Le quota de représentation des femmes dans les listes électorales, réduit de 50 % à 33,3 %, demeure l’amendement le plus controversé, dans le code électoral.
L’Assemblée populaire nationale (APN) a entamé, lundi, les discussions autour du nouveau projet de loi électorale, une réforme majeure qui modifie plusieurs aspects du régime électoral. L’un des changements les plus controversés réside dans la réduction du quota de représentation des femmes dans les listes électorales, passant de 50 % à 33,3 % (soit un tiers).
Ce changement intervient dans un contexte où le gouvernement prépare activement les élections législatives prévues pour le mois de juin prochain, et ce, après la convocation du corps électoral par le président Abdelmadjid Tebboune, ce mois-ci. L’un des points les plus discutés du projet est cette réduction de la participation féminine dans les listes électorales.
Cette mesure a immédiatement suscité des réactions partagées au sein de la société et de la classe politique. Pour certains, cette révision représente un ajustement nécessaire pour mieux refléter la réalité sociétale de certaines régions du pays, où la participation des femmes en politique reste encore limitée. D’autres y voient cependant une régression inquiétante des acquis de la parité, un retour en arrière qui pourrait diminuer les avancées des femmes en politique après des années de lutte pour l’égalité.
Une réduction qui divise
La question de la place des femmes en politique n’est pas nouvelle en Algérie, mais elle est plus que jamais d’actualité. Depuis l’introduction de la loi de parité en 2012, l’Algérie a fait des progrès notables en matière de représentation féminine dans les instances élues.
Cependant, la réduction du quota remet en question ces avancées et soulève des interrogations sur les véritables ambitions politiques des femmes dans le pays. Une question essentielle demeure : la société algérienne est-elle prête à accepter les femmes dans la politique à part entière ? Certes, des progrès ont été réalisés ces dernières années, avec une augmentation de la présence des femmes dans les Assemblées élues et même au sein du gouvernement. Mais la route reste encore semée d’embûches.
Dans une société encore marquée par des structures patriarcales, de nombreux obstacles culturels, sociaux et économiques restent à franchir.
Les femmes algériennes, bien qu’elles aient montré un intérêt croissant pour la politique, sont souvent confrontées à des stéréotypes et à des attentes traditionnelles sur leur rôle. La politique, un domaine perçu comme essentiellement masculin, n’est pas toujours perçue comme un terrain où les femmes peuvent pleinement s’épanouir. Les femmes qui tentent de s’y imposer doivent souvent faire face à des critiques sévères, et ce, même lorsque leurs compétences et leur engagement sont indéniables. Dans ce contexte, la question se pose : est-ce que la femme algérienne est véritablement ouverte à la politique, et dans quelle mesure se considère-t-elle comme légitime dans ce domaine ?
Un défi de taille
Une autre question se pose : les femmes elles-mêmes nourrissent-elles des ambitions politiques suffisantes pour défendre leurs propres intérêts à travers ce moyen ? Beaucoup de femmes, malgré leur potentiel et leur désir de changement, restent encore en retrait, freinées par des raisons multiples : manque de soutien familial, pression sociale, ou encore peur du rejet. Pourtant, comme dans de nombreuses sociétés, la politique reste un terrain essentiel pour la défense des droits et des intérêts des citoyennes.
Si les femmes ne s’y engagent pas pleinement, elles risquent de se voir exclues des décisions politiques majeures, et leurs voix resteront marginalisées.
Il est évident que la présence des femmes en politique ne profitera pas seulement à la moitié de la population, mais à la société dans son ensemble. Les défis auxquels font face les femmes, en particulier les questions liées à la santé, l’éducation, les droits sociaux et économiques, sont souvent sous-représentés dans le discours politique lorsque celles-ci sont absentes des arènes décisionnelles.
De plus, une plus grande représentation des femmes pourrait permettre une approche plus inclusive et équitable des politiques publiques.
Un champ de bataille pour l’égalité
Les changements législatifs actuels, dont la réduction du quota féminin, soulignent la nécessité d’une réflexion plus profonde sur la place de la femme en politique en Algérie. Bien que des progrès aient été réalisés, le chemin reste semé d’embûches. Le recul observé avec cette réforme pourrait créer un sentiment de découragement chez certaines femmes, mais pourrait également être un appel à une mobilisation plus large pour défendre leur place et leurs droits au sein de l’arène politique.
Dans ce contexte, il est crucial que la société algérienne, les institutions et les partis politiques reconnaissent l’importance d’un véritable engagement féministe en politique.
La question est désormais de savoir si les femmes elles-mêmes sauront surmonter les obstacles culturels et sociaux pour s’affirmer dans cet espace, ou si la réduction de leur représentation dans les élections sera perçue comme une nouvelle étape vers leur marginalisation politique.
Assia Mekhennef
