En refusant de dépasser le «ligne Macron», le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, indique que l’Espagne ne veut pas soutenir un plan d’autonomie sans compromettre ses équilibres vitaux.
En dépit de l’apologie d’un «partenariat stratégique érigé en modèle de coopération», selon la presse du Makhze, les relations maroco-espagnoles sont loin d’être au beau fixe. Preuve en est, la treizième Réunion de Haut Niveau entre le Maroc et l’Espagne, tenue les 3 et 4 décembre, s’est déroulée dans une atmosphère de suspicion. Aucune avancée notable enregistrée. Bien au contraire, il a permis de mettre en lumière les limites du rapprochement hispano-marocain. Rabat s’attendait à un geste fort, tandis que Madrid a opté pour une position minimale. La retenue espagnole n’est pas un signe de faiblesse, mais une stratégie de survie diplomatique et politique, visant à préserver les relations avec l’Algérie, à maintenir la coalition gouvernementale et à éviter une crise aux îles Canaries. En refusant de dépasser le «ligne Macron», Sánchez indique que l’Espagne ne peut pas soutenir un plan d’autonomie sans compromettre ses équilibres vitaux.
La désillusion du Makhzen
Alors qu’elle espérait obtenir un soutien politique explicite pour ses ambitions au Sahara occidental, Rabat a eu pour son compte. Madrid ayant une mise en scène minimale. Point de conférence de presse conjointe. Une communication réduite à l’essentiel. Une communication reflétant une prudence calculée. Si le document final souligne, dans son huitième article, le renouvellement par le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, de son engagement envers la position exprimée le 7 avril 2022, qui considère la proposition marocaine d’autonomie comme « la proposition la plus crédible et réaliste » pour résoudre le conflit du Sahara, il n’en demeure que Madrid s’est félicité de l’adoption de la Résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, l e 31 octobre dernier.
Cette retenue met en évidence les équilibres fragiles auxquels Pedro Sánchez doit se conformer. Elle souligne également les tensions internes au sein de son gouvernement, les contraintes diplomatiques régionales et les limites du rapprochement avec Rabat que Madrid refuse de pousser au point de s’aligner sur la position française.
Un signal fort de Yolanda Díaz
Le premier signal fort est venu même de l’exécutif espagnol. En effet, Yolanda Diaz, deuxième vice‑présidente et cheffe de SUMAR, a boycotté la rencontre, tout en publiant un message de désapprobation. Elle a affirmé, dans eun vidéo qu’elle mit en ligne, que l’Espagne ne pouvait céder «un seul centimètre» du territoire sahraoui. « “Aujourd’hui se tient une réunion de haut niveau dans notre pays avec le Maroc, et nous le disons clairement : nous ne céderons pas un centimètre de la terre du Sahara… aujourd’hui et toujours, vive le Sahara libre», a-t-elle soutenu.
Le chantage marocain
Le Maroc abordait ce sommet avec un objectif clair : tirer parti d’un contexte international favorable. La résolution du Conseil de sécurité adoptée en octobre a été interprétée à Rabat comme un soutien implicite. La presse marocaine s’attendait à ce que l’Espagne s’aligne sur la position française, qui reconnaît explicitement la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Selon le journal “El Independiente”, Rabat aurait même tenté d’obtenir de Sánchez une reconnaissance politique en échange de concessions sur des dossiers sensibles, notamment les îles Canaries. En somme, un échange de la souveraineté espagnole des îles Canaries contre la marocaine du Sahara. Mais Madrid s’est abstenu à l’essentiel. La stratégie élaborée par Rabat pour amener Pedro Sánchez à s’aligner sur la position de Macron et à reconnaître la souveraineté marocaine du Sahara occidental en échange d’une « sécurité renforcée » sur les îles Canaries et une reconnaissance de son espagnolité, a échoué. Un chantage diplomatique explicite : «Une Espagne qui se comporte bien est un Maroc qui se comporte bien», souligne, dans un entretien à «EL MUNDO», le ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour.
Ainsi, en dépit des pressions, Pedro Sánchez n’a pas franchi le Rubicon en s’alignant sur la thèse défendue par Macron. Et pour cause, les répercussions sur la relation entre Alger et Madrid seraient lourdes. D’autant que la presse espagnole a avancé une prochaine rencontre à Madrid entre Perdo Sanchez et le président de la République Abdeelmadjid Tebboune, même si, pour l’heure, Alger préfère garder le silence.
Un silence aux multiple interprétations. En laissant planer le doute sur une éventuelle réponse positive du chef de l’Etat à l’invitation de Pedro Sanchez, Alger attend de vois si les conditions d’une véritable relance des relations sont réunies. Wait and see.
Badis B.
