Entre reprise du dialogue, enjeux énergétiques et mémoire des tensions, ce déplacement illustre un rapprochement encore fragile.
Après presque quatre ans de tensions, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, s’apprête à effectuer une visite officielle de deux jours, jeudi et vendredi, en Algérie. Une première depuis le retour à la normale des relations diplomatiques entre l’Algérie et l’Espagne. Ce voyage symbolise le rétablissement complet des relations diplomatiques entre les deux pays, après la crise de 2022 provoquée par le soutien de l’Espagne au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental.
Une visite pour préparer un sommet
Selon plusieurs médias espagnols, cette visite vise principalement à préparer une rencontre de haut niveau entre le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, et le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dont le lieu reste à déterminer.
Au programme de la visite de José Manuel Albares : des rencontres à Alger et à Oran pour renforcer la coopération entre les deux pays voisins. Albares n’a pas caché son enthousiasme pour ce rapprochement, qualifiant l’Algérie de «partenaire stratégique et ami de l’Espagne». Il a insisté sur les intérêts communs entre les deux pays, notamment le gaz, la stabilité en Méditerranée et le commerce bilatéral, qui a connu une forte croissance ces dernières années.
«L’Algérie est un pays ami et un partenaire stratégique. Nous partageons des intérêts communs, notamment la stabilité et l’avenir de la Méditerranée», a-t-il souligné. Une manière de dire que malgré les frictions du passé, la porte reste ouverte au dialogue. Il a également évoqué les liens humains et culturels, symbolisés par la présence de l’Institut Cervantes en Algérie.
Même si Albares est le visage le plus attendu de cette reprise de contact, il n’est pas le premier ministre espagnol à se rendre en Algérie depuis la crise. En effet, en octobre dernier 2025, le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, avait déjà rencontré son homologue algérien pour discuter d’immigration et de lutte contre le trafic de personnes.
Une relation à consolider
Ce voyage sera donc l’occasion de consolider cette nouvelle phase : renforcer le dialogue, soutenir la coopération économique et culturelle, et rappeler que malgré les différends passés, l’Espagne et l’Algérie restent des voisins et des partenaires essentiels en Méditerranée.
Pour Alger, la visite de José Manuel Albares intervient après une longue période de tensions diplomatiques. La rupture du Traité d’amitié et les représailles économiques imposées par Alger en 2022 n’étaient pas un caprice : elles répondaient à la décision de Madrid de soutenir la position du Maroc sur le Sahara occidental, une question qui touche directement à la souveraineté et à la sécurité de l’Algérie.
Une reprise économique relative
Alger observe attentivement les gestes espagnols. La reprise des échanges commerciaux, qui a culminé en 2025, est perçue comme une normalisation nécessaire mais tardive. Les exportations espagnoles vers l’Algérie avaient été presque nulles en 2023 et 2024, conséquence directe de choix politiques espagnols jugés inacceptables. Si Albares se félicite aujourd’hui des chiffres en hausse, Alger sait bien que cette «croissance» n’est qu’un retour à la normale après deux années de blocage.
Sur le plan énergétique, l’Algérie reste un partenaire stratégique pour l’Europe, notamment pour l’Espagne. Mais du côté sud de la Méditerranée, on souligne que cette relation doit se construire sur le respect mutuel, et non uniquement sur les besoins énergétiques européens. Le gaz algérien est un atout important, mais il ne doit pas servir à masquer les tensions politiques passées.
Rééquilibrer les liens
Sur le plan diplomatique, cette visite est vue comme une tentative de réconciliation espagnole, mais elle ne efface pas les cicatrices de la crise de 2022. Alger insiste sur le fait que les relations bilatérales ne peuvent pas se baser uniquement sur des intérêts commerciaux ou énergétiques. Elles doivent reposer sur le respect des positions souveraines et une véritable coopération équilibrée.
Enfin, sur le plan culturel et humain, l’Algérie reste ouverte au dialogue : la présence de l’Institut Cervantes et l’intérêt pour la langue espagnole sont appréciés, mais ils sont considérés comme un pont complémentaire, jamais comme le cœur de la relation.
En définitive, à Alger, la visite d’Albares est accueillie avec prudence et vigilance. Elle marque un pas vers la normalisation, mais la mémoire des tensions reste vive et la confiance devra se reconstruire progressivement.
Smail Rouha
