QatarEnergy, le géant qatarien du gaz naturel liquéfié qui représente près de 20% du commerce mondial de GNL, a annoncé ce lundi la suspension totale de sa production suite à des frappes de drones iraniens contre ses installations.
Cette décision historique a provoqué une flambée immédiate des prix du gaz en Europe, qui ont bondi de plus de 50%.
Dans un communiqué publié en début de journée, la compagnie énergétique publique qatarie a indiqué avoir « cessé la production de gaz naturel liquéfié et de produits dérivés » en raison « des attaques militaires perpétrées contre les installations de QatarEnergy situées dans les zones industrielles de Ras Laffan et de Mesaieed ».
Selon le ministère de la Défense qatari, deux drones iraniens ont visé des infrastructures critiques : une centrale électrique à Ras Laffan, située à 80 kilomètres au nord de Doha et principal site de production de GNL du pays, ainsi qu’un réservoir d’eau d’une centrale à Mesaieed, autre pôle gazier majeur situé à 40 kilomètres au sud de la capitale. Aucune victime n’a été signalée.
Les marchés européens sous le choc
La réaction des marchés a été immédiate et brutale. Le contrat à terme du TTF néerlandais, référence européenne du prix du gaz, s’est envolé de plus de 48% pour atteindre 47,32 euros le mégawattheure en milieu d’après-midi. Le pic a même atteint 47,70 euros, soit une hausse de 52,38%, représentant la plus forte progression en une seule journée depuis août 2023.
Cette flambée intervient dans un contexte déjà tendu sur les marchés énergétiques. L’Europe, qui a considérablement accru sa dépendance aux importations de GNL pour compenser la réduction des livraisons par pipeline russe depuis le début du conflit en Ukraine, se retrouve particulièrement exposée. Les analystes de Goldman Sachs ont averti qu’une fermeture prolongée d’un mois du détroit d’Hormuz pourrait entraîner un doublement des prix du gaz européen.
Un acteur incontournable du marché mondial
L’arrêt de la production a affecté le gigantesque champ gazier North Field, qui constitue la base de la capacité nominale de QatarEnergy, estimée à 77 millions de tonnes par an. Ce gisement, partagé avec l’Iran, représente le plus grand réservoir de gaz naturel au monde.
Le Qatar détient environ 10% des réserves mondiales prouvées de gaz naturel et maintient des contrats d’approvisionnement à long terme avec les majors pétrolières Total, Shell et Eni, ainsi qu’avec Petronet et Sinopec.
R.E
