Que ce soit dans ses ouvrages, ses interviews ou ses prises de parole publiques, Driencourt semble obsédé par la déconstruction de la souveraineté et de la cohésion algériennes.
Dans sa chronique du 16 décembre 2025, l’ancien ambassadeur Xavier Driencourt propose une lecture de la situation en Algérie à la suite d’une déclaration sans aucune portée réelle du MAK à Paris. Loin d’une analyse objective, son propos s’apparente à une ingérence dangereuse et à une instrumentalisation manifeste d’un événement marginal, dans le but avéré de semer la division.
L’idée générale de son article est de présenter la Kabylie et le pouvoir algérien comme deux entités en conflit historique et irréconciliable. Il tente de légitimer l’action du MAK en l’inscrivant dans une longue lutte pour l’ «indépendance », tout en dépeignant la réponse de l’État algérien – qu’il s’agisse de sa position sur le dossier mémoriel ou de sa gestion des affaires intérieures – comme une réaction essentiellement punitive et autoritaire, voire comme une preuve de la « preuve » d’un complot franco-kabyle.
Ce récit manichéen et ethnicisant ignore volontairement la complexité de la société algérienne et l’ancrage constitutionnel de l’unité nationale et de l’identité amazighe comme composante fondamentale du peuple.
Cette tribune n’est malheureusement pas un cas isolé dans les sorties médiatiques de Driencourt. Ancien ambassadeur de France à Alger, il s’est érigé depuis son départ en pourfendeur systématique de l’Algérie, multipliant les interventions et les écrits où il cultive une vision réductrice et pessimiste des institutions et de la société algériennes.
Ses contributions régulières dans certains médias français construisent une narration où l’Algérie est présentée comme un État instable, miné par des fractures ethniques et dirigé par un pouvoir « illégitime».
Cette posture va bien au-delà du droit à la critique ; elle participe d’une campagne de délégitimation constante, alimentant les stéréotypes et les tensions.
En instrumentalisant la déclaration du MAK pour la relier artificiellement à des dossiers bilatéraux complexes (comme le cas d’un journaliste ou la question mémorielle), Driencourt dépasse son rôle d’analyste. Il valide et amplifie des théories du complot qui empoisonnent le dialogue entre les deux pays. Son discours ne cherche pas à expliquer ou à apaiser, mais à diviser : à diviser les Algériens entre eux, et à diviser l’Algérie de la France. Cette approche est irresponsable. Elle nuit à la compréhension mutuelle et sert des intérêts qui ne sont certainement pas ceux des peuples algérien et français, aspirant à des relations sereines et constructives fondées sur le respect et la non-ingérence.
La constance d’une posture biaisée
Cette dernière tribune s’inscrit en effet dans une ligne éditoriale personnelle constante. Que ce soit dans ses ouvrages, ses interviews ou ses prises de parole publiques, Driencourt semble obsédé par la déconstruction de la souveraineté et de la cohésion algériennes.
Il prétend détenir une vérité sur le pays, une vérité qu’il résume souvent à une somme de clivages et de crises. Son approche est d’autant plus dommageable qu’elle se pare des atours d’une expertise issue de son ancienne fonction. Il utilise ce crédit supposé non pour bâtir des ponts, mais pour alimenter un narratif conflictuel qui flatte certains préjugés et sert des agendas politiques étroits, tant en France qu’auprès de franges radicales de la diaspora.
Enfin, son insistance à faire de la France un acteur central, voire un enjeu, de toutes les dynamiques internes algériennes relève d’un complexe néo-colonial inconscient. Elle révèle une incapacité à concevoir l’Algérie comme un partenaire souverain et mature, dont les débats politiques lui appartiennent. Cette vision, qui instrumentalise la douleur historique et les réalités sociales complexes, est l’exact contraire de l’apaisement et du respect mutuel nécessaires à une relation bilatérale d’égal à égal.
Au lieu d’éclairer, ce type de discours jette une ombre malfaisante sur les véritables enjeux et les aspirations des citoyens des deux rives de la Méditerranée.
Assia M.
