L’approche algérienne insiste sur la révision des mécanismes de gestion de la dette, sa transformation en investissements productifs et la réforme des règles des institutions financières internationales, telles que le FMI, la Banque mondiale ou les banques régionales, pour mieux refléter les réalités africaines.
Pour la première fois sur le sol africain, le G20 s’ouvre à Johannesburg, offrant au continent une tribune historique. Dans un monde en pleine mutation, marqué par les tensions géopolitiques et les inégalités économiques, l’Afrique saisit l’opportunité de peser sur les grandes orientations mondiales et de faire valoir ses besoins spécifiques en matière de développement, de technologie et d’infrastructures.
L’expert en développement Abderrahmane Hadef, a rappelé, hier, lors de son passage sur les ondes de la chaine 3 de la Radio algérienne, que le Président de la République avait souligné, dans son discours devant le sommet, que «les pays du Sud avaient aujourd’hui besoin d’une coopération accrue des grandes puissances industrielles», afin de mettre en place de nouveaux mécanismes pour le financement du développement et la circulation des investissements, ainsi que pour garantir le droit au transfert et à l’utilisation de la technologie dans les programmes de transformation économique et industrielle, le développement des infrastructures techniques et énergétiques, la sécurité alimentaire, ainsi que dans les projets et infrastructures à vocation scientifique, intellectuelle, sociale et de recherche.
Pour Hadef, l’Algérie plaide en permanence pour la formation et le renforcement des compétences techniques et intellectuelles, afin de bâtir une élite nationale capable de conduire le mouvement de transformation économique et technologique. La dette extérieure, qui a atteint 1 400 milliards de dollars pour le continent, constitue un frein majeur au développement et limite la marge de manœuvre des pays africains dans l’élaboration de politiques efficaces. L’approche algérienne insiste sur la révision des mécanismes de gestion de la dette, sa transformation en investissements productifs et la réforme des règles des institutions financières internationales, telles que le FMI, la Banque mondiale ou les banques régionales, pour mieux refléter les réalités africaines. Hadef a également souligné la nécessité de revoir les critères de notation et de classement internationaux afin de prendre en compte les disparités de développement entre pays du Nord et pays du Sud.
L’expert a mis en avant la portée symbolique du sommet : «Il illustre la reconnaissance croissante de la position géo-stratégique de l’Afrique et constitue une occasion unique pour les pays du Sud de réclamer une refonte du système économique mondial sur des bases plus justes et respectueuses. Des pays comme l’Algérie, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigéria mènent ce mouvement pour défendre les priorités africaines et leur place légitime dans ce forum international».
Le G20, miroir des tensions
Hadf a rappelé que le G20, né à la fin des années 1990 après la guerre froide, est devenu un événement annuel majeur depuis 2020, notamment après la pandémie de Covid-19, les tensions géopolitiques liées à la guerre Russie-Ukraine et les développements au Moyen-Orient à la suite de l’agression contre Gaza. «Le sommet de Johannesburg a offert une nouvelle opportunité aux pays du Sud de réclamer une révision du système international hérité de la Seconde Guerre mondiale, dominé par les puissances occidentales avancées. Il s’agit d’introduire davantage de réformes pour protéger les intérêts africains et instaurer plus de démocratie dans les décisions internationales, notamment sur le droit à la santé, à l’alimentation, à la technologie, au financement et sur la réduction de la dette», a-t-il expliqué.
L’expert a enfin insisté sur l’importance de considérer les besoins spécifiques de l’Afrique face aux risques environnementaux, aux catastrophes naturelles et à la pauvreté. Selon lui, cette dynamique reflète le contraste croissant entre les priorités des pays occidentaux avancés et celles des pays du Sud à revenu moyen et faible, soulignant l’urgence de réformer un ordre mondial qui peine encore à prendre en compte les réalités africaines et la légitime aspiration du continent à un développement juste et durable.
Hadf a conclu en rappelant que l’Afrique doit désormais s’affirmer comme un acteur incontournable de la gouvernance mondiale, capable de proposer ses propres solutions innovantes aux défis globaux et de renforcer sa coopération intra-continentale pour consolider son poids politique et économique.
Synthèse A.M.
