À l’approche de l’Aïd El-Adha, les autorités algériennes intensifient leurs efforts pour valoriser les peaux et relancer durablement la filière cuir.
Intervenant sur la Radio nationale, le chargé de synthèse et des études au cabinet du ministre de l’Industrie, Mokdad Aggoun, a affirmé que la campagne nationale de collecte des peaux, lancée il y a 7 ans, constitue, aujourd’hui, un levier stratégique pour soutenir l’industrie nationale et réduire la dépendance aux importations.
Selon le responsable, les résultats enregistrés depuis 2018 témoignent d’une nette amélioration de la qualité des peaux récupérées. Le taux de peaux exploitables est ainsi passé de 16% en 2018 à 36% en 2025. Les autorités ambitionnent désormais d’atteindre entre 45 et 50% dès cette année, avec pour objectif de valoriser près d’une peau sur deux dans les chaînes de production nationales.
Souveraineté industrielle
Pour Mokdad Aggoun, cette dynamique s’inscrit dans la stratégie nationale visant à renforcer la souveraineté industrielle du pays. L’objectif est de bâtir une base économique capable de répondre aux besoins du marché local grâce à des produits fabriqués en Algérie, tout en réduisant la facture des importations et la dépendance aux hydrocarbures.
Le cuir figure ainsi parmi les filières jugées prioritaires dans la politique de diversification économique. L’Algérie dispose, selon le responsable, d’importantes ressources animales, d’un savoir-faire historique ainsi que d’infrastructures industrielles, notamment à travers le groupe public spécialisé dans le textile et le cuir.
La nouvelle feuille de route du ministère de l’Industrie repose sur plusieurs axes : modernisation des équipements, formation spécialisée dans les métiers du cuir et de la tannerie, développement du design et des produits adaptés aux tendances actuelles, mais aussi l’ouverture vers le commerce électronique et les marchés africains. Le responsable a également insisté sur l’importance du partenariat entre les différents secteurs de l’État.
La campagne mobilise notamment les ministères de l’Intérieur, des Affaires religieuses, de l’Environnement, de la Santé et de l’Agriculture, ainsi que les associations locales et les Scouts musulmans algériens, impliqués dans les opérations de sensibilisation et de collecte.
Transformer les déchets en valeur économique
Au-delà de la récupération des peaux, les autorités souhaitent instaurer une véritable culture de valorisation et de recyclage. «Une peau jetée représente une perte économique», a souligné Mokdad Aggoun, rappelant que ces matières premières peuvent être transformées en chaussures, sacs, vêtements ou encore exportées après transformation afin de générer davantage de valeur ajoutée.
Dans cette optique, des solutions numériques ont été mises en place pour faciliter la collecte. Des applications permettent désormais aux citoyens d’identifier les points de dépôt les plus proches ou de solliciter directement des services de récupération.
Par ailleurs, plusieurs start-up et investisseurs se positionnent déjà sur des projets de valorisation des sous-produits, notamment la laine, destinée à l’industrie textile. Le ministère encourage également les partenariats avec des entreprises étrangères afin de développer les capacités locales dans les domaines de la tannerie et de la transformation industrielle.
À terme, les autorités espèrent transformer cette campagne saisonnière en une véritable activité économique pérenne, capable de créer de la valeur, des emplois et de renforcer la compétitivité du made in Algeria sur les marchés nationaux et internationaux.
Une campagne nationale numérisée
Pour réussir cette opération d’envergure, les pouvoirs publics misent, désormais, sur les nouvelles technologies. Le groupe public Getex a déployé cette année un important dispositif numérique destiné à améliorer l’organisation et la traçabilité de la collecte. Selon le PDG du groupe, Toufik Berkani, une application dédiée permet de suivre en temps réel la localisation des points de collecte, les capacités de stockage disponibles ainsi que les quantités récupérées.
Une plateforme numérique accessible au public via QR code est également en cours de finalisation afin d’aider les citoyens à identifier rapidement les points de dépôt les plus proches. Cette stratégie numérique doit permettre d’assurer une meilleure coordination entre les différents intervenants mobilisés durant les trois jours de l’Aïd.
Des moyens logistiques renforcés
Pour cette édition, Getex a mobilisé d’importants moyens humains et matériels. Le dispositif comprend notamment : 27 sites de stockage répartis dans 17 wilayas, une capacité d’accueil estimée à près de 1,2 million de peaux, 30 centres d’enfouissement technique (CET), 73 points de réception, près de 600 travailleurs mobilisés durant l’Aïd.
I. Khermane
