L’historien Benjamin Stora est revenu dans un entretien animé par le journaliste Rachid Arhab, sur le site Youtube LIC, sur son dernier voyage en Algérie mais aussi pour analyser la relation France-Algérie après le retour de l’ambassadeur Stéphane Romatet à Alger.
L’enjeu est de dépasser ces tensions pour construire un avenir apaisé entre les deux pays, quel que soit le poids de l’histoire. Selon Stora, sa présence lors de la célébration du 8 Mai 45 à Sétif, fut décidée à la suite de l’invitation du président Macron.
En ce qui concerne le réchauffement de la relation algéro-française qui a traversé une longue période de forte tension, Stora perçoit celle-ci comme «une désescalade, un dégel». Ou davantage, «un redémarrage, c’est-à-dire qu’il y a un acte qui a été fait, il y a le retour de l’ambassadeur. Il y a eu la lettre qu’a adressée Emmanuel Macron au président Tebboune qui a été portée par la ministre Alice Rufo qui a été reçue par le président algérien», a-t-il souligné.
Et pour appuyer ses dires, Stora évoque l’une des premières décisions du président Tebboune qui a remis en route la commission mixte sur la mémoire. Et de rappeler ensuite l’énorme chantier mémoriel qui «reste avant la reconnaissance en particulier de ce qu’a été le système colonial».
«Mais une fois qu’on a posé ce principe idéologique de refus de la colonisation, il y a toute une série de mesures qu’il faut prendre, qu’on a commencé à prendre», a ajouté l’historien qui a rappelé «la reconnaissance par la France de l’assassinat, l’enlèvement, la torture de Ali Boumendjel et de Larbi Ben M’hidi qui étaient de grands responsables algériens. La France a aussi reconnu Maurice Audin».
Pour Stora, ce sont des mesures très concrètes qui «permettent à travers l’identification de certains personnages de comprendre ce qu’a été la réalité de la guerre, très dure, très violente, notamment en 1957». Et d’enchaîner ensuite sur les gestes faits par le président Macron qui a déclaré que la colonisation est «un crime contre l’humanité» ainsi que la déclaration du président Hollande, en 2012 à Alger, contre la «brutalisation de la société, contre les crimes coloniaux».
Mais une fois qu’on a posé ce principe idéologique de refus de la colonisation, dit-il, «il y a toute une série de mesures qu’il faut prendre, qu’on a commencé à prendre».
Les nostalgiques de «l’empire perdu»
Plaidant pour continuer à travailler «pour faire en sorte que cette mémoire revienne de la bonne manière», il a relevé, cependant, qu’«il y a encore en France des gens qui restent attachés à la notion ancienne d’empire perdu, c’est-à-dire à la grandeur impériale par l’intermédiaire de la colonisation».
Sur la question des essais nucléaires et les mines antipersonnel semées le long des frontières Est et Ouest, Stora a indiqué qu’il y a «la nécessité déjà de pouvoir identifier les lieux où ces expériences nucléaires ont été effectuées. C’est surtout ça la grande question, c’est la remise des cartes de ces expériences».
«Et puis enfin la guerre des grottes, c’est-à-dire l’utilisation d’armes chimiques notamment pendant le plan Challe dans les années 59 où il y a eu utilisation d’armes chimiques contre les maquis algériens de l’intérieur de cette fameuse guerre des grottes où s’étaient réfugiés un certain nombre de combattants algériens», a-t-il précisé.
Questionné sur la persistance du déni algérien de certains hommes politiques majoritairement à droite et à son extrême, le président de la commission mixte sur la mémoire se projette déjà sur l’année prochaine.
«Dans un an, il va y avoir l’élection présidentielle», a-t-il rappelé, regrettant que l’Algérie connaisse aussi un retour des «personnalités, des courants politiques qui sont contre tout rapprochement avec la France. Je crois que c’est une bataille aussi qu’il faut mener, y compris en Algérie».
«C’est assez terrible de voir que l’Algérie revient de la mauvaise manière dans le champ politique, idéologique et culturel français», dit-il, rappelant particulièrement une déclaration d’Édouard Philippe en tête des sondages et adoubé par les milieux financiers français, mais aussi «tout ce qui se déverse à longueur d’antenne sur CNews».
«Il faut dire les choses où on parle beaucoup de l’Algérie dans des termes très offensants d’ailleurs pour les Algériens, quelque fois injurieux directement contre pas simplement le gouvernement algérien mais contre les Algériens tout court», a-t-il souligné.
H. Adryen
