La confiscation des biens des oligarques revient souvent ces derniers jours aux devant de la scène et les scénarios de saisie d’actifs se multiplient. Parmi les biens à récupérer sur le territoire national figurent des usines, des villas, des bateaux de plaisance, des appartements, des terrains, des immeubles, des voitures, des bijoux et des avoirs bancaires.
Environ 30 milliards d’euros de crédits et de prêts bancaires avaient été accordés à ces oligarques au cours des trois derniers mandats (de 2004 à 2019).
La justice a adressé 285 commissions rogatoires à 32 pays où ces anciens oligarques sont soupçonnés de détenir des avoirs. Il a été établi que 755 comptes avaient été identifiés. Jusqu’en 2025, l’Algérie a annoncé la récupération d’environ 30 milliards de dollars (en liquide, biens immobiliers et usines) détournés par ces oligarques.
Après les révélations sur l’argent détourné par les oligarques en France, en Suisse, en Espagne, au Luxembourg et dans d’autres pays européens, l’attention s’est portée sur les îles Vierges, aux Caraïbes, des paradis fiscaux réputés pour leur opacité.
C’est un territoire que le président Tebboune a mentionné lors de l’inauguration de la foire de la production nationale, en déclarant : « Pour l’argent caché aux Îles Vierges ou ailleurs, son jour viendra », dit-il sans fournir plus de détails. Cette déclaration est d’autant plus significative que cet archipel a été utilisé par plusieurs oligarques comme point de chute pour leurs évasions financières.
Dès novembre 2004, Ali Haddad avait choisi les îles Vierges britanniques pour domicilier l’une de ses sociétés offshore, Kingston Overseas Group Corporation, selon les révélations des Panama Papers publiées au printemps 2017.
Un autre nom ayant émergé des Panama Papers est celui de Farid Bedjaoui. En septembre 2013, Mossack Fonseca, le cabinet panaméen de services offshore, semble avoir pris conscience de la situation problématique concernant Bedjaoui. Ce mois-là, les autorités des îles Vierges britanniques exigent du cabinet panaméen les documents de la société Abode Finance Services Corporation, dont le bénéficiaire économique est Omar Habour, lié à Farid Bedjaoui.
Ce dernier est activement recherché par les justices italienne et algérienne dans le cadre de l’affaire Sonatrach-Saipem. Dans l’un de ses courriels, la directrice de Mossack Fonseca aux îles Vierges, Rosemarie Flax, indique que cette situation est « embarrassante » et expose le cabinet à une amende. Malgré cela, Mossack Fonseca a continué à gérer Rayan Asset Management, la société de Farid Bedjaoui, jusqu’au moins novembre 2015.
Un processus en cours
Le président Tebboune, tout en mettant en avant les premiers résultats concrets de la récupération des biens de l’État, a souligné l’ampleur des pratiques de surfacturation et de prédation qui ont longtemps grevé les finances publiques. Selon lui, des sommes colossales ont été illégalement transférées à l’étranger, notamment vers des juridictions offshore.
Loin de laisser entendre que ces fonds resteront indéfiniment hors de portée, il a ajouté que la récupération des avoirs déjà identifiés permettrait de « rendre au Trésor public une partie des milliers de milliards de dinars» détournés.
Au-delà des fonds financiers, le président a également mis l’accent sur la récupération des entreprises économiques confisquées par la justice.
Ces sociétés, autrefois propriété d’hommes d’affaires condamnés, ont été placées sous la gestion de holdings publiques pour assurer la continuité de leurs activités.
À travers des réseaux de corruption sophistiqués et un blanchiment soigneusement orchestré, les biens mal acquis de l’oligarchie algérienne se sont dispersés à travers plusieurs continents. Comptes dissimulés en Suisse et à Hong Kong, sociétés offshore immatriculées aux îles Vierges, au Panama, à Montréal… et même des œuvres d’art acquises à prix d’or. Ce faste ne constitue que la partie émergée d’un gigantesque mécanisme de blanchiment.
Selon Transparency International, la seule période sous Bouteflika (1999–2019) aurait vu disparaître plus de 50 milliards de dollars. Une somme colossale, éparpillée dans plus de 30 pays, selon les estimations de l’ONG.
L’affaire la plus récente dans l’ère Bouteflika est une enquête menée par un centre américain, qui a révélé en 2024 la plus grande fuite de données immobilières d’Algériens à l’étranger jamais connue. L’épicentre de cette fuite est Dubaï, où 644 ressortissants algériens possédaient, il y a un an, 972 propriétés de luxe, comprenant villas et appartements.
L’appétit immobilier des oligarques algériens ne se limitait pas à la capitale française ou à la Côte d’Azur. En Europe, des transactions immobilières ont aussi eu lieu au bord du lac Léman, à la Costa del Sol en Espagne, en Angleterre, en Russie… L’argent détourné a nourri de nombreuses opérations d’envergure.
Le cas de Chakib Khelil illustre à lui seul l’ampleur de la prédation. Les chiffres sont vertigineux : plus de 200 comptes bancaires à l’étranger ont été utilisés par lui et sa famille via des sociétés-écrans. Ces sociétés offshore, enregistrées aux îles Vierges britanniques, à Hong Kong, au Panama, au Nevada, ont toutes été alimentées par des pots-de-vin de firmes étrangères en échange de contrats pétroliers.
Les îles Vierges britanniques, un territoire d’outre-mer du Royaume-Uni, sont l’un des plus importants paradis fiscaux au monde. Elles offrent un secret bancaire et la possibilité de créer des sociétés-écrans où l’identité des véritables bénéficiaires est souvent cachée derrière une longue chaîne de sociétés, avec des prête-noms, généralement des membres de la famille ou des amis proches.
Mahmoud Tadjer
