La lutte contre les bandes de quartier se dote d’un nouveau cadre de coordination. La composition de la Commission nationale de prévention contre ce phénomène est désormais fixée par un arrêté du ministère de l’Intérieur, publié au dernier Journal officiel.
Elle réunit institutions, services de sécurité, société civile et experts. L’instance est appelée à renforcer une approche multisectorielle, en complément de l’action menée sur le terrain contre la criminalité, la violence urbaine et le trafic de drogue.
Signé le 17 mai dernier, le texte intervient en application du décret exécutif n°21-123 du 29 mars 2021, qui fixe la composition et les modalités de fonctionnement de la Commission nationale ainsi que des commissions de wilaya chargées de la prévention des bandes de quartier. Présidée par Salah Bouguagua, représentant du ministre chargé de l’Intérieur, la commission rassemble des représentants de plusieurs secteurs de l’État, des organismes publics, de la société civile et des spécialistes dans différents domaines liés à la prévention.
Une approche multisectorielle
La composition de la commission traduit une volonté de réunir plusieurs secteurs autour de la prévention du phénomène des bandes de quartier. Des représentants des ministères de la Justice, des Affaires religieuses, de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Formation et de l’Enseignement professionnels, de la Culture, de l’Urbanisme, de la Communication et de l’Emploi y siègent notamment.
La Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), le commandement de la Gendarmerie nationale, l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie, l’Institut national de santé publique et le Conseil supérieur de la jeunesse sont également représentés. À cette composante institutionnelle s’ajoutent des représentants de la société civile, ainsi que des compétences spécialisées dans l’étude des phénomènes sociaux et criminels.
Deux experts en criminologie, Mohamed Amine Adda Bouhadda et Miloud Hamami, ont été désignés au sein de la commission. Ils sont accompagnés de Mustapha Medjahdi, spécialiste en sociologie, et d’Anas Bahmed, spécialiste en psychologie.
Cette diversité d’acteurs doit permettre de croiser les approches sécuritaire, judiciaire, sociale, éducative et préventive, avec l’objectif de mieux coordonner les actions consacrées à la prévention des bandes de quartier.
Un cadre juridique spécifique depuis 2020
La lutte contre les bandes de quartier s’appuie également sur un cadre juridique spécifique mis en place par l’État. L’ordonnance n°20-03 du 30 août 2020 relative à la prévention et à la lutte contre les bandes de quartier a consacré pour la première fois un dispositif juridique spécifiquement dédié à ce phénomène.
Ce texte définit notamment les bandes de quartier, comme des groupes criminels composés de deux personnes ou plus, opérant au sein des quartiers résidentiels dans le but de semer la peur, de porter atteinte à l’ordre public ou de s’en prendre aux personnes et aux biens, notamment par le recours à la violence ou aux armes.
L’ordonnance prévoit, par ailleurs, des sanctions pénales renforcées, avec des peines d’emprisonnement pouvant aller, selon la nature des faits et les circonstances, de trois à dix ans, assorties d’amendes. Elle prévoit également la réclusion à perpétuité lorsque des homicides sont commis dans le cadre des violences liées aux activités de bandes de quartier.
Des opérations régulières sur le terrain
Sur le terrain, les services de sécurité poursuivent les opérations visant les groupes impliqués dans des activités criminelles liées aux bandes de quartier et au trafic de stupéfiants. À Alger, les services de la Sûreté de wilaya ont récemment annoncé le démantèlement de six réseaux criminels regroupant 42 personnes, dont certaines ayant des antécédents judiciaires.
Ces groupes étaient actifs dans plusieurs quartiers de la capitale. L’opération a permis la saisie de 58 armes blanches de différents types, de 700 capsules de substances psychotropes et de 15 g de cocaïne. Les personnes interpellées ont été présentées aux autorités judiciaires compétentes pour des faits liés notamment à la constitution de bandes de quartier, à l’association de malfaiteurs, à la propagation de la peur dans le milieu urbain et à la détention de substances psychotropes destinées à la vente.
D’autres opérations ont également été menées dans plusieurs wilayas du pays contre les réseaux de trafic de stupéfiants et les groupes impliqués dans différentes formes de criminalité. À Alger, les services de police ont notamment conduit des interventions dans 13 circonscriptions administratives, ciblant des groupes liés aux bandes de quartier ainsi que des réseaux de trafic de drogues et de psychotropes.
La prévention en complément de l’action sécuritaire
Cette mobilisation opérationnelle s’accompagne d’actions de sensibilisation. Les services de sécurité organisent notamment des campagnes sur les risques liés à la consommation de drogues, la sécurité routière et la prévention de différentes formes de délinquance, en s’appuyant également sur les médias et les réseaux sociaux. La Commission nationale nouvellement composée s’inscrit dans cette dimension préventive.
La présence en son sein de représentants de secteurs aussi divers que la justice, l’éducation, la santé, la jeunesse, les affaires religieuses ou encore la société civile doit favoriser une approche qui ne se limite pas à la réponse sécuritaire, mais prend également en compte les facteurs sociaux et les comportementaux associés au phénomène.
Islam K.
