Si les questions liées à la sécurité, aux OQTF et à la lutte contre le terrorisme semblent désormais actées entre l’Algérie et la France, d’autres dossiers, autrement plus sensibles, demeurent en suspens et risquent d’entraver le réchauffement diplomatique amorcé depuis ce mois de février.
Au premier rang figurent les questions de mémoire et des essais nucléaires français dans le Sahara algérien.
Alger réclame à Paris trois actes concrets : la remise des cartes des sites d’essais nucléaires réalisés entre 1961 et 1967, la décontamination des zones concernées et la restitution des biens culturels spoliés durant la période coloniale. Or, si des signes de bienveillance ont été échangés récemment entre les deux capitales, des obstacles importants continuent de s’accumuler sur le chemin de l’entente.
Le lourd dossier mémoriel demeure en effet un facteur d’empoisonnement des relations bilatérales. Les discussions en cours entre les deux délégations butent encore sur plusieurs aspects concrets, notamment la question lancinante des essais nucléaires français dans le Sahara. « La partie française a donné son accord de principe, mais sans plus pour l’instant », a confié récemment un député algérien ayant participé aux échanges.
La mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie reste un sujet particulièrement sensible. Fondée sur le rapport remis en 2021 par l’historien Benjamin Stora, la politique française privilégie des gestes symboliques — reconnaissance de certaines responsabilités, restitutions d’archives ou de restes humains — tandis que l’Algérie revendique une reconnaissance globale des crimes coloniaux ainsi qu’une prise en charge effective des conséquences des essais nucléaires.
Sur le plan patrimonial, la France a récemment adopté une loi visant à faciliter la restitution des biens culturels spoliés. Le 28 janvier 2026, le Sénat a approuvé un projet de loi-cadre ouvrant la voie à la restitution d’œuvres d’art et d’objets patrimoniaux à leurs pays d’origine. Le texte doit toutefois encore être examiné par l’Assemblée nationale.
Cette réforme constitue une évolution notable du cadre juridique français. Jusqu’à présent, le principe d’inaliénabilité empêchait la sortie définitive des biens appartenant aux collections publiques. « Pour la première fois, des objets présents dans les musées français pourront sortir légalement et définitivement des collections nationales. C’est une avancée très importante », a expliqué un historien français engagé dans le dossier mémoriel entre l’Algérie et la France, souhaitant garder l’anonymat.
En mai 2024, à l’issue des travaux de la commission mixte algéro-française sur l’histoire et la mémoire, réunie au siège des Archives nationales à Alger, la partie algérienne a présenté une liste ouverte de biens historiques à forte valeur symbolique conservés dans différentes institutions françaises et proposés à la restitution.
Toutefois, la nouvelle loi permettra-t-elle la restitution de l’ensemble des biens réclamés par Alger ? Selon des experts, le retour de ces objets restera soumis à des critères stricts, notamment quant aux conditions dans lesquelles ils sont entrés dans les collections françaises. Les « prises de guerre » constituent, à cet égard, une catégorie juridiquement complexe. En revanche, les objets clairement volés ou pillés n’auraient pas vocation à demeurer dans les musées français.
Parmi les biens réclamés figurent plusieurs objets ayant appartenu à l’Emir Abdelkader, dont sa tente de commandement, son burnous, son emblème et son épée. L’Algérie demande également la restitution de la bannière des Ouled Sidi Cheikh, d’armes et de la tente de commandement d’El-Mokrani, ainsi que des manuscrits du cheikh Cheikh El-Haddad.
À cela s’ajoutent plusieurs canons datant de la période ottomane, dont le célèbre Baba Merzoug, fondu en bronze à Dar Ennahas à Alger entre 1538 et 1542 et conservé au port de Brest depuis 1833.
La restitution de ces biens spoliés apparaît aujourd’hui comme un enjeu majeur pour la mémoire historique et pour l’avenir des relations franco-algériennes, dans un contexte diplomatique encore marqué par des tensions persistantes.
H.Adryen
