L’Algérie figure parmi les douze pays officiellement invités par le gouvernement du Panama à adhérer au Traité de neutralité permanente du Canal de Panama, un instrument juridique clé garantissant la libre circulation du commerce maritime mondial.
L’invitation a été lancée par le ministre panaméen des Affaires étrangères, Javier Martínez-Acha, lors de réunions bilatérales tenues au cours d’une visite au Mexique avec les représentants diplomatiques de l’Algérie, de l’Australie, de l’Azerbaïdjan, de la Slovaquie, du Pakistan, des Philippines, de la Jordanie, du Viêtnam, de la Côte d’Ivoire, de l’Arménie, de la Géorgie et de la Serbie.
«Lors de ces réunions avec les ambassadeurs accrédités auprès du Panama, le chancelier Martínez-Acha Vásquez a proposé l’adhésion au Traité de neutralité permanente de la voie interocéanique comme garantie juridique du commerce mondial, comme signal politique de soutien au droit international et comme acte concret de confiance envers le Panama en tant que pays sûr, stable et prévisible», a indiqué la chancellerie dans un communiqué.
Selon la même source, l’adhésion au Traité constitue «une garantie juridique du commerce mondial» et un «signal politique de soutien au droit international». Pour Alger, cette démarche s’inscrit dans la continuité de sa diplomatie traditionnellement attachée au respect de la souveraineté des États et aux principes du multilatéralisme.
Contexte géopolitique sensible
Cette offensive diplomatique intervient alors que le président panaméen JoséRaúlMulino cherche à renforcer le soutien international autour du statut neutre du canal, face aux tensions récentes avec les États-Unis. Le gouvernement du président panaméen José RaúlMulino a lancé une offensive diplomatique afin d’obtenir davantage d’adhésions après que son homologue des États-Unis, Donald Trump, a menacé de «récupérer» le canal, réaffirmant sa souveraineté totale sur l’infrastructure, transférée par Washington le 31 décembre 1999 après plus de 8 décennies de gestion américaine, en raison d’une prétendue «influence malveillante» de la Chine sur cette voie maritime. Une accusation rejetée par Panama, qui a exigé de Washington de ne pas mêler son pays à sa rivalité géopolitique avec Pékin.
Les critiques américaines visaient notamment l’exploitation de deux ports par une filiale du groupe hongkongais CK Hutchison. Une décision judiciaire panaméenne a, toutefois, annulé cette concession le 23 février dernier, ouvrant la voie à une procédure d’arbitrage engagée par l’entreprise contre l’État panaméen.
Une opportunité diplomatique pour Alger
Pour l’Algérie, l’invitation à adhérer au Traité de neutralité du Canal de Panama représente un enjeu à la fois stratégique et symbolique. En tant qu’acteur majeur du commerce énergétique et partenaire de nombreux marchés internationaux, la sécurisation des grandes routes maritimes constitue un intérêt direct.
Au-delà de l’aspect économique, une éventuelle adhésion permettrait à Alger d’affirmer son soutien au droit international et à la liberté de navigation, tout en consolidant ses relations avec l’Amérique latine dans un contexte de recomposition des équilibres géopolitiques mondiaux.
Le traité, en vigueur depuis octobre 1979 et déjà signé par plus de quarante États, garantit que le canal demeure neutre et accessible à tous les navires, en temps de paix comme en période de conflit, un principe au cœur des échanges commerciaux globaux
Smaïl Rouha
