Présentée comme une mesure de soutien aux économies africaines, la suppression temporaire des droits de douane sur les exportations de 53 pays du continent, s’inscrit dans un contexte de rivalité économique mondiale et de recomposition des échanges internationaux.
La Chine a annoncé l’exonération des droits de douane sur les exportations des 53 plus grandes économies africaines (sur 54), dont l’Algérie, pour une durée de deux ans. La mesure, entrée en vigueur ce vendredi, intervient dans un contexte de montée des tensions commerciales et de politiques protectionnistes, notamment aux États-Unis sous l’administration de Donald Trump.
Pékin a élargi ce dispositif à 53 pays africains sur 54, l’Eswatini restant exclu en raison de ses relations diplomatiques avec Taïwan. Les premières cargaisons bénéficiant de cette exemption ont été réceptionnées au port de Shenzhen, dont 24 tonnes de pommes en provenance d’Afrique du Sud.
Un levier pour les exportations africaines
Cette décision vise à faciliter l’accès des produits africains — café, cacao, fruits et autres matières premières — au marché chinois. Jusqu’ici, ces exportations étaient soumises à des droits de douane allant de 8 % à 30 %. Plusieurs pays africains cherchent désormais à diversifier leurs débouchés commerciaux, dans un contexte marqué par le durcissement des taxes américaines sur les importations.
Malgré ces nouvelles mesures, les échanges commerciaux restent largement déséquilibrés. En 2025, le volume des échanges entre la Chine et l’Afrique a atteint un niveau record de 348 milliards de dollars, dont 225 milliards d’exportations chinoises contre 123 milliards d’importations en provenance du continent africain.
Un impact limité mais stratégique pour l’Algérie
Présentée comme une mesure de soutien aux économies africaines, cette décision s’inscrit aussi dans un contexte de rivalité économique mondiale et de recomposition des échanges internationaux. Si elle ouvre des perspectives de diversification pour certains pays, son impact réel varie fortement selon les structures exportatrices, notamment dans le cas algérien, où les effets restent pour l’instant limités mais stratégiquement significatifs.
Pour l’Algérie, cette mesure aurait surtout une portée économique indirecte et stratégique, plutôt qu’un impact immédiat massif sur ses exportations.
D’abord, l’exemption des droits de douane facilite en théorie l’accès des produits algériens au marché chinois. Cela peut concerner certains secteurs comme les produits agricoles (dattes, huile d’olive), les matières premières ou quelques produits transformés. En supprimant les barrières tarifaires, la Chine rend ces exportations plus compétitives face à d’autres fournisseurs.
Cependant, dans la pratique, l’effet pourrait rester limité à court terme. L’Algérie exporte encore peu de produits manufacturés ou à forte valeur ajoutée vers la Chine, son commerce avec Pékin étant largement dominé par les hydrocarbures et les importations d’équipements chinois. Ces flux sont déjà peu concernés par des droits de douane élevés.
L’enjeu principal est donc ailleurs : cette mesure s’inscrit dans un effort chinois de renforcement de son influence en Afrique, en se positionnant comme un partenaire commercial favorable. Pour l’Algérie, cela peut ouvrir une fenêtre d’opportunité pour diversifier ses exportations et renforcer ses liens économiques avec Pékin, notamment dans le cadre des investissements et des projets d’infrastructure.
Vers un rapprochement économique sino-algérien
Enfin, sur le plan géopolitique, cela confirme une tendance : l’Algérie pourrait continuer à s’inscrire dans une logique de rapprochement économique avec la Chine, dans un contexte de concurrence accrue entre grandes puissances pour les marchés africains.
Pour plusieurs experts, cette initiative s’inscrit dans une stratégie géopolitique globale. Si de nombreuses matières premières africaines — pétrole et minerais notamment — bénéficiaient déjà d’un accès facilité au marché chinois, cette nouvelle mesure renforcerait surtout l’image de Pékin comme partenaire commercial ouvert, en contraste avec des politiques occidentales jugées plus restrictives.
R.E.
