«Quand on pose des conditions, c’est qu’on ne veut pas y aller», a estimé Ségolène Royal.
La visite en Algérie du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ne semble pas près de se concrétiser. Et pour cause : la France continue de souffler le chaud et le froid.
Alors qu’il avait annoncé, lors de sa nomination en octobre dernier, qu’il était prêt à se rendre en Algérie sur invitation de son homologue algérien, il rétropédale en liant tout déplacement officiel à la situation du journaliste Christophe Gleizes et à une reprise effective des expulsions de ressortissants algériens en situation irrégulière.
Lors de sa prise de fonction, Laurent Nuñez avait promis une méthode moins basée sur les déclarations fracassantes et plus respectueuse. Il semble que le ton ait changé. Interrogé hier par la chaîne de télévision française TF1, le ministre a affirmé qu’il ne renoncerait pas à ses conditions, bloquant ainsi tout déplacement diplomatique à Alger.
«J’attends qu’il y ait une évolution sur ces sujets, je me rendrai à ce moment-là en Algérie», a-t-il déclaré, qualifiant ses exigences de «conditions minimalistes». Laurent Nuñez a, toutefois, indiqué qu’il finira par se rendre à Alger.
«J’ai bon espoir, je sais que j’irai. On ne peut pas continuer à être dans cette absence de relation. D’ailleurs, les discussions techniques et sécuritaires, elles, ont repris», a-t-il ajouté.
Commentant les déclarations de l’ancienne ministre socialiste Ségolène Royal, qui le pressait de rendre en Algérie, le ministre français de l’Intérieur s’est contenté de rappeler que la mission effectuée par Mme Royal, présidente de l’Association France-Algérie, n’était pas pour le compte du gouvernement français.
Une voix qui dérange
Sur le même plateau, la veille, Ségolène Royal, de retour d’un voyage en Algérie, avait déclaré au sujet d’une visite de Laurent Nuñez :
«En posant des préalables à sa visite, le ministre est encore peut-être sous l’influence de son prédécesseur.» Selon elle, «il faut y aller, c’est évident», ajoutant que «quand on pose des conditions, c’est qu’on ne veut pas y aller».
Critique envers une partie de la classe politique française, l’ex-ministre a accusé certains responsables d’«exploiter politiquement cette fracture» et de refuser de voir l’évolution de l’Algérie. Lors de ce déplacement à Alger, la présidente de l’Association France-Algérie (AFA), fonction qu’elle occupe depuis décembre, avait notamment rencontré le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, une entrevue qu’elle présente comme un signe d’ouverture possible malgré la crise diplomatique persistante entre Alger et Paris.
Estimant qu’Emmanuel Macron a opéré un revirement douloureusement perçu en Algérie, Ségolène Royal l’a exhorté à «faire un geste de réconciliation et de reconnaissance» envers l’Algérie.
L’ombre de Retailleau
Le départ de Bruno Retailleau du ministère de l’Intérieur avait été perçu comme un signe de dégel entre les deux pays. Laurent Nuñez, son successeur, s’était nettement démarqué du ton belliciste de son prédécesseur sur l’Algérie. Alger et Paris avaient amorcé une reprise de contact avec la visite à Alger de la secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes, en novembre dernier.
Mais cela ne suffit pas face à la ténacité d’une classe politique française hostile à l’Algérie et au développement des relations entre les deux pays. Bien qu’il se soit démarqué à plusieurs reprises de son prédécesseur, Laurent Nuñez a affirmé hier qu’il avait «une grande estime» pour Retailleau.
«On a suffisamment tendu notre main pour qu’il n’y ait pas de suspicion que je sois sous la coupe de mon prédécesseur», a-t-il déclaré.
Pour rappel, la situation s’est de nouveau dégradée fin janvier après la diffusion par la chaîne publique France 2 d’un documentaire très critique envers l’Algérie et ses dirigeants. Le chargé d’affaires de l’ambassade de France en Algérie a d’ailleurs été convoqué au siège du ministère des Affaires étrangères le 24 janvier.
Ségolène Royal soupçonne même Bruno Retailleau d’avoir orienté le documentaire :
«Je pense que ce reportage a été entamé quand Bruno Retailleau était ministre de l’Intérieur. Cela ne m’étonne pas, je pense qu’il a été orienté», a déclaré la présidente de l’Association France-Algérie.
S. Smati
