À quelques jours de la présentation du statut particulier des travailleurs de l’éducation d sa nouvelle mouture, par la commission ministérielle prévue le 4 décembre, le climat social au sein du secteur demeure tendu. Entre attentes des syndicats autonomes, réserves du Cnapeste et rappel à la loi du ministère, la réforme d’un texte stratégique suscite des débats.
Les syndicats de l’éducation demandent au ministère de programmer une rencontre élargie regroupant la commission et les partenaires sociaux agréés. Objectif : présenter la version finale du statut particulier révisé avant sa publication au Journal officiel. Selon Kouider Yahiaoui, le Secrétaire national chargé de l’organisation du Syndicat national des travailleurs de l’éducation, cette réunion doit impérativement avoir lieu après le 4 décembre afin d’éviter «protestations et grèves inutiles». Il insiste, dans des déclarations à la presse, sur la nécessité de disposer d’un texte finalisé.
Le responsable syndical rappelle que la révision du statut particulier «suit la même démarche depuis 2008» : recueil des propositions syndicales, rédaction d’une première version, examen par le secrétariat général du gouvernement et traitement au sein de la commission tripartite — composée du ministère de l’Éducation, de la Fonction publique et du ministère des Finances — avant publication du texte définitif. Yahiaoui a indiqué que le projet présenté début décembre ne sera probablement pas la version finale qui sera publiée au Journal officiel. Il pointe les difficultés liées à la multiplicité des corps — plus de 800 000 employés — et aux divergences d’intérêts entre catégories, causes récurrentes de tensions lors de chaque révision statutaire. Le SNTE appelle donc à un calendrier clair, au respect des engagements antérieurs et à l’abandon de toute logique de réunion «protocolaire». L’enjeu, selon lui, est la stabilité de l’année scolaire et la qualité de l’école publique, en accord avec les orientations du président Abdelmadjid Tebboune concernant la revalorisation du personnel éducatif.
Un projet «insatisfaisant» pour le Cnapeste
De son côté, le Cnapeste a estimé que le projet de statut particulier présenté «ne règle pas les véritables problèmes de l’enseignant » et ne reflète pas les engagements présidentiels en faveur de la revalorisation du métier. Le Cnapeste avait annoncé une grève nationale le 26 novembre. Dans un communiqué, le syndicat affirme que tous les enseignants sont concernés par la grève, car les revendications touchent « les trois cycles sans exception ». Parmi les principales demandes, la révision du régime indemnitaire, un statut particulier des enseignants, la promotion sans conditions pour tous, le rétablissement des grades pédagogiques «principal» et «formateur», une meilleure reconnaissance des diplômes, des effets financiers rétroactifs à partir de janvier 2024, l’allégement des missions.
Par ailleurs, le ministère de l’Éducation considère la grève du 26 novembre comme illégale. Selon lui, l’organisation syndicale ne remplit pas les critères légaux de représentativité et n’a pas respecté les procédures prévues par la loi 23-02 (droit syndical) et la loi 23-08 (droit de grève). L’administration rappelle cependant qu’elle garantit toutes les facilités aux syndicats agréés : tenue d’assemblées générales, installation de sections locales, rencontres périodiques et dialogue social continu. Le ministère affirme avoir rencontré les partenaires sociaux, citant notamment une réunion tenue le 23 septembre 2025 avec le Cnapeste.
Celle-ci avait été interrompue, les représentants du syndicat déclarant ne disposer d’aucun mandat légal de représentation selon le ministère. La note conclut que le préavis de grève est «juridiquement nul », tout en réitérant la volonté de poursuivre le dialogue dans un cadre strictement légal. Pour rappel, Le ministère a adressé une invitation à l’ensemble des syndicats pour la présentation de l’avant-projet du statut particulier, le 4 décembre 2025. Selon lui, le comité chargé de coordonner les propositions syndicales a tenu toutes ses réunions à temps. Il souligne néanmoins que seules trois organisations ont répondu au guide méthodologique envoyé le 5 mai 2025, destiné à harmoniser les contributions.
Ce faible taux de participation aurait contraint l’administration à adopter une méthode «plus académique», fondée sur des analyses statistiques pour produire un avant-projet cohérent. Pour le ministère, la réunion du 4 décembre constituera une phase décisive dans la finalisation du futur statut.
Islam K.
