C’est un véritable de coup de Trafalgar que la France vient d’asséner aux relations bilatérales déjà tendues, en programmant le récent documentaire de France 2 sur l’Algérie qui met déjà le feu aux poudres, et pour longtemps.
Paris, qui peine déjà à renouer un dialogue structuré, a presque scellé le divorce définitif. Le récent documentaire de France 2 sur l’Algérie a achevé la réconciliation entre l’Algérie et la France.
C’est la goutte qui a fait déborder le vase. Moins crispées ces dernières semaines, des avancées ont même été signalées, les relations sont de nouveau marquées par une nouvelle tension diplomatique. Le communiqué des Affaires étrangères algérien ne laisse aucun doute.
Une réaction algérienne sans ambiguïté
Le ministère des AE a convoqué, le 24 janvier, le chargé d’affaires de l’ambassade de France à Alger. Dans un communiqué, le ministère qualifie le programme de France 2 de «tissu de contre-vérités profondément offensantes et inutilement provocatrices» et de «véritable agression contre l’Etat algérien, ses institutions et ses symboles». Pour Alger, la responsabilité du gouvernement français est engagée : France 2 «ne se serait jamais autorisée une telle agression sans la complicité ou, à tout le moins, l’assentiment de sa tutelle publique», estime la diplomatie.
De plus, la convocation du chargé d’affaires de l’ambassade de France à Alger n’est pas un simple accès d’irritation diplomatique, c’est un coup de semonce. Un geste lourd, mûrement calculé. A l’issue de la rencontre, il a été notifié au diplomate français que le gouvernement algérien «se réserve le droit de prendre toutes les mesures qu’appelle la gravité de ces agissements».
Un contexte de rupture assumée
Officiellement déclenchée par la diffusion, sur France 2, d’un numéro de «Complément d’enquête» consacré aux «tensions secrètes» entre les deux pays, cette convocation dépasse très largement le registre de l’indignation médiatique classique.
Elle s’inscrit dans une séquence plus grave, celle d’une confrontation politique désormais assumée, presque revendiquée, entre deux États enfermés dans une relation fracturée jusqu’à l’os. Avant même que les images ne défilent à l’écran, Alger avait dégainé. La riposte n’a pas attendu le générique de fin, elle a précédé la diffusion. Sur le front médiatique, l’agence l’APS a ouvert les hostilités par un communiqué d’une virulence lexicale inhabituelle, dénonçant une «entreprise de désinformation méthodique» visant l’Algérie.
Des contacts insuffisants face à la crise
L’avenir entre les deux pays est désormais plus qu’en pointillé. Il y a deux semaines, l’ambassadeur français à Alger, Stéphane Romatet, a décrit sur RFI une «quasi-rupture des relations entre Alger et Paris». Aujourd’hui, la rupture est presque consommée même si les canaux de communication ont été rétablis ces dernières semaines, mais il a fait savoir que la crise n’est pas encore passée.
«Des contacts ont été initiés depuis maintenant plusieurs semaines, des réunions de travail ont eu lieu entre spécialistes français et algériens», a dit l’ambassadeur, affirmant que la France est dans l’attente que les Algériens «prennent les premières mesures qui permettent de marquer la reprise de cette coopération consulaire».
Un point de non-retour entre chefs d’État ?
Or, avec ce nouvel épisode qui ravive la crise diplomatique, la relation, aujourd’hui, semble plus que jamais compromise. D’ailleurs, le recteur de la Grande-Mosquée de Paris, Chems Eddine Hafiz, le confirme. Les rapports personnels entre le président Tebboune et Macron semblent avoir atteint un point de non-retour après la reconnaissance de la France de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Selon le recteur de la Grande-Mosquée de Paris, le soutien de Paris à Rabat sur le Sahara occidental «a mis fin à la relation» entre les deux chefs d’Etat.
Or, le seul fil qui maintenait encore le dialogue est aujourd’hui rompu. Au mois de novembre 2025, le locataire de l’Élysée s’est dit «disponible» pour un «échange» avec le président Tebboune afin de pouvoir «avancer» dans les relations crispées avec l’Algérie. La perche tendue par le président français n’a reçu pour l’heure aucune réponse officielle. De même que la visite annoncée en Algérie du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, devient problématique. Plusieurs fois ajournée, elle est pratiquement annulée.
L’exception Ségolène Royal
Seule la nouvelle présidente de l’Association d’amitié Algérie-France, Ségolène Royal, une figure de la gauche française, est autorisée. Elle doit atterrir aujourd’hui à Alger pour une visite de travail. Ségolène Royal entame une mission économique, répondant à l’invitation de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI). L’objectif est clair : dynamiser la coopération commerciale franco-algérienne. Le programme devrait prévoir des échanges entre acteurs clés des deux rives de la Méditerranée pour favoriser les investissements et les partenariats stratégiques. «Nous devons la réconciliation aux jeunes des deux rives de la Méditerranée, entre la France et l’Algérie, le plus vaste pays du continent africain, afin de construire des projets fructueux dans les secteurs productifs porteurs d’avenir», a-t-elle indiqué.
H. Adryen
