L’Organisation nationale des transporteurs algériens a remis au Premier ministre une liste de revendications urgentes pour sauver le secteur.
L’Organisation nationale des transporteurs algériens (ONTA) a officiellement soumis, hier, une liste détaillée de demandes, préoccupations et propositions au Premier ministre, avec copies adressées au président de la République et au ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales, et des Transports. Cette démarche intervient à la suite d’une rencontre tenue le 17 janvier 2026 entre l’ONTA et le chef du gouvernement, en présence du ministre des Transports, du ministre du Commerce intérieur et de représentants du secteur privé. L’organisation, qui regroupe les trois principales branches nationales du transport – bus, taxi et marchandises – a présenté un document structuré en demandes urgentes, moyens termes et longs termes, visant à «garantir la pérennité du secteur, améliorer la rentabilité des transporteurs et préserver la sécurité routière».
La révision des prix du transport
Parmi les revendications les plus pressantes, figure la révision immédiate des tarifs de transport de passagers, aussi bien pour les bus que pour les taxis.
L’ONTA rappelle que les coûts d’exploitation ont fortement augmenté, notamment en raison des hausses successives du prix du carburant entre 2015 et 2020, estimées à près de 104,80%. Elle souligne que les augmentations de tarifs décidées par le ministère des Transports (10%) n’ont pas permis de compenser cette hausse, et que leur application est restée difficile, en raison notamment de la dépréciation du dinar.
Dans ce contexte, l’organisation insiste sur la nécessité de fixer les tarifs sur la base d’une étude officielle, menée par des experts et un cabinet comptable agréé, afin d’éviter toute dérive et garantir une tarification réaliste et équitable.
Opérateur privé ou service public ?
Autre point majeur soulevé : le statut juridique du transporteur privé. L’ONTA interpelle directement le ministre du Commerce intérieur sur une question cruciale : le transporteur est-il un opérateur libre soumis aux règles du marché et de la concurrence, ou un prestataire de service public, auquel cas il doit bénéficier d’une compensation comme les entreprises publiques ?
Néanmoins, l’ONTA omet, délibérément, de souligner que le transport est un service pour le public. L’organisation estime que la réglementation actuelle et l’absence de révision tarifaire ont entraîné la quasi-faillite de nombreuses entreprises, notamment dans le transport urbain, et une accumulation de dettes, faute de revenus suffisants pour couvrir les charges.
A cet égard, l’Organisation propose des mesures urgentes pour le transport de marchandises et la sécurité routière. Il s’agit, notamment, de la création d’aires de stationnement sécurisées pour les camions dans toutes les wilayas, en priorité dans les grandes villes et zones portuaires, une réorganisation des opérations portuaires afin de réduire les temps d’attente et améliorer la fluidité du transport de marchandises, ainsi que la mise en place d’un comité national permanent au niveau du ministère des Transports, chargé de suivre les préoccupations du secteur, avec des réunions trimestrielles. Concernant la sécurité routière, l’organisation propose une refonte du code de la route, avec la participation de professionnels, d’associations spécialisées et d’experts universitaires, afin d’adapter la loi aux réalités du terrain.
Urgence sociale et crise des licences
Dans le secteur des taxis, l’ONTA appelle à une solution définitive pour permettre l’exercice légal et organisé de cette activité. Elle propose également la création d’un comité national pour examiner les dossiers de renouvellement des taxis, le transfert des licences en cas de décès ou de retrait et la mise en place d’offres bancaires sans intérêt pour le renouvellement des véhicules, notamment ceux assurant les trajets inter-wilayas et desservant les zones isolées.
Logement, assurance, conditions de vie
L’ONTA attire également l’attention sur une crise sociale affectant les familles des transporteurs. Elle dénonce l’exclusion de ces citoyens des programmes de logement social et AADL, en raison de l’inscription commerciale ou des revenus jugés irréguliers. Elle demande une révision des critères d’accès afin de permettre à ce secteur vulnérable de bénéficier d’un logement décent.
L’organisation exige aussi une réduction de 65% des primes d’assurance, qu’elle considère excessives et pénalisantes pour les transporteurs privés.
Vers un dialogue national continu
L’ONTA souligne que ces demandes seront également discutées lors des ateliers proposés par le Premier ministre dans le cadre d’un dialogue national continu, visant à trouver des solutions durables au développement du secteur. Dans son communiqué, l’organisation affirme son engagement à contribuer positivement à l’économie nationale et à défendre les intérêts des professionnels du transport dans «le cadre d’un dialogue constructif avec toutes les autorités publiques».
Une pression accrue sur le gouvernement
Cette initiative intervient dans un contexte où le secteur privé des transports représente 95% du secteur national et assure le transport quotidien de plus de 12 millions de personnes. L’ONTA estime que le système actuel est arrivé à saturation et appelle à des mesures «radicales et concrètes» pour éviter l’effondrement de ce pilier de l’économie nationale.
Smail Rouha
