Les dossiers de la migration, de la mémoire et de la coopération sécuritaire apparaissent non pas comme de simples sujets de discorde, mais comme des leviers essentiels pour reconstruire la confiance, à condition que la volonté politique existe, et…soit sincère.
Les relations algéro-françaises connaissent actuellement une phase d’apaisement après avoir atteint, durant plusieurs mois, un pic de tension diplomatique. Ces derniers jours ont été marqués par un échange de signaux et de messages officiels entre Paris et Alger. Ces messages traduisent-ils une volonté commune de reprendre le dialogue et d’ouvrir une nouvelle page fondée sur le dépassement des différends et une approche plus réaliste des relations bilatérales? . Le président français, Emmanuel Macron, vient de renouer avec le président de la République Abdelmadjid Tebboune, des tensions qui ont fait apparaître différents clans au sein même du gouvernement français. En effet, Emmanuel Macron, a pris l’initiative d’envoyer un message de félicitations au président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à l’occasion du 1er novembre, date marquant le déclenchement de la guerre de libération nationale. Après plusieurs mois de silence officiel. Dans son message, Emmanuel Macron a affirmé son souhait de « voir les relations entre la France et l’Algérie se renforcer dans un esprit de confiance et de respect mutuel ».
Pour rappel, le dernier échange, officiel, entre les deux dirigeants remontent au 31 mars dernier lorsqu’ils avaient décidé de relancer la relation bilatérale, après une crise déclenchée par la réduction des visas accordés aux ressortissants algériens et la suspension de l’accord sur les passeports diplomatiques par Alger.
La guerre des clans
Néanmoins, certains observateurs n’ont pas manqué de souligner le caractère tardif du message. D’autant que le «1er Novembre» est une date « partagée entre les deux pays et que les relations algéro-françaises sont bien plus profondes que de simples querelles conjoncturelles et partagent sur une histoire commune, une culture partagée et des intérêts étroitement liés. A moins, que le Président Macron ait répondu ait fait échos à l’appel de certains voix politiques et sociales du microsome français rejetant le discours provocateur de l’extrême droite et plaidant pour la reprise du dialogue entre les deux dirigeants. En effet, certains responsables politiques français ont appelé à une stabilité des relations franco-algériennes, primordiale pour la coopération méditerranéenne et la gestion des flux migratoires., à contrario d’autres, notamment au sein de la droite et de l’extrême droite, qui ont critiqué les gestes d’ouverture envers Alger. En outre, le geste de Macron intervient après l’adoption par l’Assemblée nationale, d’une proposition de résolution du Rassemblement national visant à «dénoncer» l’accord franco-algérien de 1968.
De l’abrogation à la renégociation
Depuis le début de l’année, les relations bilatérales ont connu une grave escalade, marquée par la suspension des échanges politiques de haut niveau et le rappel des ambassadeurs. Cette crise a débuté avec la question du Sahara, avant de s’étendre à d’autres dossiers : « mémoire coloniale », « immigration », traitement des ressortissants algériens en France. La droite française, tant traditionnelle qu’extrême, a attisé les tensions, notamment avec le vote au Parlement, le 31 octobre dernier, d’une résolution exigeant la dénonciation de « l’accord 1968 ». Une proposition que rejette le Premier ministre Sébastien Lecornu. « Je ne crois pas à l’abrogation de cet accord, mais à sa renégociation », déclarait Sébastien Lecornu, à l’Assemblée nationale, en réponse à une attaque frontale de la cheffe de file des députés Rassemblement national, Marine Le Pen.
Discussions et concertations
« Quels que soient nos désaccords, on doit être capables de mener une discussion qui soit exigeante et qui protège nos intérêts », déclarait Sébastien Lecornu à propos de la relation entre Paris et Alger. Le Premier ministre invitait tout le monde à voir au-delà de la simple question migratoire pour aborder des aspects plus sécuritaires dont « la question de la lutte contre le terrorisme et la coopération en matière de sécurité, la question de la pression terroriste qui monte au Sahel, les questions de sécurité maritime et puis les questions économiques ».
Est-ce à dire que la France officielle aurait compris que sa posture ne menait nulle part? Tout porte à le croire. D’autant que les dossiers de la migration, de la mémoire et de la coopération sécuritaire apparaissent ainsi non pas comme de simples sujets de discorde, mais comme des leviers essentiels pour reconstruire la confiance, à condition que la volonté politique existe, et…soit sincère.
Badis B.
