Entre Alger et Bamako, la page de la crise diplomatique semble progressivement se tourner. Après plus d’une année de tensions, les deux capitales multiplient désormais les gestes d’apaisement et affichent leur volonté de renouer avec une relation fondée sur le dialogue, la souveraineté et les intérêts communs.
Les derniers signaux envoyés par Alger et Bamako témoignent d’une volonté manifeste de sortir de la logique de confrontation qui avait profondément affecté les relations entre les deux pays.
L’entretien téléphonique entre le Premier ministre, SifiGhrieb, et son homologue malien, Abdallah Maïga, constitue à cet égard un geste politique important. Sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, le chef du gouvernement algérien a réaffirmé l’attachement de son pays aux liens historiques, humains et culturels qui unissent les deux peuples.
Au-delà des formules diplomatiques, l’invitation adressée au Premier ministre malien à effectuer une visite de travail en Algérie traduit surtout une volonté de passer de l’apaisement verbal à une reprise concrète des relations bilatérales. La réactivation des mécanismes de coopération apparaît désormais comme la prochaine étape naturelle de ce rapprochement.
Une crise désormais reléguée au passé
À Bamako également, le discours a sensiblement évolué. Abdallah Maïga reconnaît l’existence de divergences qui ont opposé les deux pays ces derniers mois, mais affirme désormais qu’elles «appartiennent au passé». Une déclaration loin d’être anodine.
Elle traduit la volonté des autorités maliennes de ne pas laisser les désaccords diplomatiques remettre durablement en cause une relation qui dépasse les conjonctures politiques. Car entre l’Algérie et le Mali, les liens historiques sont anciens et profonds. Ils reposent sur une proximité géographique, des relations humaines importantes et une histoire commune, notamment dans la formation des cadres maliens en Algérie.
Le rappel de ces éléments par le Premier ministre malien n’est, de ce fait, pas simplement symbolique. Il participe d’une volonté de reconstruire un socle de confiance après une période particulièrement tendue.
Le Sahel au cœur du rapprochement
La question dépasse cependant le seul cadre des relations algéro-maliennes. Elle concerne directement l’avenir du Sahel.
Alger comme Bamako semblent désormais vouloir privilégier une approche régionale fondée sur la coopération, la stabilité et la lutte contre le terrorisme. Pour l’Algérie, la stabilité de son voisinage méridional constitue un enjeu stratégique majeur. Pour le Mali, confrontéà de multiples défis sécuritaires et politiques, le maintien de relations apaisées avec ses voisins demeure également essentiel.
Les références communes à la souveraineté des États et à la non-ingérence témoignent, par ailleurs, d’une volonté de trouver un langage politique susceptible de rapprocher les positions des deux capitales.
Reste que la normalisation ne signifie pas nécessairement la disparition de toutes les divergences. Les intérêts stratégiques des deux pays ne coïncident pas toujours, pas plus que leurs lectures des évolutions régionales. Mais la différence essentielle est désormais ailleurs : les désaccords semblent vouloir être gérés par le dialogue plutôt que par l’escalade.
Reconstruire la confiance
La reprise des échanges d’ambassadeurs et du trafic aérien, annoncée le mois dernier, avait déjà constitué un premier indicateur de cette nouvelle dynamique. L’invitation officielle adressée à Abdallah Maïga vient désormais renforcer cette tendance.
Après la crise provoquée en avril 2025 par l’affaire du drone malien et la fermeture de l’espace aérien algérien aux appareils maliens, Alger et Bamako semblent avoir compris qu’une rupture durable ne servirait les intérêts d’aucune des deux parties. Bien au contraire.
La normalisation qui se dessine devra néanmoins être jugée sur ses résultats. La reprise du dialogue politique est une première étape ; la restauration d’une coopération régulière, la réouverture de canaux diplomatiques efficaces et la capacité à gérer les différends à venir constitueront les véritables tests de cette nouvelle phase.
Entre l’Algérie et le Mali, le temps semble donc être désormais celui de l’apaisement. Néanmoins, une normalisation durable ne se décrète pas : elle se construit progressivement par des actes, par la confiance et surtout par la capacité à transformer les divergences en dialogue.
Dans un Sahel profondément fragilisé par les crises sécuritaires et les rivalités géopolitiques, le rapprochement entre Alger et Bamako pourrait dépasser le simple cadre bilatéral et contribuer à ouvrir un nouvel espace de dialogue régional.
S.R.
