Les empires commencent toujours par le même mensonge. Ils prétendent porter l’ordre alors qu’ils sèment la ruine.
Depuis le 28 février 2026, la guerre déclenchée par les frappes des États-Unis et les sionistes contre l’Iran a déjà fait plus de 2 000 morts dans plusieurs pays de la région, tandis que le détroit d’Ormuz, par où transite environ un cinquième du pétrole mondial, est devenu l’épicentre d’une crise planétaire.
Il faut appeler les choses par leur nom. Lorsqu’un tandem s’arroge le droit de frapper un État souverain, de décapiter ses centres de commandement et de mettre toute une région au bord de l’embrasement, il ne défend pas la paix.
Il impose sa loi par le feu.
Benjamin Netanyahu parle déjà de «victoire», alors même que ses propres objectifs restent, selon les termes mêmes de son ministre des Affaires étrangères, inachevés. Trump, lui, fulmine contre l’OTAN parce que l’Alliance refuse de s’embarquer dans une guerre qu’elle n’a ni décidée ni validée.
C’est là que la vieille leçon de l’Histoire revient nue.
Terrible. Implacable.
Les arrogants tombent souvent par ce qu’ils méprisent. Ils croient tenir le ciel parce qu’ils disposent d’avions, de missiles, de satellites et de relais diplomatiques. Mais il suffit parfois d’un détroit, d’une route énergétique, d’un refus d’alliés, d’un engrenage mal calculé pour que la démonstration de force se transforme en aveu de vulnérabilité criarde. L’Europe, par la voix de KajaKallas, appelle désormais publiquement Washington et Tel-Aviv à mettre fin à la guerre et refuse de suivre l’aventure militaire dans le Golfe.
Pharaon croyait que sa puissance le mettait hors d’atteinte. Il fut englouti.
Les empires contemporains commettent la même erreur, avec plus de technologie mais pas plus de sagesse. Ils pensent que la supériorité militaire efface la question morale. Ils imaginent que la violence crée la légitimité. Ils prennent le bruit des frappes pour la preuve de leur droit. Or la guerre contre l’Iran révèle déjà l’inverse.Plus la force s’exhibe, plus elle découvre sa dépendance, son isolement, sa nervosité. Même à Washington, un haut responsable de la sécurité nationale, Joe Kent, a démissionné en affirmant que l’Iran ne représentait pas de menace imminente justifiant cette guerre.
Et puis il y a cette vérité plus profonde, plus dérangeante pour les puissants : on peut tuer des hommes, pas liquider une réalité. Les sionistes ont revendiqué la mort d’Ali Larijani, et l’Iran l’a ensuite confirmée, preuve d’une escalade extrême au sommet même de l’appareil iranien. Mais assassiner des figures de premier rang ne règle rien de l’équation politique.Cela radicalise, fracture, propage, étend. Dans le même temps, l’Iran a riposté au-delà des territoires occupés, touchant aussi des États du Golfe, tandis que les marchés pétroliers s’affolent et que la région entière s’enfonce dans un désordre plus large.
Le problème de Trump et de Netanyahu n’est pas seulement stratégique. Il est moral. Tous deux incarnent cette vieille maladie des puissances dominantes. Croire que l’impunité est un droit naturel. Ils avancent comme si l’Histoire devait leur obéir, comme si les peuples n’étaient que décor, comme si le droit international n’était qu’un chiffon bon pour les faibles. Mais l’Histoire ne protège pas les ivres de puissance. Elle les laisse souvent aller trop loin, afin que leur propre excès révèle la fragilité qu’ils dissimulaient sous le métal, les slogans et les menaces.
Voilà pourquoi la leçon des anciens récits reste d’une actualité brûlante. La tyrannie ne s’effondre pas toujours sous le choc qu’elle attend, elle se défait souvent par l’endroit qu’elle avait cessé de regarder. Un détroit peut suffire.
Un refus peut suffire. Une fissure morale peut suffire.
Une coalition qui se dérobe peut suffire. Ce que Trump et Netanyahu présentent comme une démonstration de souveraineté absolue ressemble déjà, vu de loin, à la panique des puissants qui sentent que la maîtrise échappe. Leur échappe. Reuters rapporte d’ailleurs que la Maison Blanche s’emploie désormais à montrer que des tankers recommencent à passer, comme pour prouver que la situation reste sous contrôle. Quand la puissance doit expliquer qu’elle contrôle encore la situation, c’est souvent qu’elle a déjà commencé à la perdre.
Au fond, la vérité est simple. On peut incendier une région. On peut tordre le droit. On peut appeler «sécurité» ce qui relève de l’agression. On peut imposer le silence à des capitales terrorisées. Mais on ne transforme jamais durablement l’injustice en ordre. Trump et Netanyahu auront peut-être des victoires de calendrier, des succès de communication, des coups de force militaires. Ils n’auront jamais le dernier mot de l’Histoire. Car le dernier mot n’appartient ni aux plus armés ni aux plus bruyants. Il appartient toujours, tôt ou tard, à la chute des arrogants.
S. Méhalla
