Le groupe de hackers Jabaroot menace de publier les noms d’agents marocains qu’il accuse d’être impliqués dans les événements migratoires ayant conduit, fin juillet, à l’arrivée de près de 72 000 Marocains à Ceuta.
Une nouvelle affaire de cybersécurité vient fragiliser l’image de maîtrise que le Maroc cherche à projeter autour de son appareil sécuritaire.
Le groupe de hackers «Jabaroot» affirme avoir dévoilé l’identité de 70 000 agents présumés de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), les services de renseignement intérieur marocains, et de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), la police marocaine. Les deux structures sont dirigées par un même responsable, Abdellatif Hammouchi.
La base de données publiée par le groupe sur sa chaîne Telegram contiendrait les noms, les dates de naissance et les numéros d’identification de 70 000 personnes présentées comme des agents des services marocains de renseignement et de sécurité.
Jabaroot présente cette opération comme l’une des plus importantes fuites de données jamais enregistrées contre l’appareil sécuritaire marocain. Le groupe affirme également avoir mené plusieurs opérations similaires depuis avril 2025.
Selon des informations rapportées notamment par El Confidencial, Jabaroot aurait déjà revendiqué la publication des noms de quelque 3 400 employés des palais royaux, ainsi que de données concernant près de deux millions d’affiliés au système marocain de sécurité sociale.
Les autorités marocaines ont, de leur côté, accusé le groupe d’agir pour le compte de l’Algérie. Cette accusation ne constitue, toutefois, pas, à elle seule, une preuve d’un lien opérationnel entre Jabaroot et les autorités algériennes.
Jabaroot affirme avoir publié les noms, les dates de naissance et les numéros d’identification de milliers de personnes travaillant pour les services marocains de renseignement et de sécurité. Le groupe les accuse notamment d’avoir participéà des opérations menées en Europe, à des activités de surveillance ainsi qu’à diverses opérations clandestines. Ces accusations restent, à ce stade, non vérifiées de manière indépendante.
Au-delà de la dimension cybernétique, cette affaire intervient dans un contexte régional marqué par les tensions entre Rabat, Alger et Madrid.
Si l’authenticité des données était confirmée et si leur volume correspondait aux chiffres avancés par Jabaroot, cette fuite constituerait une sérieuse alerte pour l’appareil sécuritaire marocain.
Madrid au centre des accusations
La dimension espagnole constitue l’un des aspects les plus sensibles de cette affaire. Jabaroot affirme détenir des informations relatives à des opérations menées en Europe et menace de publier des données concernant des responsables marocains qu’il accuse d’avoir joué un rôle dans des événements liés à Ceuta.
Le groupe affirme notamment détenir des informations sur des agents marocains qui auraient été impliqués dans les événements migratoires ayant touché Ceuta. Ces affirmations, particulièrement sensibles, doivent, toutefois,être considérées avec prudence en l’absence de confirmation indépendante.
Ces accusations interviennent alors que les relations entre Rabat et Madrid restent étroitement liées aux questions migratoires et au dossier du Sahara occidental.
L’affaire prend une dimension supplémentaire dans le contexte du rapprochement entre Alger et Madrid.
Jabaroot évoque lui-même les relations algéro-espagnoles comme l’un des éléments permettant d’expliquer le contexte politique de ses révélations.
L’entourage du palais royal mis en cause
La fuite revendiquée comporte également un volet politique. Le nom de Fouad Ali El Himma, conseiller du roi Mohammed VI, aurait notamment été cité dans des accusations rapportées par le quotidien espagnol ABC.
L’élément le plus important de cette affaire réside peut-être moins dans le chiffre annoncé de 70 000 personnes que dans la nature des informations qui auraient été compromises.
La revendication intervient après plusieurs opérations attribuées au même groupe.
En 2025, Jabaroot avait déjà revendiqué la publication de données concernant des personnalités et des intérêts marocains, notamment des informations relatives aux biens immobiliers de membres du Parti authenticité et modernité (PAM), ainsi que des données concernant Mohamed Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi Mohammed VI.
Si la fuite était confirmée dans les proportions annoncées, elle constituerait, à coup sûr, un sérieux revers pour la sécurité des services concernés et pourrait avoir des répercussions importantes sur les plans politique et diplomatique.
Synthèse Smail Rouha
