.
Vient ensuite le supplice de l’eau. Attaché sur une planche, le visage recouvert d’un tissu, Alleg subit des écoulements continus qui provoquent une sensation de noyade. À plusieurs reprises, il perd connaissance.
Les sévices se poursuivent par des brûlures, des coups, des privations et des humiliations.
Les interrogatoires obéissent à une logique répétitive. Faire souffrir, interrompre, interroger, recommencer.
L’objectif n’est pas de juger un homme, mais de le briser.
Ce qui frappe dans le témoignage d’Alleg, c’est la précision avec laquelle il décrit cette mécanique. Il identifie les gestes, les équipements, les attitudes et les paroles de ses bourreaux. La torture apparaît non comme une explosion incontrôlée de violence, mais comme une pratique organisée au service d’un objectif militaire.
Maurice Audin, le témoin d’une disparition
Au cours de sa détention, Henri Alleg aperçoit Maurice Audin.
Le jeune mathématicien a lui-même subi des interrogatoires violents. Les militaires cherchent à utiliser sa présence pour convaincre Alleg de parler.
Cette rencontre sera l’un des éléments les plus importants du témoignage.
Maurice Audin ne retrouvera jamais la liberté.
Les autorités françaises soutiendront qu’il s’est évadé. Cette version officielle, longtemps maintenue, sera progressivement démontée par les historiens, les témoignages et le combat obstiné de sa famille.
En septembre 2018, le président Emmanuel Macron reconnaîtra la responsabilité de l’État français dans la disparition et la mort de Maurice Audin, ainsi que l’existence d’un système ayant permis la torture pendant la guerre d’Algérie.
La présence d’Audin dans le récit d’Alleg donne ainsi à La Question une dimension supplémentaire. Le livre ne témoigne pas seulement des souffrances d’un homme qui a survécu. Il éclaire également sur le sort de ceux qui ont disparu dans les circuits de la répression coloniale.
Le silence comme ultime résistance
Les tortionnaires ne parviennent pas à obtenir les renseignements recherchés.
Ils changent de méthode.
Ils menacent la femme d’Henri Alleg, Gilberte, et ses enfants. Ils décrivent les violences qu’ils pourraient leur infliger.
Cette pression psychologique atteint le journaliste avec une intensité particulière. Il sait que les menaces ne sont pas nécessairement gratuites.
Les militaires recourent également à une injection de pentothal, un barbiturique utilisé dans certaines pratiques d’interrogatoire sous le nom trompeur de sérum de vérité.
L’idée est de diminuer sa vigilance pour lui soutirer des confidences.
Mais cette tentative échoue elle aussi.
À travers cette résistance, une dimension politique essentielle apparaît. Alleg ne cherche pas seulement à préserver sa dignité personnelle. Il refuse de livrer d’autres hommes à la machine répressive dont il est lui-même prisonnier.
L’émission rapporte également un épisode particulièrement émouvant. Dans sa cellule, un détenu algérien, voyant son état physique, lui apporte une aide élémentaire, le couvre et tente de le réconforter.
Dans cet univers de violence, ce geste de solidarité rappelle que l’humanité survit parfois précisément là où les institutions chargées de la protéger l’ont abandonnée.
Henri Alleg sort vivant de cette épreuve. Mais il comprend rapidement que sa survie ne suffit pas.
Il faut témoigner.
De la plainte judiciaire au manuscrit clandestin
Après avoir subi des tortures, Henri Alleg décide de dénoncer les violences qu’il a vécues. En juillet 1957, il rédige une plainte qui est publiée dans le journal L’Humanité. Avec l’aide de son avocat, il écrit ensuite un témoignage dans sa cellule de prison.
Les pages sont sorties clandestinement grâce à ses avocats. Son écriture devient alors un moyen de résister et de révéler la vérité sur la torture pendant la guerre d’Algérie.
Jérôme Lindon, l’éditeur qui refusa le silence
Reste à publier le manuscrit.
L’entreprise est dangereuse.
En pleine guerre d’Algérie, dénoncer nommément les pratiques de l’armée française expose un éditeur à des poursuites, à des saisies et à de lourdes conséquences financières.
Plusieurs éditeurs hésitent ou refusent.
Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit, accepte.
Son choix n’a rien d’anodin.
Fondées clandestinement pendant l’Occupation allemande, les Éditions de Minuit ont publié dès 1942 «Le Silence de la mer», de Vercors, ouvrage devenu l’un des symboles de la résistance intellectuelle au nazisme.
Quinze ans plus tard, la maison se retrouve face à une autre exigence de résistance, cette fois contre des pratiques commises par les institutions de son propre pays.
Lindon sait que la publication peut mettre en danger sa maison. Il décide néanmoins d’assumer le risque.
Le contrat est signé le 7 janvier 1958 avec Gilberte Alleg, au nom de son mari détenu.
L’éditeur intervient sur le manuscrit et choisit un titre d’une puissance exceptionnelle.
Le récit initialement intitulé Interrogatoire sous la torture devient La Question.
Ce titre concentre plusieurs significations.
Sous l’Ancien Régime, la question désignait la torture judiciaire destinée à obtenir des aveux. Le mot renvoie aussi à la question algérienne, expression par laquelle le pouvoir français désignait le conflit colonial sans en reconnaître pleinement la nature.
Enfin, il évoque la tradition des grands combats intellectuels contre la raison d’État, notamment l’affaire Dreyfus.
En deux mots, Lindon donne au témoignage d’Alleg une portée qui dépasse l’expérience individuelle.
La question n’est plus seulement celle des souffrances d’un détenu. Elle devient celle de la responsabilité d’un État.
Février 1958, la déflagration
En février 1958, Henri Alleg publie «La Question» aux Éditions de Minuit. Dans ce livre, il témoigne des tortures qu’il a subies pendant la guerre de Libération nationale. Son ouvrage connaît rapidement un grand succès et provoque de nombreuses réactions parmi les journalistes, les écrivains et les intellectuels, notamment Jean-Paul Sartre.
Ce témoignage permet de dénoncer les méthodes utilisées par l’armée française et de lancer un débat important sur la torture et les droits de l’homme.
Mars 1958, la France saisit le livre
En mars 1958, les autorités françaises saisissent plusieurs milliers d’exemplaires du livre «La Question» d’Henri Alleg, car il dénonce les tortures pratiquées pendant la guerre d’Algérie.
Cependant, la censure arrive trop tard, car le livre est déjà connu et circule dans plusieurs pays. Des éditeurs étrangers poursuivent sa publication. Cette affaire montre que les autorités ont essayé de cacher la vérité, mais que le témoignage d’Henri Alleg a continué à se diffuser dans le monde.
Les intellectuels contre la raison d’État
La saisie provoque une vague de protestations.
En avril 1958, André Malraux, Roger Martin du Gard, François Mauriac et Jean-Paul Sartre adressent une déclaration solennelle au président René Coty.
Ils réclament une enquête impartiale sur les faits rapportés par Henri Alleg et demandent aux pouvoirs publics de condamner sans ambiguïté l’usage de la torture.
Cette mobilisation constitue un moment important de l’histoire intellectuelle française.
Elle révèle que le débat sur la guerre d’Algérie ne peut plus être réduit à une opposition entre partisans et adversaires de l’indépendance.
Il engage désormais la conception même de la République.
Une démocratie peut-elle invoquer les droits de l’homme tout en permettant la torture dans les territoires qu’elle administre ? La défense de l’État justifie-t-elle la suspension de toute exigence morale ? L’honneur d’une armée réside-t-il dans la dissimulation de ses crimes ou dans la capacité à les reconnaître et à les sanctionner ?
Ces interrogations divisent profondément la société française.
Pour les défenseurs de la politique coloniale, les dénonciations risquent d’affaiblir les militaires engagés en Algérie.
Pour leurs adversaires, le véritable déshonneur ne réside pas dans la révélation des crimes, mais dans leur commission et leur dissimulation.
La bataille autour de «La Question» devient ainsi une bataille pour la définition même de l’honneur national.
1960-1962, la condamnation d’Alleg et l’indépendance
Pendant que son livre circule à travers le monde, Henri Alleg demeure prisonnier.
Le 15 juin 1960, il est condamné par le tribunal militaire d’Alger à dix ans de détention pour des faits liés à la sûreté de l’État et à ses activités politiques clandestines.
Sa plainte contre ses tortionnaires, elle, ne débouche pas sur les condamnations qu’il espérait.
Transféré en métropole, il est détenu à Rennes.
En octobre 1961, il parvient à s’évader d’un établissement hospitalier près de Rennes avec l’aide de militants communistes. Il rejoint ensuite la Tchécoslovaquie.
Quelques mois plus tard, le 5 juillet 1962, l’Algérie accède à l’indépendance.
Henri Alleg retourne dans le pays auquel il a consacré une grande partie de sa vie militante et journalistique.
Il participe à la renaissance d’Alger Républicain, avant que le journal ne soit de nouveau interdit.
Alleg repart ensuite en France, où il poursuit ses activités de journaliste et d’écrivain.
Il meurt le 17 juillet 2013, à l’âge de 91 ans.
Son nom demeure indissociable de l’un des plus importants témoignages sur la torture pendant la guerre d’indépendance algérienne.
La torture, un système et non une anomalie
L’un des grands mérites du récit proposé par l’émission «Affaires sensibles» est de restituer les mécanismes concrets de la répression.
À travers les interrogatoires d’Henri Alleg apparaît une organisation où interviennent des militaires, des officiers, des personnels médicaux et des structures de détention.
Les violences ne sont pas seulement celles d’individus livrés à leur brutalité. Elles s’inscrivent dans un dispositif destiné à obtenir des renseignements par la contrainte.
La torture devient une technique de gouvernement de la population colonisée.
C’est cette dimension qui interdit de réduire la question à quelques excès commis par des soldats.
La responsabilité des auteurs matériels est évidente. Mais elle n’épuise pas celle des commandements, des autorités civiles et des institutions qui ont rendu possibles ces pratiques, les ont tolérées ou n’ont pas assuré leur sanction.
Il faut aussi rappeler que les victimes algériennes de la torture furent infiniment plus nombreuses que les quelques figures dont l’histoire a conservé les noms.
La singularité d’Henri Alleg réside dans sa capacité à faire entendre, grâce à son métier, ses réseaux et la publication de son témoignage, une réalité vécue par tant d’autres dans l’anonymat.
Son livre ne doit donc pas être lu comme l’histoire isolée d’un Européen victime de la guerre coloniale.
Il constitue l’une des portes d’entrée les plus puissantes dans l’histoire de la violence exercée contre la population algérienne.
Ce que la mémoire française doit encore à l’Algérie
La reconnaissance officielle de certains crimes coloniaux a progressé au fil des décennies.
L’affaire Maurice Audin en constitue un exemple majeur.
Mais reconnaître une responsabilité particulière ne revient pas à avoir épuisé la question de la responsabilité historique globale.
Les disparitions, les exécutions sommaires, les détentions arbitraires, les déplacements forcés et les tortures appellent encore un travail de connaissance, d’ouverture des archives et de restitution de la mémoire des victimes.
L’histoire d’Henri Alleg rappelle également le rôle irremplaçable du journalisme et de l’édition dans la révélation des crimes d’État.
Sans les avocats qui ont fait sortir le manuscrit, sans Jérôme Lindon qui a accepté de le publier, sans les journalistes qui ont relayé les révélations et sans les intellectuels qui ont contesté la censure, «La Question» n’aurait peut-être jamais atteint une telle audience.
Il y a là une leçon qui dépasse largement la guerre d’Algérie.
À cet égard, la décision de Jérôme Lindon conserve une valeur exemplaire. Il savait qu’il pouvait perdre sa maison d’édition. Il a néanmoins choisi de publier.
Henri Alleg, de son côté, savait que ses écrits pouvaient lui valoir de nouvelles représailles. Il a choisi de témoigner.
L’un avait survécu à la torture. L’autre refusait que la vérité soit étranglée par la censure.
Leur rencontre a donné naissance à un livre qui allait durablement marquer l’histoire de la guerre d’Algérie.
La question que la censure n’a pas pu étouffer
En consacrant une émission à «La Question», France Inter remet en lumière un épisode où la société française fut confrontée à l’écart vertigineux entre les principes proclamés par la République et les pratiques de son pouvoir colonial.
Ce retour sur l’histoire est d’autant plus significatif qu’il intervient dans un contexte où les mémoires de la colonisation et de guerre de Libération nationale continuent de traverser les relations entre Alger et Paris.
Mais la mémoire ne saurait se réduire à une querelle diplomatique ni à une compétition de récits nationaux.
Elle suppose d’abord l’établissement des faits.
Henri Alleg avait précisément fait ce choix. Face à ceux qui lui demandaient des noms sous la torture, il avait opposé le silence. Face à ceux qui voulaient ensuite imposer le silence sur leurs méthodes, il avait opposé l’écriture.
C’est toute la puissance de ce renversement.
Les tortionnaires avaient voulu lui arracher la parole pour détruire d’autres résistances. Il reprit cette parole pour dénoncer le système qui les protégeait.
Les autorités coloniales avaient voulu saisir son livre pour défendre l’image de l’armée. Elles contribuèrent à en faire un symbole international de la dénonciation de la torture.
L’histoire aura finalement donné à ce petit ouvrage une portée que ni ses bourreaux ni ses censeurs n’avaient imaginée.
La véritable question posée par Henri Alleg n’était pas de savoir combien de souffrances un homme pouvait endurer avant de céder.
Elle était de comprendre comment une République qui se disait patrie des droits de l’homme avait pu faire de la torture un instrument de sa domination coloniale.
En 1958, la France a pu saisir «La Question». Elle n’a jamais réussi à confisquer la réponse.
Synthèse S. Méhalla
Sources : émission «Affaires sensibles», 9 octobre 2026, France Inter, épisode consacré à «La Question» d’Henri Alleg.
Éditions de Minuit, notice bibliographique de «La Question ».
Archives du journal «Le Monde» des 20 février 1958 et 4 octobre 1961.
Témoignage de Roland Rappaport sur l’histoire du manuscrit, publié dans «Le Monde» le 24 juillet 2013.
Association Josette et Maurice Audin.
