À Paris, ouverture, disponibilité, envie visible de relancer le dialogue, à Alger, calme, prudence, maîtrise du tempo. Ce contraste reflète un rapport de force nouveau.
Attendue, et espérée par une bonne partie de la France,la rencontre entre le président de la République Abdelmadjid Tebboune, et son homologue Emmanuel Macron, n’aura, finalement, pas lieu lors du Sommet du G20 prévu à Johannesburg en Afrique du Sud. En effet, le Président Tebboune ne fera pas le voyage à Johannesburg. Il a délégué le Premier ministre Sifi Ghrieb pour le représenter. « Représentant le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, est arrivé aujourd’hui, jeudi 20 novembre, à l’aéroport international Oliver Reginald Tambo de la ville de Johannesburg en République d’Afrique du Sud, afin de participer aux travaux du Sommet du G20 prévu du 22 au 23 de ce mois », indiquent les services du Premier ministère dans un communiqué. Une annonce ayant glacé les espoirs en France. Ainsi, l’annonce de l’arrivée de Sifi Ghrieb à Johannesburg met fin aux spéculations faisant état d’un tête-à-tête entre Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron. Une rencontre espérée par Emmanuel Macron pour relancer le dialogue entre Alger et Paris, en disgrâce depuis une année. Emmanuel Macron s’est en effet dit mardi dernier « disponible » pour un « échange » avec son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune en marge du sommet en Afrique du Sud. Depuis plusieurs semaines, Emmanuel Macron se dit prêt et disponible à relancer un dialogue exigeant mais utile, notamment sur les dossiers migratoires, sécuritaires et économiques. Cette fois encore, le rendez-vous n’aura pas lieu. La rencontre entre les deux dirigeants devra attendre. A l’instar de la visite du Président Tebboune en France. Une visite maintes fois annoncée, mais sans cesse repoussée depuis mai 2023. Ainsi, le dégel n’est pas pour l’heure en cette période de froid.
La maîtrise de l’agenda diplomatique
En dépêchant son Premier ministre à Johannesburg, le Président Tebboune lance un message clair et sans ambiguïté et signale qu’aucune rencontre bilatérale de haut niveau avec Paris n’est à l’ordre du jour, mais aussi que l’Algérie entend conserver la maîtrise totale du tempo diplomatique. Une manière de rappeler que l’Algérie est souveraine dans ses décisions et prises de position. D’autant que c’est la France qui sollicite et non l’inverse. En annonçant depuis Berlin sa disponibilité de «dialoguer» avec le Président Tebboune, Emmanuel Macron savait exactement ce qu’il faisait. Sa déclaration est une main tendue mais aussi un aveu d’échec. Cette rencontre devait avoir lieu pas pour faire plaisir à l’Algérie mais pour préserver certains intérêts vitaux de la France. Et le choix du lieu de la «main tendue» est loin d’être anodin. Berlin voit Alger comme un partenaire fiable. Stable et pivot pour l’avenir du continent africain et pour la transition énergétique européenne.
Dans cette dynamique, la déclaration de Macron s’inscrit dans une tentative claire de rattrapage. Alger a compris. De ce fait, cette rencontre «avortée ou refusée» est un véritable désaveux politique et diplomatique pour Paris. On ne dicte pas à l’Algérie sa conduite. À Paris, ouverture, disponibilité, envie visible de relancer le dialogue, à Alger, calme, prudence, maîtrise du tempo. Ce contraste reflète, ainsi, un rapport de force nouveau. Et Macron, qui s’était dit prêt à dialoguer « si les conditions sont réunies », devra patienter. En se faisant représenter par le Premier ministre, le Président Tebboune envoie un message clair. Alger respectera ses engagements mais pas aux dépends de ses principes.
Constance et consistance
Depuis 2022, l’Algérie a su mettre en place une stratégie extérieure cohérente. Partenariat avec l’Afrique australe, rapprochement avec l’Asie, renforcement du rôle au sein de l’Union africaine, consolidation de la coopération avec l’Italie, la Chine, l’Allemagne, la Turquie, grâce à une diplomatie fondée sur le respect mutuel. Un concept auquel la France n’a pas su s’adapter. Or l’un des enjeux du G20 est de clarifier la position de Paris vis-à-vis de la question du Sahara occidental. Paris osera-t-il revenir à une approche plus équilibrée sur la question saharienne ? Macron sait
que sans un geste dans ce sens, la confiance ne pourra pas être rétablie. Sur ce point, Alger sait que son silence stratégique est plus puissant que le silence des cathédrales.
Badis B.
