Entre l’Europe et l’Asie, les dirigeants se pressent à Alger pour sécuriser l’accès au gaz et au pétrole du pays, dont les réserves figurent parmi les plus importantes au monde. Au-delà de l’énergie, l’Algérie consolide sa diplomatie et ses partenariats stratégiques, confirmant sa place dans le nouvel ordre mondial.
Ces derniers jours, Alger est devenue le centre d’un intense ballet diplomatique de haut niveau. La capitale algérienne a accueilli des dirigeants et de hauts responsables venus de plusieurs continents, traduisant l’importance stratégique croissante du pays dans le domaine énergétique mondial.
Face à la crise énergétique mondiale, l’Algérie se retrouve au cœur des stratégies européennes et asiatiques. Ses importantes réserves de gaz et de pétrole attirent les visites de hauts responsables, consolidant son rôle clé dans le nouvel ordre énergétique international.
Après les visites de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, et du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a reçu Imad Derbali, président du Conseil national des régions et des gouvernorats de Tunisie, accompagné de sa délégation.
En parallèle, le Premier ministre Sifi Ghrieb a mené, au Palais du gouvernement, des entretiens bilatéraux avec Duro Macut, Premier ministre de la République de Serbie, en visite officielle avec une délégation de haut niveau.
Ces visites, bien que motivées par des intérêts spécifiques propres à chaque pays, ont un objectif commun : renforcer les liens avec Alger et sécuriser l’accès à ses ressources énergétiques. La position de l’Algérie est devenue incontournable, en particulier pour l’Europe et l’Asie, confrontées à une situation énergétique internationale tendue et incertaine.
Une crise énergétique mondiale
La montée des tensions au Moyen-Orient, en particulier l’agression américano-israélienne contre l’Iran, a profondément bouleversé le marché mondial de l’énergie. La menace d’une fermeture du détroit d’Ormuz et la réduction de la production de pétrole et de gaz dans les pays du Golfe — Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis, Bahreïn et Koweït — ont accentué la dépendance des puissances importatrices vis-à-vis de fournisseurs fiables et proches.
Dans ce contexte, l’Algérie se positionne comme un «voisin indispensable» pour l’Europe, déjà confrontée à des craintes de pénurie énergétique. Le pays bénéficie d’atouts considérables : il est le 7ᵉ producteur mondial de gaz, possède les 11ᵉ et 16ᵉ plus grandes réserves de gaz naturel et de pétrole au monde, ainsi que la 3ᵉ plus grande réserve de gaz de schiste.
Le président portugais Antonio José Seguro, récemment élu, est également attendu à Alger, signe que l’intérêt européen pour le pays ne cesse de croître.
Selon Eurostat, l’Algérie représentait encore, au troisième trimestre 2025, 14,6 % des importations extra-européennes de gaz à l’état gazeux. Ce chiffre, déjà significatif, témoigne de l’importance stratégique de l’Algérie pour la sécurité énergétique de l’Europe. Comme le souligne le site ecostylia.com, «l’Algérie n’est pas une hypothèse de cabinet ; elle est déjà l’un des piliers du système énergétique mondial».
Des partenariats stratégiques au-delà de l’énergie
L’intérêt des pays étrangers ne se limite pas au gaz. La visite de Mme Neena Malhotra, secrétaire d’État aux Affaires étrangères de l’Inde, visait à renforcer la coopération bilatérale dans les secteurs des hydrocarbures, des mines et du dessalement de l’eau de mer. L’Inde, puissance émergente et grande consommatrice d’énergie, voit en l’Algérie un partenaire fiable pour sécuriser ses besoins futurs.
De même, le Premier ministre vietnamien, Pham Minh Chinh, a sollicité par téléphone le soutien algérien en matière de pétrole et de gaz naturel. L’Algérie explore également avec la Croatie des collaborations dans l’énergie, y compris les sources renouvelables, afin de renforcer la résilience énergétique tant croate qu’européenne.
Ces partenariats illustrent le rôle croissant de l’Algérie comme acteur global capable de combiner ressources énergétiques et diplomatie stratégique. Son positionnement non-aligné lui permet de maintenir des relations équilibrées avec tous les pôles géopolitiques en mouvement, consolidant ainsi sa place dans le nouvel ordre mondial émergent.
Un acteur incontournable
En ces temps de bouleversements économiques et géopolitiques, l’Algérie occupe un rang stratégique enviable. Son rôle dépasse la simple fourniture de gaz : le pays est désormais un acteur clé capable d’influencer les équilibres régionaux et mondiaux. Sa stabilité politique, son intégration au marché énergétique européen et sa position géographique en font un partenaire privilégié pour l’Europe, l’Asie et les pays du Sud.
En définitive, l’Algérie n’est plus une simple roue de secours dans le système énergétique mondial. Elle est un pilier stratégique, dont l’importance continuera de croître au fur et à mesure que les tensions sur les marchés internationaux s’intensifieront et que la demande énergétique mondiale se diversifiera.
Smail Rouha
