L’éditorial d’El Djeïch d’avril 2026 ne se borne pas à accompagner le deuil national. Il fait davantage. Il fixe une image.
Il désigne une stature. Rappelle une exigence. En saluant Liamine Zeroual comme l’un des enfants les plus loyaux de l’Algérie, la revue ne parle pas seulement d’un ancien Président disparu. Elle parle d’un homme de la trempe ancienne, d’un serviteur de l’État formé à l’école du sacrifice, de la retenue et de la fidélité.
Dans une époque où l’agitation se prend souvent pour de l’action et où le vacarme tient lieu de courage, Zeroual impose, même dans la mort, le souvenir d’une autorité silencieuse. El Djeïch insiste sur ses qualités de sincérité, de simplicité, de modestie, de rigueur et de sagesse. Ce choix n’est pas décoratif. Il éclaire au contraire une personnalité qui, dans l’imaginaire national, n’a jamais relevé du paraître. Zeroual ne fut pas un homme de pause. Il fut un homme de tenue.
C’est ce qui donne à cet hommage sa profondeur. Car Zeroual n’appartient pas seulement à la galerie des anciens dirigeants. Il appartient à cette lignée devenue rare des responsables qui n’ont jamais séparé leur destin personnel de celui du pays. Moudjahid, militaire, puis chef d’État dans l’une des périodes les plus tragiques de l’Algérie indépendante, il aura porté la charge du pouvoir dans un temps d’épreuve extrême, lorsque la nation cherchait à ne pas sombrer dans l’abîme. Et c’est précisément là que son nom s’est imposé, non dans l’éclat, mais dans l’endurance.
L’éditorial d’El Djeïch rappelle qu’il demeura, sa vie durant, fidèle à l’appel de la patrie, attentif à l’unité nationale, soucieux de la sécurité, de la stabilité et de la cohésion du pays. Tout est là. Toute la signification de Zeroual tient dans cette fidélité grave. Il n’a pas seulement exercé une fonction. Il a incarné une vigilance.
Il a porté une idée de l’État qui ne se confond ni avec l’ambition personnelle ni avec la théâtralisation du pouvoir. Chez lui, l’autorité procédait d’un sens supérieur de la responsabilité.
En cela, l’éditorial dépasse le registre commémoratif. Il délivre un message politique et moral. En exaltant le legs du défunt Président comme un flambeau pour les générations, El Djeïch dit au pays que l’Algérie ne se sauvera jamais par le tumulte, mais par la solidité de sa conscience nationale. Elle rappelle que l’heure appelle le resserrement des rangs, la cohésion de la maison algérienne, le rassemblement des forces vives autour de l’intérêt supérieur de la nation.
C’est pourquoi Zeroual demeure plus qu’un souvenir. Un repère. Un repère de sobriété dans le commandement. Un repère de dignité dans l’épreuve. Un repère de loyauté dans une époque prompte aux reniements. Il y a des hommes que l’histoire mentionne. Et il y a ceux qu’elle garde comme des lignes de force. Liamine Zeroual est de ceux-là.
Avec lui s’éloigne une certaine idée du pouvoir. Mais avec lui demeure aussi une leçon sévère et lumineuse. L’Algérie reste grande lorsqu’elle sait reconnaître, dans le silence des hommes droits, la vraie mesure de ses fidélités.
S. Méhalla
