Ce double mouvement — geste présidentiel à Paris et ton mesuré à Alger — semble marquer une reprise de contact politique, après plusieurs mois de blocage.
Le président Emmanuel Macron aurait-il repris la main sur le dossier algérien ? Tout semble l’indiquer, depuis la nomination, le 28 octobre dernier, de son nouveau chef de cabinet, Georges-François Leclerc, désormais chargé de gérer ce dossier sensible, longtemps entre les mains de l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, dont la ligne dure a provoqué plus d’un an de tensions avec Alger. En mars dernier, Emmanuel Macron avait désavoué son propre gouvernement sur fond de crispations diplomatiques. Il s’était opposé à la dénonciation de l’accord de 1968 relatif à la circulation et au séjour des ressortissants algériens, plaidant pour une approche pragmatique et équilibrée. «Chacun est dans ses compétences. L’accord de 1968, c’est le président de la République», affirmait-il au Figaro, précisant: «Je suis totalement favorable, non pas à le dénoncer, mais à le renégocier. Le dénoncer unilatéralement n’a aucun sens.» Macron avait ainsi pris ses distances avec François Bayrou et Bruno Retailleau, partisans d’une ligne de fermeté.
Un geste symbolique vers Alger
À l’occasion du 71ᵉ anniversaire du déclenchement de la Révolution du 1ᵉʳ novembre 1954, le président français a adressé un message de félicitations à Abdelmadjid Tebboune, un geste remarqué après plusieurs mois de silence — notamment lors des célébrations du 5 juillet, marquant l’indépendance de l’Algérie. La présidence algérienne a relayé brièvement cette correspondance, soulignant la portée symbolique de l’échange. Ce message, bien que protocolaire, traduit une volonté de reprise du contact institutionnel, après une longue période de glaciation diplomatique.
Une détente mesurée des deux côtés
Les déclarations récentes du nouveau ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, prônant une approche «pragmatique et respectueuse» envers Alger, ont été perçues comme un geste d’apaisement. De son côté, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a réagi avec retenue au vote de l’Assemblée nationale française sur une résolution non contraignante du Rassemblement national appelant à l’abrogation de l’accord de 1968. En soulignant que ce texte n’engageait pas l’État français, Attaf a choisi d’éviter la surenchère et de privilégier une logique d’apaisement. Ce double mouvement -geste présidentiel à Paris et ton mesuré à Alger- semble marquer une reprise de contact politique, après plusieurs mois de blocage.
Fin de la méthode du bras de fer
Laurent Nuñez a clairement pris ses distances avec la ligne dure de son prédécesseur, déclarant au Parisien : «Ceux qui font croire aux Français que le bras de fer et la méthode brutale sont la seule solution se trompent. Cela ne marche dans aucun domaine.» Il a également regretté les conditions dans lesquelles s’est déroulé le vote sur l’accord de 1968, rappelant la nécessité d’un dialogue constructif avec Alger, notamment dans la coopération sécuritaire et la lutte contre le terrorisme au Sahel. Le départ de Bruno Retailleau a ainsi ouvert la voie à des discussions discrètes entre les deux pays. Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a lui aussi appelé à une renégociation rapide de l’accord de 1968, précisant qu’il avait déjà été révisé à trois reprises par le passé. «Je ne crois pas à l’abrogation de cet accord, mais à sa renégociation», a-t-il insisté. Enfin, la prochaine visite du ministre de l’Intérieur français en Algérie, à l’invitation de son homologue Saïd Sayoud, devrait marquer un rapprochement significatif après des mois de gel diplomatique.
Entre gestes symboliques, déclarations apaisées et volonté affichée de dialogue, Paris et Alger semblent amorcer une nouvelle séquence de détente, qu’il reste à confirmer par des actes concrets.
Mahmoud Tadjer
