Parmi les points qui seront discutés, figure la reprise de la coopération sécuritaire et migratoire, avec l’objectif de produire des résultats à la hauteur des attentes.
Prévue initialement en décembre 2025, puis reportée pour janvier, la visite du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, se déroule aujourd’hui pour une durée de deux jours à Alger. L’objectif : tenter de décrisper les relations tumultueuses entre les deux pays, au point mort depuis près de deux ans, et relancer la coopération bilatérale. Le ministre pourrait, toutefois, repartir bredouille, mais il peut s’appuyer sur ses bonnes relations personnelles avec les autorités algériennes. Son profil tranche avec celui de Bruno Retailleau.
Reprendre l’initiative après des mois d’immobilisme
Après plusieurs mois d’immobilisme dans les relations algéro-françaises, Laurent Nuñez est arrivé à cette conclusion : quand rien ne se passe, il faut savoir bouger et reprendre l’initiative. Même si les canaux de communication ont été rétablis ces dernières semaines, il a rappelé que la crise n’est pas encore totalement surmontée. «Des contacts ont été initiés depuis plusieurs semaines, des réunions de travail ont eu lieu entre spécialistes français et algériens», a indiqué récemment l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, soulignant que la France attend que les Algériens «prennent les premières mesures permettant de marquer la reprise de cette coopération consulaire».
Un enjeu majeur
Parmi les points qui seront discutés, figure la reprise de la coopération sécuritaire et migratoire, avec l’objectif de produire des résultats à la hauteur des attentes. La visite de la secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes, en novembre dernier, avait déjà marqué un rétablissement, pour la première fois depuis juillet 2024, d’un canal diplomatique, permettant notamment d’aborder la crise au Sahel.
Sur le plan régional, l’Algérie renforce sa présence dans l’AES en se rapprochant de Niamey. Bamako négocie un réapprovisionnement en carburant algérien et une gestion commune des frontières pour lutter contre la contrebande et le terrorisme. Ces développements favorables à Alger obligent la France à reconsidérer sa posture. Laurent Nuñez et son homologue algérien, Said Sayoud, se sont même longuement entretenus par téléphone pour préparer cette visite, perçue comme un premier signe de dégel des relations méditerranéennes.
Une visite sans conditions
Quelques jours avant sa venue, Nuñez avait déclaré avoir reçu l’invitation de son homologue algérien et qu’il «y répondrait». «On travaille aux conditions de cette visite», avait-il expliqué sur BFMTV, se félicitant «de la reprise des échanges sécuritaires entre les deux pays». Initialement, Paris avait conditionné la visite à des avancées sur le dossier Gleizes et la reprise des réadmissions. Mais face au refus catégorique d’Alger d’accepter ces préalables, le ministre a finalement choisi de se rendre en Algérie sans conditions.
Signes d’un réchauffement
Au-delà du volet sécuritaire, c’est le front économique qui illustre le réchauffement des relations. Le Medef prépare une mission économique à Alger, signe que les milieux d’affaires parient sur une normalisation prochaine. De son côté, Alger montre sa bonne volonté en passant commande, le 11 février, de 5 000 tonnes de blé tendre et 13 000 tonnes d’orge français, ainsi que de pneumatiques, secteur confronté à une pénurie notable.
Le choix de Laurent Nuñez pour cette mission n’est pas anodin. Réputé pour sa discrétion et sa maîtrise des dossiers sécuritaires, il contraste fortement avec son prédécesseur, dont les déclarations sur l’immigration avaient contribué à envenimer la crise. En héritant d’un portefeuille sensible, Nuñez incarne un changement de ton que les Algériens semblent disposés à entendre.
Vers une désescalade durable
Cette visite ne résoudra pas à elle seule l’ensemble des contentieux, mais elle pourrait poser les jalons d’une désescalade durable, à condition que les deux parties acceptent de traiter les dossiers sensibles avec patience et discrétion. La députée Sabrina Sebaihi a noté des «indicateurs de désescalade» émanant des deux capitales. Reste à transformer ces signaux en actes concrets.
La méthode diplomatique privilégiée par le ministre de l’Intérieur s’avérera-t-elle plus efficace ? Depuis sa prise de fonction, Laurent Nuñez a délibérément pris le contre-pied de la stratégie de rapport de force adoptée par son prédécesseur. Selon son entourage, cette démarche a déjà produit des résultats, et il reprend ainsi le fil d’une relation initiée sous la présidence d’Emmanuel Macron.
H. Adryen
