Après plusieurs années de stabilité sanitaire, l’Algérie fait face à un inquiétant retour de certaines maladies infectieuses que l’on croyait sous contrôle.
Diphtérie, gale, choléra et à un degré moindre le paludisme, qui, selon les spécialistes, sont dus à « la baisse de la couverture sanitaire dans certaines wilayas rurales », force est d’admettre qu’ils représentent une menace réelle. A cet égard, le professeur Lyès Akhmoukh, directeur du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Tamanrasset, a révélé qu’il a été officiellement décidé d’activer le dispositif de veille contre le choléra dans la wilaya de Tamanrasset, après la détection de cas dans plusieurs pays voisins, notamment le Soudan, le Nigeria, le Congo et le Niger.
Bien qu’aucun cas suspect n’ait été enregistré en Algérie, le professeur a précisé, dans une déclaration au journal El Khabar, que cette mesure s’inscrit dans le cadre des actions préventives et anticipatives pour éviter l’introduction de la maladie sur le territoire national. Le même responsable a ajouté que la wilaya de Tamanrasset occupe la première place en Algérie en matière de tuberculose ou d’hépatite virale B, en raison de sa position géographique en tant que porte d’entrée des étrangers et des migrants venant de pays limitrophes
Pour rappel, l’Algérie a enregistré 3 000 cas de paludisme l’année dernière, dont 70 % à Tamanrasset, tandis que, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, le Niger a recensé trois millions de cas et le Mali près de quatre millions.
Jusqu’au mois de septembre dernier, 200 cas de paludisme et deux cas de diphtérie ont été enregistrés dans la région.
Le professeur a précisé que ces situations nécessitent un renforcement des moyens humains dans cette zone stratégique.
Une situation sous contrôle
Contacté par la rédaction de Crésus pour en savoir davantage sur les 5 cas confirmés de diphtérie, provoquant deux décès, dans la wilaya de Skikda, le chercheur en virologie, Dr Mohamed Melhag, a d’emblée estimé que « cette maladie éradiquée en Algérie, depuis des décennies, ne suscite aucune crainte pour le motif que la vaccination est la meilleure arme pour se protéger des épidémies ».
Tout en soulignant que « la diphtérie n’est pas une maladie à craindre, surtout après avoir été maîtrisée et confinée à seulement deux foyers dans la wilaya de Skikda », notre interlocuteur a souligné que, « depuis, la situation épidémiologique est totalement sous contrôle grâce à l’intervention rapide et efficace des services épidémiologies locaux ».
Un avertissement sanitaire
Notre interlocuteur a insisté sur le fait que la vaccination reste le plus efficace moyen de prévention en rappelant que « la vaccination contre la diphtérie est obligatoire pour les enfants depuis de nombreuses années et fait partie de la politique préventive de l’État algérien ».
Revenant sur ce qui s’est passé à Skikda , le Dr Mohamed Melhag a indiqué que « cela constitue davantage un avertissement sanitaire qu’un danger réel », estimant que « les deux foyers découverts ont été rapidement traités, et tous les contacts ont été vaccinés avec des doses de rappel, même s’ils avaient déjà été vaccinés auparavant, dans le cadre des mesures préventives visant à renforcer l’immunité collective et empêcher la propagation de l’infection ».
L’immunité collective
De son côté, le Pr Lyes Akhamoukh a estimé que « le retour de certaines maladies infectieuses en Algérie est dû à une combinaison de facteurs, notamment la baisse de la couverture vaccinale, des changements environnementaux ainsi la position géographique ». « Des maladies comme la rougeole ou la diphtérie peuvent réapparaître lorsque la vaccination n’est pas pour maintenir l’immunité collective », a-t-il expliqué
En fait, selon notre interlocuteur, il y a plusieurs raisons qui expliquent le retour de certaines maladies infectieuses en Algérie ».
Outre « la faible couverture vaccinale », en ce sens que « lorsque la vaccination baisse, les maladies qu’on pensait presque disparues peuvent réapparaître », a-t-il souligné. Le Dr Lyes Akhamoukh a ajouté que « la circulation des personnes depuis des zones frontalières à faible contrôle sanitaire peuvent être à l’origine de l’introduction des agents infectieux ».
Et de préciser que « la réapparition du paludisme dans certaines wilayas du Sud est liée à des personnes venant de pays voisins où la maladie est encore active ».
Evoquant les comportements humains, autre facteur à l’origine de la réapparition de certaines maladies infectieuses, le Dr Lyes Akhamoukh a expliqué que « les comportements humains, y compris les habitudes d’hygiène et les déplacements, jouent un rôle crucial dans la transmission des maladies infectieuses. Une hygiène des mains insuffisante, par exemple, peut facilement propager des infections ».
Ferhat Zafane
