La reprise progressive du dialogue entre la France et l’Algérie, amorcée depuis plus d’un mois, est désormais entrée dans sa phase opérationnelle. Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, s’est exprimé une nouvelle fois, hier, sur le plateau de BFMTV au sujet des relations entre les deux pays, confirmant cette tendance.
Selon Nunez, la coopération entre la France et l’Algérie a repris dans trois domaines clés : sécurité, justice et lutte contre l’immigration clandestine. «La relation policière, judiciaire et la coopération migratoire que nous avons avec l’Algérie repart», a-t-il assuré, en réponse à une question concernant le journaliste français Christophe Gleizes, qui purge une peine de sept ans depuis juin dernier en Algérie.
Sur la libération éventuelle du journaliste, Nunez n’a pas voulu s’étendre et a précisé qu’il ne souhaitait pas empiéter sur les prérogatives de son collègue des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, contrairement à son prédécesseur Bruno Retailleau. «L’affaire est suivie par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. J’ai évidemment évoqué ce dossier, mais, en accord avec la famille de Christophe Gleizes, je ne souhaite pas évoquer publiquement les échanges que j’ai pu avoir à ce sujet», a-t-il déclaré.
Toutefois, il semblerait que la libération du journaliste pourrait intervenir lors de la visite du pape Léon en Algérie, programmée du 13 au 15 avril, Alger souhaitant marquer un geste de bonne volonté envers le pape, dont il s’agira de la première visite dans le pays.
Après un an d’interruption liée à la crise diplomatique, les Algériens visés par des obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont de nouveau expulsés vers leur pays d’origine, selon l’association la Cimade, qui intervient dans les centres de rétention administrative (CRA).
«Deux Algériens, retenus dans le CRA de Rennes, ont été expulsés hier [mercredi 25 mars, ndlr]», a précisé la Cimade à l’AFP. L’un était arrivé en France en 2024 et retenu depuis deux mois, l’autre était en France depuis 40 ans, marié à une Française et père de trois enfants majeurs.
À Toulouse, dans un autre CRA, un laissez-passer consulaire, document nécessaire pour toute expulsion, a été émis la semaine dernière par l’Algérie, et un vol est prévu pour ce pays, a ajouté l’association.
Les dernières réadmissions par l’Algérie de ses ressortissants en situation irrégulière sous OQTF datent du début de l’année 2025. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait annoncé en début de semaine à l’AFP que la reprise d’un dialogue exigeant sur le plan migratoire et sécuritaire avec l’Algérie avait produit ses «premiers résultats».
Premier acheteur de GNL algérien
Ce réchauffement diplomatique ne se limite pas aux domaines sécuritaire ou diplomatique : il concerne également l’énergie. La France a repris sa place de premier acheteur européen de gaz naturel liquéfié (GNL) algérien.
En mars 2026, la France a capté près de 37% des exportations algériennes de GNL, soit 347 000 tonnes sur 938 000 tonnes, devenant de loin le principal débouché d’Alger sur ce segment. La Turquie arrive en deuxième position avec 337 000 tonnes (≈36 %), suivie par le Royaume-Uni (76 000 tonnes), l’Espagne (74 000 tonnes), la Croatie (71 500 tonnes) et l’Italie (33 000 tonnes).
Cette montée en puissance illustre le poids croissant du marché français dans les arbitrages gaziers algériens, sur fond de tensions régionales et de recherche accélérée d’approvisionnements sécurisés en Europe. La hausse des exportations de GNL est rapide : de 440 000 tonnes en janvier à 667 000 tonnes en février, puis 938 000 tonnes en mars, la France en captant la plus grande part.
Pour la France, cette proximité offre une valeur stratégique : sécuriser des volumes dans un environnement où la volatilité géopolitique influence directement les prix et les décisions d’achat. Cependant, cette domination française en mars reste liée à un mois exceptionnel : les exportations totales de l’Algérie demeurent inférieures à celles de mars 2025, qui avaient atteint 1,15 million de tonnes. La performance française reflète surtout un rééquilibrage rapide de la demande, plutôt qu’un changement structurel définitif.
H. Adryen
