Après des périodes tumultueuses, la ligne de front entre Alger et Paris semble se stabiliser et revenir peu à peu à la normale.
Aussi, les relations entre les deux pays ne laissent décidément pas indifférente les hautes autorités françaises à commencer par le président Macron, le Premier ministre et enfin les deux ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères qui montent à chaque fois au créneau pour délivrer des messages de bienveillance.
Avant-hier, lors du sommet du G20 à Johannesburg, en Afrique du Sud, le président français Macron a envoyé de nouveaux signaux à l’adresse de l’Algérie, traduisant une volonté française de «poursuivre le rapprochement» et de «préparer un climat favorable au dialogue», après une série de mesures prises dans le sens de l’apaisement. Lors d’une conférence de presse, Macron a exprimé le souhait de son pays d’établir une relation «apaisée et stable» avec l’Algérie, soulignant que «beaucoup de choses» restent encore à régler entre les deux pays, notamment dans les dossiers de la sécurité et de l’immigration. Macron estime que ce besoin découle d’une «situation insatisfaisante» des relations bilatérales dans plusieurs questions essentielles, affirmant sa volonté de «construire une relation d’avenir», fondée sur le dialogue et le «dépassement des différends». Selon Macron, «beaucoup de gens veulent faire de l’Algérie une question de politique domestique française. Et en Algérie, beaucoup de gens veulent faire de la relation à la France une question de politique domestique algérienne. Si on laisse ces gens-là, de chaque côté, faire l’agenda, il n’y a aucune chance qu’on avance», a affirmé le président français. «Moi, je note que ces dernières années, on a su faire des avancées très concrètes.
J’ai toujours eu la même méthode, le respect et l’exigence. Le respect parce que quand on veut avancer avec quelqu’un, on a rarement des résultats en l’insultant. En tout cas, c’est plutôt mon expérience. Et l’exigence, c’est que la situation n’est pas satisfaisante. Donc, on veut des résultats», a-t-il encore poursuivi. «Il y a donc un processus que j’ai décidé en réunissant les ministres et les services concernés il y a plusieurs semaines, c’est celui qu’on applique. Il a conduit à des réengagements de discussions et c’est comme ça qu’on re-prépare, qu’on re-déclenche les choses. Je constate qu’on a déjà eu des premiers résultats, et la libération de Boualem Sansal est un premier résultat dont il faut se féliciter. Maintenant, il faut avoir beaucoup de constance et je le dis, d’humilité et de respect. Et pour moi, c’est un sujet qu’on doit régler», a conclu le président français. À ce propos, il a averti que «si l’on laisse ces personnes faire, nous n’aurons aucune réelle chance d’avancer sur ce sujet».
Des rencontres techniques conjointes
Macron a révélé la tenue prochaine de «rencontres techniques conjointes» réunissant des responsables et des ministres des deux pays. Une rencontre au G20 d’Emmanuel Macron avec Abdelmadjid Tebboune, un temps envisagée après la grâce, ne s’est toutefois pas concrétisée, le président algérien ne s’étant finalement pas rendu à Johannesburg. «Une rencontre se fera au moment où on l’aura préparée pour avoir des résultats», a répondu le président français. Macron avait déjà exprimé sa volonté d’engager une nouvelle phase avec l’Algérie, après une série «de signaux positifs» échangés entre les deux pays, selon des déclarations officielles. Cela coïncidait avec la grâce présidentielle accordée à l’écrivain Boualem Sansal, une mesure que Macron a qualifiée d’étape vers un réchauffement des relations. Ces déclarations interviennent au moment où une délégation diplomatique française de haut niveau, conduite par la SG du ministère des Affaires étrangères, était en visite de travail en Algérie pour rencontrer son homologue algérien.
Pas de photos, pas de prises de parole en public, pas de communiqué commun : la visite de travail, jeudi 20 novembre à Alger, de la SG du Quai d’Orsay et de sa délégation aura été des plus discrètes. Et cette volonté de garder le silence sur les échanges semble avoir été respectée côté algérien, où l’on ne tient pas à apparaître comme des accélérateurs de la reprise du dialogue. Les deux équipes de diplomates et de hauts fonctionnaires de chaque côté de la table ont pu se parler. Il est également question de préparer une visite du ministre français de l’Intérieur, considérée comme l’une des mesures officielles reflétant la reprise du dialogue et la réouverture des canaux de communication entre les deux pays, après une rupture qui a duré des mois à la suite d’une crise aiguë et «sans précédent» qui a dépassé une année.
Enfin, dernier signe de réchauffement. Il va y avoir ces jours-ci la délivrance de trois accréditations à caractère d’urgence qui concernent trois consuls généraux et les autorités algériennes devraient agir par réciprocité.
Mahmoud Tadjer
