L’Algérie compte désormais se tourner vers les pays européens du Sud, à l’image de l’Italie, l’Espagne et du Portugal. Avec ces trois pays méditerranéens, le pays veut resserrer les liens économiques solides et instaurer un partenariat durable dans le domaine de l’énergie et de la sécurité notamment.
En attendant la visite prochaine du président Tebboune en Espagne, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, était le week-end dernier à Alger pour relancer une coopération tous azimuts. Avec ce pays, l’Algérie a d’abord relancé le traité d’amitié et de bon voisinage signé le 8 octobre 2002, intensifiant les échanges commerciaux et énergétiques.
L’Espagne, de son côté, tente de reconstruire une relation fragilisée ces dernières années. La visite de José Manuel Albares s’inscrit dans une volonté explicite de normalisation avec Alger, dans un contexte où les enjeux énergétiques et politiques sont étroitement liés.
Ce positionnement traduit également une prise de conscience : la relation avec l’Algérie est devenue incontournable pour Madrid. Albares, profitant de sa visite officielle en Algérie, entamée jeudi dernier, s’est rendu dans plusieurs lieux historiques et touristiques, à Alger et Oran. À Alger, le chef de la diplomatie espagnole s’est rendu à La Casbah où il est allé à la découverte des vestiges de cette citadelle classée au patrimoine mondial de l’Unesco et à la rencontre de sa population.
Dans une vidéo, José Manuel Albares a partagé les principales étapes de sa visite, dont des arrêts dans des boutiques et des rencontres avec les habitants de l’ancienne cité algéroise. «Je me trouve à Alger, la première étape de cette visite officielle que j’effectue aujourd’hui en Algérie», souligne d’emblée le ministre espagnol dans la séquence.
Dans une ruelle de l’ancienne ville d’Alger, entouré de membres de sa délégation et d’habitants, il ajoute : «Je suis ici dans La Casbah, le quartier le plus ancien quartier d’Alger, l’épicentre de l’identité algérienne.» Face à la baie d’Alger, il affirme que même lorsqu’on arrive en avion et qu’on découvre la ville depuis le ciel, «c’est magnifique». Le ministre a échangé avec plusieurs habitants de quartiers qu’il a visités dans La Casbah.
«C’est le costume typique d’ici, de la Casbah ? Génial ! Impressionnant», lâche-t-il devant des femmes vêtues de tenues traditionnelles algériennes. S’adressant à un commerçant, il demande s’il y a des touristes qui viennent dans le quartier, tout en promettant de travailler avec les autorités locales pour faire venir davantage de visiteurs étrangers.
«On va ramener plus de touristes. Nous allons leur raconter toute la beauté de ce pays», dit-il au commerçant. Le ministre a ensuite été invité à déguster des dattes algériennes, un goût qui ne l’a pas laissé indifférent.
À Oran, Albares a effectué vendredi une visite au Mémorial situé au jardin Sidi M’hamed, dédié à la mémoire des républicains espagnols qui s’étaient réfugiés dans la ville à bord du navire Stranbrook en 1939, fuyant le régime fasciste.
Ce monument, érigé sur le front de mer de la ville d’Oran, rend hommage à l’accueil et à la solidarité du peuple algérien envers ces réfugiés. Il a été inauguré le 1ᵉʳ juin 2014. Le responsable a également parcouru les allées du jardin, profitant de la vue panoramique sur le front de mer de la ville d’Oran.
Le Portugal, un autre allié stratégique
Avec le Portugal qui retrouve des couleurs (il est en excédent budgétaire depuis 1974), les relations bilatérales sont excellentes, marquées par une coopération active suite à la visite d’État du président algérien Tebboune à Lisbonne en mai 2023, qui a relancé le partenariat économique.
Après l’Italie et l’Espagne, c’est au tour du président du Portugal, Marcelo Rebelo de Sousa, de se venit prochainement en Algérie.
Une visite stratégique qui intervient en pleine crise énergétique mondiale et qui confirme le rôle central de l’Algérie sur l’échiquier. Le niveau de coopération entre l’Algérie et le Portugal, dont les relations diplomatiques remontent à 1975, a été rehaussé par la signature, le 8 janvier 2005, du Traité d’amitié et de bon voisinage, autant d’acquis d’une relation stratégique que les dirigeants des deux pays entendent consolider.
La France toujours à la traîne
Les visites de la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni et du ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares ont suscité de nombreux commentaires dans la presse française, où domine un constat critique : la France semble perdre du terrain face à des partenaires européens plus dynamiques et mieux positionnés. En se tournant résolument vers ces trois pays, l’Algérie se désengage graduellement de la France.
Dans ce jeu d’influences, la France apparaît en décalage. Longtemps considérée comme un acteur privilégié dans ses relations avec Alger, elle voit aujourd’hui ses marges d’influence se réduire face à des partenaires plus réactifs. Cette évolution, largement commentée dans la presse française, pose la question du rôle futur de Paris en Méditerranée. Ainsi, derrière la compétition européenne pour l’accès aux ressources et à l’influence, se dessine une réalité plus complexe : celle d’un espace régional où les enjeux énergétiques et géopolitiques s’articulent avec un processus de décolonisation toujours inachevé.
H. Adryen
