À l’occasion du 7ᵉ sommet UA–UE, le Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) publie un message ferme : sans inclusion réelle de la société civile, sans reconnaissance des injustices historiques et sans recentrer le développement sur les personnes, le partenariat entre l’Afrique et l’Europe restera déséquilibré.
Par S. Méhalla
À Luanda, alors que s’ouvre le 7ᵉ sommet Union Africaine–Union Européenne, le SCEAM rappelle avec force le rôle essentiel d’une Église profondément enracinée dans le quotidien des Africains. Fidèle à sa mission pastorale et sociale, elle se fait la voix des joies, des espoirs mais aussi des souffrances des populations, en particulier les plus vulnérables. Le communiqué inscrit ce sommet dans une année charnière : 2025, proclamée par l’UA «Année de la justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine», prélude à la Décennie des réparations. À cette dimension historique s’ajoute le contexte de l’Année jubilaire catholique et des engagements climatiques réaffirmés à la COP30, autant de signaux rappelant la nécessité d’un renouveau moral et politique.
Le SCEAM critique sévèrement l’exclusion de nombreuses organisations de la société civile — associations confessionnelles, réseaux humanitaires, collectifs de femmes, groupes de jeunes ou organisations autochtones — pourtant au plus près des réalités des communautés. Le communiqué pose une question simple et dérangeante : comment un sommet censé dessiner l’avenir du continent peut-il écarter ceux qui, chaque jour, en soutiennent les habitants ? Cette mise à distance, perçue comme un déficit démocratique, a conduit à l’organisation d’un Sommet parallèle des peuples, non comme défiance mais comme nécessité face à un processus jugé opaque, technocratique et déséquilibré.
La déclaration insiste ensuite sur un enjeu central : la justice réparatrice. Le SCEAM appelle l’UA et surtout l’UE à faire preuve d’honnêteté historique concernant l’esclavage, la traite transatlantique, la colonisation, le néocolonialisme et l’extraction des ressources africaines. L’Église déplore l’absence d’engagement clair de la part des Européens en matière de réparations, alors que les conséquences de cette histoire — traumatisme transgénérationnel, systèmes commerciaux inéquitables, dépendance économique — façonnent encore le présent. Le rappel est frontal : sans réparation, pas de véritable partenariat.
Dans le domaine du développement, le SCEAM défend un modèle centré sur la personne humaine, en opposition aux logiques extractivistes. Il met en garde contre les initiatives UA–UE qui, sous couvert de coopération, perpétuent des asymétries de pouvoir ou des projets profitant davantage à la géopolitique qu’aux communautés locales. Le développement doit restaurer la dignité, redistribuer les bénéfices et transformer les structures, non reproduire les déséquilibres.
Sur le plan économique et écologique, le communiqué lie justice de la dette et justice climatique : le poids de la dette africaine, jugé structurellement injuste, exige une réforme ambitieuse. Après la COP30, l’Église souligne que justice sociale et justice écologique sont indissociables : les forêts, eaux, ressources minérales et zones de biodiversité du continent ne doivent plus être sacrifiées aux intérêts extérieurs. La souveraineté africaine, rappelle-t-elle, appartient aux peuples autant qu’aux gouvernements.
En conclusion, le SCEAM appelle à un partenariat UA–UE renouvelé, fondé sur l’écoute, la transparence et l’inclusion de tous les acteurs. Seul un dialogue ancré dans la justice, la mémoire et la dignité permettra de guérir les blessures historiques et de bâtir une coopération durable. L’Église affirme sa disponibilité pour accompagner ce chemin commun, entre Afrique et Europe, vers un avenir plus juste et pacifié.
S.M.
