Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, qui s’exprimait, hier, sur les ondes de France Inter, reconnaît pleinement que les relations entre les deux pays sont tendues et qu’elles sont toujours difficiles au vu des circonstances actuelles marquées par des incursions partisanes essentiellement de la droite française qui freinent le rapprochement souhaité de part et d’autre. Nunez, qui a dès son entrée au gouvernement Lecornu cherché à jeter les ponts entre les deux pays, ne cache plus son désappointement.
«Nos relations toujours difficiles avec l’Algérie, mais nos services échangent à nouveau», a-t-il indiqué, même si les discussions restent «difficiles», dit-il. «Je devais me rendre sur place mais à certaines conditions, notamment la reprise de la délivrance des laissez-passer pour les ressortissants algériens en situation irrégulière», a-t-il notamment dit.
Un dialogue en panne
«Les discussions se poursuivent, elles ne vont pas assez vite à mon goût et au goût de beaucoup de personnes, mais elles se poursuivent, et évidemment, on espère toutes et tous la libération de Christophe Gleizes», journaliste français, condamné à sept ans de prison. «Nous tendons la main à l’Algérie sur un certain nombre de sujets, maintenant il faut savoir la saisir, il y a un certain nombre de gestes qui sont attendus» de la part d’Alger, indique le ministre.
«Nous avons des réunions techniques, nos services échangent de nouveau, il y a des échanges sécuritaires, donc on n’est pas du tout dans la rupture, il faut s’en féliciter puisqu’il n’y a plus d’échanges sécuritaires», salue Laurent Nuñez. «Maintenant, on attend des signes très forts, sur la reprise des reconduites des Algériens en situation irrégulière, et deuxièmement évidemment la situation de Christophe Gleizes est en haut de la pile, au sommet de nos préoccupations».
Une visite annulée ?
Le ministre français de l’Intérieur devait se rendre à Alger avec la garantie que sur les deux préoccupations, la coopération sécuritaire et migratoire, «il puisse y avoir des résultats à la hauteur de nos attentes». Or, depuis cette fameuse invitation faite par le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, en octobre 2025, un silence radio s’est installé du côté d’Alger.
L’Algérie vient d’annuler la visite que devait effectuer ces jours-ci à Paris une délégation pour évoquer le dossier migratoire et l’épineuse question de la reconduction aux frontières des Algériens visés par une OQTF. La diffusion, le 22 janvier sur France 2, d’un numéro du magazine consacré à l’Algérie n’en finit pas de provoquer des dégâts dans les relations entre Paris et Alger.
Initiative personnelle ou diplomatie parallèle ?
De plus, la visite de Ségolène Royal au détenu français hier à la prison de Tizi-Ouzou n’a pas plu en haut lieu français. Une initiative hors des canaux officiels, saluée par la famille, mais décrite comme «personnelle» par l’Élysée. Reçue en grandes pompes en Algérie, la présidente de l’Association France-Algérie a été autorisée à rendre visite au journaliste sportif et s’est posée en médiatrice.
Elle a même lâché une phrase qui en dit long sur la considération qu’on porte à cette ancienne candidate à la présidentielle. Elle a assuré que le président Tebboune était prêt au dialogue «dès lors que le respect et la considération sont au rendez-vous».
C’est dans ce climat délétère que Ségolène Royal est venue à Alger plaider une «reconstruction de l’amitié entre la France et l’Algérie». Une source ayant connaissance du dossier, et souhaitant rester anonyme, a déclaré à l’AFP que Mme Royal avait «fait ce déplacement suite à une invitation des autorités algériennes», émanant de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie.
Une classe politique française divisée
Cette visite est «totalement de sa propre initiative et ses déclarations sont personnelles», a souligné cette source. Elle-même s’est dite «libre» sur ce dossier. Bruno Fuchs, président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, a également estimé qu’en plein blocage, «toute initiative permettant de détendre la relation est la bienvenue.
Son approche sur les questions mémorielles est courageuse», a réagi Benjamin Stora qui dans un rapport remis à l’Elysée avait fait des préconisations allant dans le même sens.
«La question est de savoir quel interlocuteur elle pourra trouver dans la société politique française actuelle à deux mois des municipales et à un an de la présidentielle pour avancer concrètement», dit-il. Ségolène Royal a dit sur X «agir pour la réconciliation et le respect, mission qui m’a été confiée» sans préciser si elle faisait allusion à son rôle au sein de l’AFA ou à sa visite à Alger. Elle a assuré devant la presse qu’elle avait informé Emmanuel Macron de son initiative et qu’elle comptait, à son retour en France, l’«aider en lui donnant les éléments dont je dispose».
Réponse immédiate du Quai d’Orsay gêné aux entournures et dépassé par les résultats encourageants obtenus par Ségolène Royal en Algérie. Le Quai d’Orsay a immédiatement indiqué qu’il n’avait pas missionné Ségolène Royal pour son déplacement en Algérie, lors d’une conférence de presse tenue jeudi. Il a indiqué qu’il s’agissait d’«une initiative personnelle» et qu’il ne «l’avait pas missionné».
H. Adryen
