« J’ai des origines pieds-noirs et je crois être apprécié en Algérie, pays avec lequel j’ai toujours beaucoup travaillé, que ce soit à la tête de la DGSI ou comme coordinateur du renseignement. Ma nomination y a été plutôt bien reçue », a-t-il déclaré Nuñez.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, né en Algérie de parents pieds-noirs espagnols, compte sur cette affiliation et cette proximité qui le lient au pays pour rapprocher la France et l’Algérie, en crise depuis plus d’une année. Sa nomination à ce poste par le président Macron ne se limite pas à ce seul détail. Issu des services de renseignements, Nuñez aurait ainsi noué des contacts mais surtout des liens professionnels très forts avec ses homologues algériens, d’où ses propos dans un entretien accordé à La Tribune, publié le 16 novembre : « J’ai des origines pieds-noirs et je crois être apprécié en Algérie, pays avec lequel j’ai toujours beaucoup travaillé, que ce soit à la tête de la DGSI ou comme coordinateur du renseignement. Ma nomination y a été plutôt bien reçue », a-t-il déclaré.
Laurent Nuñez vante l’efficacité de sa méthode de la « main tendue » envers Alger. « La main a été tendue et elle a été saisie », a-t-il ajouté. Le ministre français a rappelé que la coopération sécuritaire entre les services relevant de Beauvau – à savoir la DGSI, la direction générale de la Police nationale et la direction générale de la Gendarmerie nationale – est à l’arrêt. « Il n’y a aucun échange opérationnel. C’est un problème », a-t-il alerté. Pour sa visite en Algérie, il fixe pour la première fois une échéance : décembre prochain, sans fournir de date précise. « Je dois en discuter avec mon homologue, qui m’a transmis une invitation à laquelle j’ai répondu favorablement », a-t-il expliqué, tout en exprimant le souhait que le journaliste français Christophe Gleizes, dont le procès en appel est fixé au 3 décembre, « soit lui aussi libéré. La probabilité que je me rende en Algérie est très forte. On va réengager les canaux sécuritaires. À un moment, il faut que les deux ministres se parlent, qu’on engage des discussions plus stratégiques et qu’on définisse les thématiques sur lesquelles on veut réenclencher. Nous n’avons plus de contacts sécuritaires avec l’Algérie […] Ce dialogue est important pour la sécurité de nos concitoyens », a déclaré le successeur de Bruno Retailleau sur BFMTV, rappelant qu’il a reçu une invitation de son homologue algérien.
Un geste d’apaisement
Nuñez est également revenu sur la libération de Boualem Sansal, qui a bénéficié, le 12 novembre, d’une grâce présidentielle de la part du Président Tebboune, qu’il a qualifiée de « geste d’humanité et d’apaisement », soulignant que « ce qui a permis de renouer avec l’Algérie, c’est d’abord notre volonté affichée au sein du gouvernement de rediscuter ». « C’est cette posture que j’ai adoptée dès mon arrivée au ministère. En faisant cela, je me suis exposé, j’en ai conscience », a-t-il ajouté, dans un pays où « 65 % des Français sont favorables à la dénonciation de l’accord de 1968 », que Paris souhaite désormais renégocier.
Les signes d’un début de dégel se multiplient. Après la main tendue, la veille, par le président Macron à son homologue algérien Tebboune, Laurent Nuñez a affiché sa disponibilité à se rendre en Algérie pour relancer la coopération sécuritaire, quasiment à l’arrêt depuis plusieurs mois. Cette reprise implique notamment le retour à Alger des 12 agents français liés au ministère de l’Intérieur, expulsés par l’Algérie en avril dernier en représailles à l’arrestation d’un agent consulaire algérien à Paris. Parallèlement, des hauts fonctionnaires devraient se rendre en Algérie, avec une visite de la SG du Quai d’Orsay prévue autour du 20 novembre, selon les mêmes sources diplomatiques. L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, rappelé à Paris au printemps dernier, espère regagner prochainement son poste si le président Macron le décide.
« Nous souhaitons retrouver le chemin d’un dialogue constructif, calme et exigeant », indique l’Élysée. De son côté, l’historien Benjamin Stora, interrogé sur les espoirs d’un « réalignement des planètes » avancé par l’ambassadeur de France, a confirmé : « Cela a été très profond. L’installation d’une colonie de peuplement et la guerre d’indépendance algérienne ont été terribles. N’oublions pas que, et les Français l’ignorent souvent, deux millions de paysans algériens ont été déplacés par l’armée française à l’intérieur du pays et 3 000 villages détruits… On pourrait multiplier les exemples, car la conquête et la colonisation ont duré un demi-siècle avec de nombreux massacres, et cela reste gravé dans les mémoires algériennes. On ne peut effacer cette histoire instantanément. Dans toutes les familles, en France ou en Algérie, cette mémoire est très forte. » Selon lui, « la relation algéro-française ne peut pas être comme les autres.
C’est une relation difficile, qu’il faut aborder par un chantier mémoriel colossal, interrompu et qu’il faudra reprendre ». Mais, prévient-il, « cela ne se fera pas instantanément. Il faut une patience d’orfèvre. J’ai travaillé longtemps sur l’Algérie contemporaine, et malgré les vicissitudes, il ne faut pas perdre le fil ni la patience ».
Mahmoud Tadjer
