Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a procédé au limogeage de Susana Guzmán, cheffe du département des visas au consulat d’Espagne à Oran, dans une mesure jugée surprenante, destinée à endiguer l’aggravation de la crise des visas avec l’Algérie.
Selon des sources médiatiques espagnoles, cette décision est intervenue au lendemain de la visite en Algérie du ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, un timing que plusieurs observateurs interprètent comme le signe d’une pression diplomatique directe exercée par Alger sur Madrid.
Les tensions se sont accrues ces derniers mois, les consulats espagnols en Algérie ayant multiplié les refus de demandes de visa, suscitant le mécontentement des autorités algériennes et les protestations de nombreux hommes d’affaires espagnols. Ces derniers dénoncent des entraves à leurs activités économiques avec l’Algérie.
En poste à Oran depuis août 2023, après une expérience à Rabat, Susana Guzmán se trouvait au cœur d’une polémique qui a conduit le gouvernement espagnol à agir. Cette décision est perçue par plusieurs analystes comme un geste d’apaisement à l’adresse d’Alger, sans pour autant remettre en question la politique migratoire espagnole jugée restrictive.
L’affaire a été révélée par le site espagnol The Objective, qui a rapporté l’existence de lettres de protestation adressées par plusieurs chefs d’entreprise espagnols à leur ministère des Affaires étrangères. Ces derniers dénoncent des «refus systématiques de visas pour des entrepreneurs algériens», accusant le consulat d’Espagne à Alger de «saboter les relations bilatérales».
Parmi les plaignants figure Alberto Rodríguez, dirigeant de la société Eurofactory Direct Export, spécialisée dans les équipements liés à la pêche professionnelle et aux sports nautiques. Il a déclaré avoir tenté d’organiser la venue de sept cadres algériens pour visiter ses usines en Espagne, avec un programme incluant des réunions de production et de marketing, ainsi que des réservations de vols et d’hébergement. Malgré cela, toutes les demandes de visa ont été refusées sans justification convaincante.
Selon ce chef d’entreprise, certaines décisions de refus mentionnaient la case 10, évoquant un «manque de fiabilité des informations justifiant l’objet du séjour», tandis que d’autres cochaient la case 12, pour «doutes sur l’authenticité des pièces justificatives». Les refus étaient signés par l’ancienne consule Miriam de Andrés, dont la mission s’est achevée l’été dernier, ainsi que par le consul actuel, Gauden Villas.
À ces plaintes économiques s’est ajoutée une lettre collective adressée le 4 septembre aux ministères espagnols des Affaires étrangères, de la Justice et de l’Économie, ainsi qu’à l’ambassadeur d’Espagne en Algérie. Les signataires y exigent l’ouverture d’une enquête sur des «pratiques illégales et abusives» au sein du consulat, qu’ils accusent de «saboter les relations sociales et commerciales entre les deux pays».
Ils estiment que le rejet systématique des visas d’affaires et médicaux, ainsi que le refus de renouveler les visas des citoyens algériens propriétaires de biens en Espagne, provoquent l’annulation de contrats industriels et portent gravement atteinte aux échanges économiques bilatéraux.
Mahmoud Tadjer
