Plusieurs dossiers restent à examiner entre les deux pays pour parvenir à une normalisation durable des relations historiquement tendues, traversant une crise sans précédent depuis des décennies.
La libération de Boualem Sansal a été perçue en France comme un geste fort marquant un début d’apaisement diplomatique entre Paris et Alger. Cependant, tout reste à faire pour normaliser durablement une relation historiquement tumultueuse, fragilisée par une crise inédite depuis l’indépendance de l’Algérie.
À l’annonce de la libération de l’écrivain, Emmanuel Macron s’est dit « disponible pour échanger » avec le président Tebboune « sur l’ensemble des sujets d’intérêt commun ». « Nous entrons dans une nouvelle phase, il y a un réalignement des planètes », estime l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet. Rappelé à Paris au printemps, le diplomate espère regagner prochainement son poste si le président Macron le décide.
« Nous souhaitons retrouver le chemin d’un dialogue constructif, calme», indique l’Élysée, mais « exigeant ». Parallèlement, des hauts fonctionnaires français devraient se rendre en Algérie, notamment avec une visite de la secrétaire générale du Quai d’Orsay prévue autour du 20 novembre, selon des sources diplomatiques. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, partisan de l’apaisement avec Alger contrairement à son prédécesseur Bruno Retailleau, devrait également effectuer un déplacement. « Le ministre de l’Intérieur algérien m’a invité à me rendre en Algérie, donc la probabilité que je m’y rende est très forte », a-t-il déclaré jeudi sur BFM/RMC. La visite est en préparation, mais aucune date n’est encore arrêtée, bien que l’on évoque la fin novembre ou début décembre.
Selon Stéphane Romatet, « nous entrons dans une nouvelle phase qui a déjà commencé il y a plusieurs semaines ». « Le G20 est une opportunité », souligne un autre diplomate. Macron est « libéré de la pression politique intérieure sur ce dossier », mais « il va falloir donner beaucoup plus qu’une simple déclaration », prévient Romatet. La crise entre Paris et Alger avait atteint un niveau tel qu’il a fallu l’intervention d’un pays tiers de confiance pour obtenir la libération de Sansal.
Étapes pour normaliser les relations
Plusieurs étapes sont envisagées pour normaliser les relations, à commencer par un appel, voire une rencontre, entre les deux présidents, qui seront présents au sommet du G20 les 22 et 23 novembre à Johannesburg. On s’attend à ce que la libération de Boualem Sansal donne un nouvel élan aux relations tendues entre les deux pays depuis la fin juillet 2024, lorsque le président français avait exprimé son soutien au projet d’autonomie marocain pour le Sahara occidental.
La priorité urgente consiste à reprendre la coopération dans les domaines de la sécurité et de l’immigration, dans un contexte d’arrêt quasi total des expulsions d’immigrants algériens dont les décisions de renvoi avaient été prononcées sur le territoire français. Plusieurs dossiers restent à examiner entre les deux pays pour parvenir à une normalisation durable des relations historiquement tendues, traversant une crise sans précédent depuis des décennies.
Selon l’historien Benjamin Stora, l’arrivée de Laurent Nuñez au ministère de l’Intérieur « a sans aucun doute été un facteur déterminant. Il a une autre façon de faire, beaucoup moins directe et frontale que celle de son prédécesseur, Bruno Retailleau, qui adoptait une approche très accusatrice ». Stora souligne également les efforts menés en coulisses par la diplomatie française, notamment sur la « piste allemande ». « La France et l’Algérie ne pouvaient pas rester dans cette situation, cela n’était dans l’intérêt d’aucune des deux parties. Beaucoup de questions importantes se jouaient », note-t-il.
Pour Stora, la crise franco-algérienne « a été très dure et très profonde. D’un côté comme de l’autre, elle laissera des traces. On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé. Il faudra reprendre le dialogue pas à pas, avec les questions économiques en priorité, très importantes pour de nombreuses entreprises françaises ».
Mahmoud Tadjer
