Au moment où le commerce entre l’Algérie et l’Espagne reprend de plus belle, en témoigne les exportations espagnoles qui ont bondi de plus de 160 % au cours des cinq premiers mois de cette année, dans plusieurs secteur comme l’automobile, la céramique ou encore l’agroalimentaire, les chefs d’entreprise ibériques protestent contre des contraintes que subiraient leurs partenaires algériens.
Le site espagnol The Objective a répercuté dans son édition d’avant-hier, des lettres des protestation adressées par plusieurs chefs d’entreprises espagnols à leur ministère des Affaires étrangères, dénonçant des «refus systématiques de visas pour des entrepreneurs algériens désireux de se rendre en Espagne pour des motifs professionnels» fustigeant dans la foulée leur consulat espagnol à Alger, en dénonçant «un sabotage des relations bilatérales». The Objective cite Alberto Rodriguez, dirigeant d’Eurofactory Direct Export, une des entreprises les plus touchées par ces refus de visas par le consulat d’Alger, alors qu’elle représente «les intérêts commerciaux de plusieurs usines espagnoles des secteurs de la pêche professionnelle et des sports nautiques».
Le patron de cette entreprise indique «avoir tenté d’organiser la visite pour sept cadres algériens dans ses usines en Espagne» avec au programme des réunions en présentiel avec des responsables de la production et du marketing. Selon ce chef d’entreprise espagnol, des réunions étaient prévues en vue «d’instaurer une relation commerciale sérieuse, professionnelle et stable entre l’Espagne et l’Algérie», affirmant par ailleurs avoir «effectué la réservation de vols commerciaux aller-retour, l’hébergement à l’hôtel et les rendez-vous avec les dirigeants d’Eurofactory». «Le consulat émet des «doutes quant à la fiabilité ou l’authenticité des pièces justificatives présentées ou bien à la véracité de leur contenu», se désole-t-il faisant remarquer que les refus de visas sont signés par l’ancienne consule, Miriam de Andrès, «dont la mission a pris fin l’été dernier, ainsi que par l’actuel consul Gauden Villas». Le témoignage du PDG d’Eurofactory est éloquent à plus d’un titre : «Je suis dans une situation difficile, car j’ai besoin de travailler, et si je ne reçois pas la visite d’entrepreneurs algériens, mon modèle économique est bloqué. Je travaille à 10% à cause du consulat, mais je continuerai à me battre tant que je pourrai», affirme-t-il. Un autre chef d’entreprise de Saragosse, spécialisée dans le secteur de l’élevage et de la volaille, a également signalé des cas de rejets de visas inexpliqués.
«Cinq demandes de visa déposées ces dernières semaines auprès du consulat d’Alger pour des entrepreneurs algériens ont été rejetées pour les mêmes motifs : absence de toutes les informations requises et manque de confiance quant au retour de ces personnes». Selon lui, le consulat «n’a même pas pris en compte que l’entreprise a été appuyée dans ses démarches auprès de la chancellerie espagnole par la recommandation du bureau commercial de l’ICEX à Alger. Des 70 pays où nous faisons des affaires, l’Algérie est le seul où le consulat nous pose problème». Les hommes d’affaires algériens veulent venir conclure des affaires, mais il ne nous le permet pas», déclare un autre homme d’affaires espagnol requérant l’anonymat. A ces plaintes d’ hommes d’affaires s’ajoute une autre adressée le 4 septembre dernier, aux ministères des Affaires étrangères, de la Justice et de l’Economie, ainsi qu’à l’ambassadeur en exercice en Algérie, exigeant l’«ouverture d’une enquête sur des allégations de «pratiques illégales et abusives» au niveau du consulat. La plainte évoque «une campagne de sabotage des relations sociales et commerciales entre l’Algérie et l’Espagne».
Les relations se sont normalisées après la levée des restrictions commerciales algériennes en janvier 2024, suite à la crise diplomatique de mars 2022 suite à la reconnaissance du gouvernement socialiste du plan d’autonomie du Sahara occidental. Cette reprise a permis aux entreprises espagnoles de retrouver une partie des marchés perdus.
Mahmoud Tadjer
