Tout comme la communauté internationale qui a criminalisé, par le passé, l’esclavage et les pratiques assimilées, ainsi que la ségrégation raciale, il est temps aujourd’hui de criminaliser le colonialisme lui-même, au lieu de criminaliser certaines de ses pratiques et de ses séquelles.
C’est à un véritable réquisitoire contre le colonialisme que s’est livré le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, à l’occasion de la tenue, au Centre international des conférences Abdelatif-Rahal.Alger, de la «Conférence internationale sur les crimes du colonialisme en Afrique». Un événement organisé à l’initiative du président de la République Abdelmadjid Tebboune et approuvée par l’Union africaine lors de l’Assemblée de février dernier.
Dans on son allocution d’ouverture, Ahmed Attaf a affirmé que le continent africain « est en plein droit d’exiger la reconnaissance officielle et explicite des crimes commis contre ses peuples durant la période coloniale».
Effacer les séquelles du colonialisme
Une première étape indispensable, a-t-il expliqué, «pour préparer la voie au traitement des séquelles de cette époque dont les pays et peuples africains continuent de payer le lourd tribut en termes d’exclusion, de marginalisation et de sous-développement subis». Et d’insister pour réclamer « la criminalisation juridique internationale, sans équivoque, ni ambiguïté, du colonialisme», tant ce dernier « comme l’a qualifié le militant, le penseur et l’écrivain algérien Frantz Fanon, n’est pas une machine à penser, ou un corps doué de raison, il est surtout une violence à l’état naturel».
Il a expliqué que le continent a payé un lourd tribut d’exclusion, de marginalisation et de retard, résultat de longues décennies d’occupation européenne aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, notamment après la conférence de Berlin de 1884 qui a divisé la majeure partie des terres africaines entre les puissances coloniales.
Génocide, esclavagisme et racisme
Poursuivant, le chef de la diplomatie a souligné que « tout comme la communauté internationale qui a criminalisé, par le passé, l’esclavage et les pratiques assimilées, ainsi que la ségrégation raciale, il est temps aujourd’hui de criminaliser le colonialisme lui-même, au lieu de criminaliser certaines de ses pratiques et de ses séquelles». A cet égard, Ahmed Attaf a rappelé que la mémoire africaine conserve encore les images de l’esclavage et de la déportation transatlantique, de la discrimination raciale et des crimes de génocide perpétrés par les puissances coloniales dans de nombreux pays, dont le Congo, la Namibie, l’Algérie et l’Afrique du Sud. Dans contexte, le ministre d’Etat a défendu le « droit légitime de réclamer une indemnisation juste et la restitution des biens spoliés», conformément aux lois et aux coutumes internationales.
Le colonialisme français au banc des accusés
Dans son allocution, le ministre d’Etat a affirmé que «forte de sa douloureuse expérience avec le colonialisme français, l’Algérie adhère pleinement aux objectifs essentiels que l’Union africaine a fixés dans le cadre de cette initiative visant à établir une justice historique». Évoquant la colonisation française de l’Algérie entre 1830 et 1962, Ahmed Attaf a déclaré que «notre continent conserve l’exemple de l’épreuve amère de l’Algérie comme un modèle rare, presque sans équivalent dans l’histoire, dans sa nature, sa logique et ses pratiques». Dans cet ordre d’idées, il a souligné que le colonialisme français «n’était pas un colonialisme d’exploitation au sens classique du terme, mais bel et bien un colonialisme de peuplement, au sens le plus complet du mot», affirmant que la France a commis toutes sortes de crimes de génocide contre les Algériens, de la confiscation des terres et des biens au pillage et au vol.
La dernière colonie
En dernier lieu, le ministre des Affaires étrangères a estimé qu’«il ne faut pas perdre de vue la nécessité de parachever l’élimination du colonialisme lui-même, de manière définitive, en soutenant la dernière colonie en Afrique, le Sahara occidental, par la solidarité et l’appui, alors qu’ils s’attachent à faire valoir leur droit légitime et légal à l’autodétermination, tel que confirmé – et continuellement réaffirmé – par la légalité internationale et la doctrine onusienne en matière de décolonisation».
Ahmed Attaf a également évoqué la question palestinienne, en mettant en exergue «la constance de l’Afrique sur la voie tracée par son leader défunt Nelson Mandela, selon lequel «notre liberté en tant qu’Africains demeure incomplète tant que la Palestine n’est pas libre».
Unifier le récit africain
La conférence devrait se conclure par l’adoption de « la Déclaration d’Alger », visant à unifier le récit africain concernant les séquelles du colonialisme, ainsi que les revendications liées à la reconnaissance, aux réparations et à la criminalisation au niveau des instances internationales.
Synthèse Badis B.
