L’Algérie qui partage avec le Mali près de 1.400 kilomètres de frontières communes, se retrouve dans une position d’extrême sensibilité face à la dégradation rapide de la situation sécuritaire au sud.
L’appel de l’Union africaine (UA) du 9 novembre dernier pour une «intervention étrangère urgente» au Mali a mis en émoi les pays frontaliers dont l’Algérie qui observe attentivement mais avec stupeur les derniers développements dans ce pays confronté à sa pire crise depuis son indépendance obtenue en 1960. Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, a fait part de sa «profonde préoccupation» face à la dégradation de la sécurité au Mali, où un blocus asphyxie plusieurs régions. Depuis plusieurs semaines, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, affilié à Al-Qaïda) imposent à Bamako un blocus des importations de carburant en attaquant les convois et affaiblissant la junte au pouvoir. Le président de l’UA exprime sa profonde préoccupation face à la détérioration rapide de la situation sécuritaire au Mali, où des groupes terroristes ont imposé un blocus, interrompu l’accès aux biens essentiels et aggravé de manière dramatique la crise humanitaire pour les populations civiles, indique l’UA dans un communiqué posté sur X. Le président de la Commission exhorte à une réponse internationale forte, coordonnée et cohérente pour lutter contre le terrorisme et l’extrémisme violent au Sahel, poursuit l’UA. Plusieurs analystes internationaux s’inquiètent de la montée en puissance du Jnim, certains allant jusqu’à envisager une prise sous peu de contrôle de Bamako.
Blocus sur le carburant
Depuis octobre dernier, le Jnim a intensifié ses attaques contre les convois de carburant en provenance de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Cette tactique a provoqué une pénurie sévère à Bamako et dans certaines régions, paralysant les transports, les services publics et les activités économiques. Des files interminables de véhicules bloquent les stations-service, tandis que des milliers de travailleurs se retrouvent sans moyen de locomotion ni revenu. Le blocus du carburant qui dure plus de vingt jours met maintenant Bamako en péril et les vulnérabilités structurelles de l’État malien. Si aujourd’hui le Mali respire un tant soit peu, la menace est toujours présente et hante les Etats-majors des pays frontalier même si l’État-major de l’armée malienne tente de calmer les esprits le 10 novembre dernier, en vantant les frappes de précisions sur des cibles terroristes dans la région de Kita aux mains des insurgés. Selon ce communiqué, le ratissage de la zone, après des échanges de feux, a permis de démanteler une base terroriste. En début de soirée, le checkpoint du secteur a aussi permis d’intercepter un camion transportant 40 tricycles neufs en caisse à destination d’une autre localité.
Dégradation du contexte sécuritaire
À travers les assauts répétés des groupes armés terroristes, une stratégie d’usure ciblant les axes routiers et les convois de carburant s’est mise en place. Plutôt que de viser une conquête territoriale directe, le groupe terroriste mise sur une stratégie d’asphyxie logistique, notamment par le blocage des approvisionnements en carburant, afin d’affaiblir l’État malien de l’intérieur. Devant cette situation, plusieurs pays occidentaux, dont les États-Unis, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni, l’Australie, l’Espagne et le Canada, ont conseillé à leurs citoyens de quitter le Mali, invoquant la dégradation de la situation sécuritaire et les dangers causés par un blocus djihadiste sur les approvisionnements en carburant.
L’Algérie qui partage avec ce pays près de 1.400 kilomètres de frontières communes, se retrouve dans une position d’extrême sensibilité face à la dégradation rapide de la situation sécuritaire au sud. Dans l’éventualité tragique où Bamako tomberait entre les mains de groupes terroristes, les conséquences géopolitiques et sécuritaires seraient d’une ampleur considérable, non seulement pour le Mali, mais pour l’ensemble de la région, et pour l’Algérie en particulier. Ce scénario, bien qu’encore relativement éloigné, ne peut être écarté au moment où les groupes terroristes, loin de fléchir, intensifient leurs opérations de sabotage et de destruction d’infrastructures militaires. Même si aujourd’hui, les frontières algériennes avec le Mali sont bien gardées, avec un important déploiement de forces de sécurité et de l’armée pour lutter contre le terrorisme et d’autres menaces.
Mahmoud Tadjer
