Les retraités bénéficient d’un coup de pouce inédit : le gouvernement combine revalorisation des pensions et modernisation numérique de la CNR. Une démarche visant à renforcer pouvoir d’achat et qualité du service public.
Le directeur général de la Caisse nationale des retraites (CNR), Hafid Adrar, est longuement revenu sur la décision phare du Conseil des ministres relative à la revalorisation des pensions.
Contrairement à certaines interprétations, il ne s’agit pas d’une hausse allant de 5 à 10 %, mais bien de deux taux distincts : une augmentation de 10 % pour les pensions dont le montant est égal ou inférieur à 20 000 dinars, et de 5 % pour celles dépassant ce seuil.
Cette revalorisation, fait sur les ondes de la chaine 3 de la Radio algérienne, s’inscrit dans un cadre légal précis. La loi 83-12 relative à la retraite consacre le droit des retraités à une réévaluation périodique de leurs pensions. Trois critères ont guidé la décision : le respect de ce droit légal, les capacités financières du système national de sécurité sociale et la nécessité d’en garantir la pérennité.
À cela s’ajoute le contexte inflationniste, officiellement établi à 1,7 %, un taux largement inférieur aux augmentations décidées, traduisant, selon le DG de la CNR, la volonté des pouvoirs publics d’améliorer le pouvoir d’achat et de préserver la dignité des retraités.
La CNR, rompue à ce type d’opérations, a assuré avoir pris toutes les dispositions nécessaires pour une mise en œuvre sans retard. Les pensions revalorisées seront versées dans les délais habituels. En parallèle, une précision importante a été apportée : les titulaires de pensions d’invalidité, servies par la CNAS et la CASNOS, bénéficieront des mêmes taux de revalorisation, conformément à la loi.
À ces augmentations s’ajoute l’impact direct du relèvement du Salaire national minimum garanti (SNMG), qui passe de 20 000 à 24 000 dinars. Cette mesure touche directement les pensions et allocations les plus faibles. L’allocation de retraite, fixée à 75 % du SNMG, passera ainsi de 15 000 à 18 000 dinars, soit un gain moyen de 3 000 dinars. Les pensions minimales de retraite seront, elles, portées à 24 000 dinars, générant un différentiel de 4 000 dinars. Ces ajustements s’ajoutent à la revalorisation annuelle prévue par la loi pour 2025.
Effets économiques attendus
Sur le plan économique, Hafid Adrar estime que ces mesures auront un effet positif sur la consommation et la relance économique, avec un impact inflationniste jugé limité. Le système de retraite, financé principalement par les cotisations, devrait également bénéficier de la dynamique de création d’emplois et d’entreprises.
Interrogé sur la prise en charge des travailleurs et retraités d’entreprises confisquées dans le cadre des affaires de corruption, le DG de la CNR a rappelé les dispositions du décret exécutif 25-312 du 1er décembre 2025. L’État prend en charge le paiement des contributions forfaitaires ouvrant droit à trois types de prise en charge : la retraite anticipée pour les salariés éligibles, l’orientation vers l’assurance chômage pour les autres, ou une indemnisation directe par l’État.
Concernant les débats récurrents sur le départ à la retraite après 32 ou 34 ans de cotisation sans condition d’âge, Hafid Adrar a tenu à rappeler la nature solidaire du système. La retraite relève de l’assurance vieillesse et repose sur l’équilibre entre actifs et retraités. Aujourd’hui, le ratio est de 2,2 cotisants pour un retraité, loin des standards recommandés. Il a souligné que les cotisations versées sur quarante ans sont consommées en moins de trois ans, alors que la durée moyenne de versement d’une pension atteint 15 à 18 ans.
Enfin, le directeur général a mis en avant les avancées majeures en matière de numérisation. Le Compte individuel du salarié (CIS) permet, deux ans avant l’âge légal, de consulter sa carrière et de déposer des réclamations en ligne. L’application e-Retraite vise le « zéro papier » pour le dépôt et le suivi des dossiers.
Pour les retraités, les plateformes Takaaoud et Fadmaaad offrent des services à distance, allant des réclamations à l’obtention d’attestations reconnues par les autorités, réduisant significativement l’affluence dans les agences de la CNR.
Feuille de route 2026
Dans le cadre du renforcement de la qualité des services aux retraités, le ministre du travail, de l’emploi et de la sécurité sociale, Abdelhak Saihi a ordonné l’adoption d’un modèle numérique moderne et défini la feuille de route 2026 pour les services de la CNR. Lors d’une réunion d’évaluation avec les cadres de la Caisse, il a souligné que l’octroi des droits aux retraités constitue un droit constitutionnel immuable. Il a insisté sur la qualité et l’efficacité des services, la formation continue des employés et la simplification des procédures administratives.
Le ministre a donné des instructions pratiques : élever le niveau de compétence, garantir l’octroi intégral des droits dans les délais légaux, accorder une attention particulière aux catégories vulnérables et accélérer la transition numérique. Le développement de plateformes numériques intégrées permettra le dépôt des demandes de retraite à distance dès 2026, conformément aux directives du Président de la République pour un gouvernement numérique intégré.
Saihi a insisté sur le suivi efficace des préoccupations des citoyens et la réponse rapide à leurs demandes, soulignant que la numérisation représente la voie stratégique pour offrir des services modernes, efficaces et transparents, garantissant le confort des retraités et la protection de leurs droits dans le cadre de la justice sociale.
A.M.
