Les signes d’une décrispation entre les deux pays se multiplient ces derniers mois après deux ans d’une crise profonde.
Le dialogue se caractérise déjà par une «reprise importante» des laissez-passer consulaires pour les expulsions d’individus dangereux vers l’Algérie. Ce nombre est passé de zéro à «quelques centaines» ces derniers mois.
De retour à Paris, le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, s’est confié longuement sur son séjour algérois, hier, sur Europe 1 et CNews. De prime abord, Darmanin a proposé de remplacer l’accord migratoire de 1968 par un véritable «traité d’amitié».
La France et l’Algérie n’ont jamais signé de traité d’amitié officiel. Ce projet initié au début des années 2000 n’a jamais abouti en raison de tensions diplomatiques et mémorielles cycliques. Il y a eu un «accord cadre d’amitié» signé en 2003 qui avait été ébauché à cette époque pour instaurer un dialogue politique renforcé, mais il ne s’agissait pas d’un traité d’amitié contraignant.
Les relations migratoires, la circulation et le séjour sont régis par l’accord bilatéral du 27 décembre 1968. Un traité d’amitié est un accord diplomatique officiel entre deux ou plusieurs États visant à sceller une réconciliation, officialiser des relations pacifiques et poser les bases d’une coopération durable.
Ce type de traité couvre généralement plusieurs domaines clés tels que la diplomatie et la sécurité à travers engagement au dialogue politique, la non-agression et la résolution pacifique des conflits, des facilitations commerciales et investissements et un programme d’échange, partenariats universitaires et coopération linguistique.
La France veut abroger l’accord de 2013
En 2003, l’Algérie et la France ont signé une déclaration commune d’amitié dite «Déclaration d’Alger», dans laquelle les deux pays s’engagent à renforcer leur coopération politique, économique, culturelle et scientifique, et à faciliter la venue des Algériens en France et des Français en Algérie. Elle ouvre la voie à l’élaboration d’un traité d’amitié.
La déclaration instaure un dialogue politique : une rencontre annuelle est prévue entre les chefs d’Etat et, deux fois par an, entre les ministres des Affaires étrangères. Le ministre français a également plaidé pour l’«abrogation de l’accord de 2013» entre l’Algérie et la France portant sur l’exemption réciproque de visas de court séjour pour les titulaires d’un passeport diplomatique ou de service.
Il a été signé le 16 décembre 2013, élargissant considérablement un précédent accord de 2007. Cet accord permettait aux détenteurs d’un passeport diplomatique ou d’un passeport de service des deux pays d’entrer, de circuler et de séjourner librement dans l’autre pays (ou dans l’espace Schengen) sans avoir besoin d’un visa, pour des séjours allant jusqu’à 90 jours sur une période de 180 jours.
Le cas de Christophe Gleizes évoqué
Au cœur des tensions diplomatiques, cet accord a été suspendu par la France, décision qui a ensuite mené à sa dénonciation officielle et à la fin de son application effective.
Lors de son retour à Paris, Darmanin s’est dit, en outre, «très rassuré» par le traitement du journaliste, ouvrant la voie à une possible grâce présidentielle. Gérald Darmanin et Lotfi Boudjemaa «ont acté, après deux années d’interruption totale, la reprise concrète de notre coopération judiciaire opérationnelle», a dit à l’AFP la chancellerie française.
Le ministre français a précisé lundi sur X avoir tenu avec son homologue «plusieurs réunions de travail en présence de hauts magistrats français», au cours desquelles ont notamment été évoqués «le dossier de la DZ mafia», les biens mal acquis ou encore des dossiers individuels comme celui de Christophe Gleizes. Darmanin a indiqué sa confiance au président Tebboune pour accorder une grâce à l’approche des fêtes de l’Aïd El-Kébir. L
e ministre a estimé que le président Tebboune était en mesure de «faire ce geste pour cette famille, et bien sûr pour notre bonne relation». «Nous avons rappelé qu’il faut rendre Christophe Gleizes non pas à la France, mais à sa mère», a déclaré le garde des Sceaux, estimant que le président Tebboune «y sera sensible». «En tout cas (…), je lui fais confiance pour cela. Maintenant, sa peine est définitive, puisqu’il n’a pas fait de pourvoi en cassation», a reconnu Darmanin.
Collaboration parfaite en matière de lutte antiterroriste
Le ministre a souhaité ouvrir une nouvelle page et a demandé l’extradition de membres impliqués dans le narcotrafic. En contrepartie, Alger a formulé des demandes concernant des individus en fuite et des biens mal acquis.
La justice française a formulé «une dizaine de demandes» d’entraide judiciaire visant des dirigeants de ce réseau, réfugiés de l’autre côté de la Méditerranée. En matière de lutte contre le terrorisme, Darmanin a salué les efforts d’Alger dans la coopération. Selon lui, «les services algériens ont également contribué à la coopération sécuritaire avec Paris en aidant à nous renseigner, interpeller et prévenir des attentats».
Il a affirmé que la France et l’Algérie entretenaient une «parfaite collaboration en matière de lutte contre le terrorisme», malgré les tensions diplomatiques apparues ces derniers mois entre les deux pays. Darmanin a déclaré qu’«il n’y a sans doute eu ces derniers mois des difficultés», tout en soulignant que l’Algérie partageait avec la France un combat «contre l’islamisme radical et le terrorisme islamiste».
H. Adryen
