Le président français a vivement critiqué les partisans d’une rupture avec l’Algérie, une sortie qui illustre un ajustement de sa ligne politique sur un dossier diplomatique hautement sensible.
Le président français Emmanuel Macron a vivement critiqué les tenants d’une ligne dure à l’égard de l’Algérie, lors d’un déplacement dans un hôpital de l’Ariège. Évoquant les difficultés rencontrées par les médecins étrangers pour exercer en France, il a dénoncé ceux qui prônent une rupture avec Alger, les qualifiant de «fous»
.Lors d’un échange avec des médecins, dont un médecin algérien, sur la situation des praticiens étrangers en France, Emmanuel Macron s’est montré virulent et particulièrement remonté contre les partisans d’une politique dure envers l’Algérie. Il a ainsi déclaré : «Dites cela aux fous qui veulent rompre avec l’Algérie», dans une prise de position rare sur les relations tendues entre les deux pays. Il a rejeté la politique de la «main de fer» prônée par certains en France.
Une critique indirecte de la droite et de l’extrême droite
Sans citer nommément ses cibles, mais selon le site BFMTV, qui a relayé l’information,Macronvise implicitement une partie de la droite et de l’extrême droite, qui ont fait de la relation franco-algérienne un marqueur politique. Parmi eux, Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur, partisan d’une ligne de fermeté, ou encore Jordan Bardella, qui appelait récemment à un «bras de fer diplomatique».
Cette sortie marque une inflexion dans le discours présidentiel. Après une période de fortes tensions avec Alger, notamment depuis la crise diplomatique de 2024, Emmanuel Macron semble privilégier une approche plus pragmatique, rompant avec la rhétorique de confrontation.
Le président français a également pointé les inégalités de traitement subies par les médecins étrangers, pourtant indispensables au système de santé français, soulignant qu’ils ne bénéficient pas des mêmes droits que leurs homologues français.
Sur le plan diplomatique, plusieurs signaux témoignent d’une volonté de réchauffement. À l’extrême droite aussi, les mots étaient virulents contre l’Algérie. En novembre 2025, sur BFMTV, Jordan Bardella parlait de «provocations» et promettait lui aussi de «mettre en place un bras de fer diplomatique» s’il était amené à gouverner.
Volonté de rapprochement progressif
Dans un entretien au Parisien peu de temps après son arrivée comme ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez avait cherché à adoucir les relations. Il avait ainsi expliqué que «ceux qui font croire aux Français que le bras de fer et la méthode brutale sont la seule solution, la seule issue, se trompent».
Une ligne qui semble aujourd’hui proche de celle du président Macron qui tente de se rapprocher d’Alger après une longue période marquée par des tensions diplomatiques extrêmes.Le 10 avril, Emmanuel Macron a adressé un message de condoléances à son homologue Abdelmadjid Tebboune après le décès de l’ancien président Liamine Zéroual. Un geste symbolique, intervenant dans un contexte de relations encore fragiles.
Dès décembre 2025, à l’approche du G20 en Afrique du Sud, le président français s’était dit prêt à renouer le dialogue, affirmant sa disponibilité pour une rencontre avec son homologue algérien, sous réserve de conditions
«sérieuses, calmes et exigeantes».
Malgré ces intentions, le rapprochement reste prudent. Les deux pays demeurent en désaccord sur plusieurs dossiers sensibles, notamment migratoires, sécuritaires et mémoriels.
Les prémices d’un dégel diplomatique
Le début de l’année 2026 confirme cette dynamique de reprise. Les échanges entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Jean-Noël Barrot et Ahmed Attaf, ont permis de relancer le dialogue bilatéral, avec un accent sur la coopération sécuritaire et migratoire.
A la mi-février, la venue à Alger du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a marqué une étape supplémentaire. À l’issue de ses entretiens avec les autorités algériennes, il a annoncé la réactivation d’un dispositif de coopération sécuritaire de «très haut niveau».
En parallèle, le retour envisagé de l’ambassadeur français Stéphane Romatet à Alger illustre une volonté commune de normalisation, après son rappel en 2025 dans un contexte de crise.
Si le climat reste fragile, Paris et Alger semblent désormais engagés dans une phase de dialogue pragmatique, avec pour objectif de restaurer une relation bilatérale durablement mise à l’épreuve ces dernières années.
H. Adryen
